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#IAmHere, ces internautes qui luttent contre la haine et la désinformation

Une jeune femme utilise un téléphone intelligent et un ordinateur portable.

Près de 100 000 personnes se sont regroupées pour combattre la haine et la désinformation en ligne.

Photo : Getty Images / skynesher

Nancy Caouette

#Jagärhär, #IAmHere, #IchBinHier, #JeSuisLà… Ils sont plus de 100 000 internautes à utiliser ces mots-clics dans le but de faire de Facebook un endroit meilleur.

Chaque jour, ces activistes du numérique publient des messages positifs pour contrecarrer la haine et les commentaires porteurs d'informations mensongères trop présents sur le populaire réseau social.

Au Canada, le groupe #IAmHere compte plus de 300 membres, dont Merwie Garzon, une écrivaine qui habite à Saint-Lazare, au Québec.

Assise dans un café, elle scrute les publications de la page Facebook du groupe. « Chaque jour, les administrateurs proposent des articles qui ont besoin de commentaires positifs et d’un peu d’aide », raconte Merwie, les yeux rivés sur son écran d’ordinateur.

Ce matin-là, les publications concernent surtout la fusillade d'El Paso, au Texas. Dans la majorité des commentaires, les internautes nient qu'il s'agisse d'un acte d'un suprémaciste blanc. Sur les fils de commentaires, les attaques contre les journalistes sont légion.

Il faut que tu sois reposé pour commenter. Ça prend un certain courage, car tu cours le risque de te faire attaquer… Ces messages haineux ne reposent pas sur des faits véridiques. Nous, on fait des recherches et on répond avec des faits et des chiffres.

Merwie Garzon

Pour se retrouver, les membres du groupe ajoutent le mot-clic #IAmHere. « On peut aller liker la publication des autres membres, et comme ça, nos commentaires remontent dans le fil… Et plus de monde les voit », explique-t-elle.

Une femme dans une allée.

La journaliste suédoise Mina Dennert a eu l'idée de créer un groupe Facebook pour contrer la désinformation sur le réseau social.

Photo : David Lagerlöf

« Les gens ont peur »

Le mouvement tire ses racines dans la crise des réfugiés en Europe. La journaliste suédoise Mina Dennert raconte que l’arrivée massive d’immigrants sur le continent a favorisé l'émergence en Suède de ce qu’on appelle là-bas les « médias alternatifs ».

« Ils sont partout », déplore-t-elle lors d’une entrevue téléphonique. « Ils sèment l’idée que l’arrivée des immigrants est à la source de tous les problèmes, que c'est le chaos et qu’on ne peut pas faire confiance aux politiciens, aux journalistes ou aux scientifiques. Ils répètent ces messages constamment », résume-t-elle.

Elle remarque également qu’avec la multiplication de ces nouvelles mensongères, les messages partagés par certains de ses amis sur Facebook se sont peu à peu transformés.

« J’avais des amis qui, au départ, partageaient des publications sur le fait qu’il fallait amasser de l’argent ou des vêtements pour les réfugiés. Puis, au bout de quelques mois, quelques années, ces mêmes personnes se sont mises à partager des messages haineux contre les immigrants. Pour moi, c’était clair qu’ils commençaient à avoir peur. Ils commençaient à croire les fausses nouvelles », relate-t-elle.

La journaliste use donc de son clavier pour rétablir les faits. « J’ai d’abord répondu en privé à mes amis, en leur envoyant des liens vers des articles plus fouillés. Puis, je me suis mise à répondre aux gens sur les fils de commentaires des publications sur Facebook. J’ai vite réalisé qu’il faudrait qu'on soit beaucoup plus nombreux », raconte celle qui dit avoir reçu des menaces de mort en raison de ses messages.

Aujourd’hui, son groupe compte plus de 75 000 membres en Suède et plus de 100 000 personnes réparties dans 14 pays, dont l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et le Canada.

Le groupe canadien a été lancé par l’Albertaine Alena Helgeson en 2018. À l’époque, l’enquête sur le meurtre de Colten Boushie, un jeune Autochtone de 22 ans, faisait couler beaucoup d’encre dans l’ouest du pays.

« Les médias canadiens étaient inondés de messages de haine et de désinformation. J’ai demandé de l’aide au groupe #IAmHere du Royaume-Uni, mais comme c’était vraiment un cas canadien, j’ai compris qu’il faudrait fonder un groupe ici », dit-elle.

Au cours des derniers mois, le groupe canadien a commenté une panoplie d’articles sur des sujets concernant notamment les réfugiés, les immigrants, les Autochtones, la communauté LGBTQ2+ ou la crise des opioïdes.

« Je pense que le but, c’est de dire aux internautes : "Vous avez le droit de mettre des messages positifs, nous sommes là, nous allons vous soutenir" », ajoute Alena.

Pour sa part, Merwie Garzon souligne que les messages du groupe font bien souvent boule de neige... « Souvent, au début, personne ne voit notre commentaire. Puis, les membres mettent des likes et, tout d’un coup, plein de gens qui ne sont pas membres de notre groupe ajoutent, eux aussi, des commentaires positifs », dit-elle.

#IAmHere Canada espère avoir un jour des membres dans chacune des provinces du pays.

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