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Essence et Apparât : démystifier la coiffe autochtone

Les coiffes traditionnelles sioux et cries signées par l'artiste William Burnstick pour l'exposition Essence et Apparât à l'Espace culturel Ashukan.

Les coiffes traditionnelles sioux et cries signées par l'artiste William Burnstick pour l'exposition « Essence et Apparât » à l'Espace culturel Ashukan.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Ismaël Houdassine
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Elle est à coup sûr l’un des symboles autochtones les plus reconnaissables. Reprise par la culture populaire et les effets de mode, la coiffe traditionnelle a, au fil du temps, contribué à la marginalisation folklorique des Premières Nations. L’exposition Essence et Apparât vient démystifier la coiffe traditionnelle au moyen de propositions ancestrales et contemporaines.

Au deuxième étage de l’Espace culturel Ashukan, situé dans le Vieux-Montréal, trois coiffes sont installées au milieu de la pièce. Deux d’entre elles sont d’authentiques coiffes traditionnelles créées par l’artiste et artisan William Burnstick, tandis que l’autre est un faux exemplaire en vulgaires plumes d'oie.

Entre les années 1920 et 1980, ce genre de fausse coiffe était portée par les chefs autochtones un peu partout au Canada, et ce, peu importe si le style était traditionnel ou pas, explique en entrevue Sylvain Rivard, artiste et commissaire de l’exposition. Les gens portaient ce type de coiffure seulement parce qu'elle avait l'air indienne.

Pourtant les différences entre cette fausse coiffe et celles de William Burnstick – chacune ornée de 33 plumes d’aigles – sautent aux yeux. L’artiste d’ascendance crie et sioux met plusieurs mois pour confectionner une coiffe traditionnelle qui puise à la technique de ses ancêtres. Les représentants des nations autochtones venant des quatre coins du pays font d’ailleurs appel à son savoir-faire qu’il maîtrise depuis maintenant trente ans.

L'artiste et artisan William Burnstick expose ses oeuvres à l'Espace culturel Ashukan.

L'artiste et artisan William Burnstick expose ses oeuvres à l'Espace culturel Ashukan.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Avant de me mettre à l’ouvrage, je m’entretiens avec le chef qui la portera, raconte William Burnstick. Je veux connaître son histoire personnelle, son parcours et le récit de sa nation autochtone.

Ce n’est qu'une fois le travail accompli, dans son atelier installé sur l’île de Vancouver, que l’artiste dévoile la coiffe faite sur mesure. C’est un moment qu'il apprécie particulièrement.

Il y a d’abord des larmes lorsque le destinataire découvre sa coiffe. Il y a aussi beaucoup de reconnaissance. Cette connexion avec les symboles de son peuple et sa propre histoire se voit dans les yeux.

La coiffe est un symbole de leadership qui force le respect. C’est le plus grand grade qu’un individu puisse atteindre. Elle est offerte durant les cérémonies et donne à son détenteur de grandes responsabilités.

Une citation de :William Burnstick

C’est dans une philosophie du dialogue que l’artiste a accepté de collaborer à l’exposition organisée par les Productions Feux sacrés. Mise en place dans le cadre du Festival Présence autochtone, la proposition rassemble les coiffes traditionnelles de Burnstick et celles d’autres membres des Premières Nations, comme l’exemplaire en tissu de jeans recyclé (Désacre moi ça) de Catherine Boivin, jeune artiste multidisciplinaire atikamekw originaire de la Haute-Mauricie.

Il y a aussi le travail de Tahatie Montour et d'Angel Horn, dont la coiffe fait clairement référence à la nation mohawk par la position à la verticale des trois plumes d’aigle. Titrée Iron Man, l’œuvre du couple originaire de Kahanawake rappelle la tradition des monteurs d’acier autochtones qui ont construit les gratte-ciels en Amérique du Nord.

En plus d’illustrer la diversité des traditions, l’exposition est une manière de montrer comment les artistes peuvent repousser les frontières symboliques, déclare le commissaire Sylvain Rivard qui signe l’œuvre Bingo Chief, une coiffe originale composée entre autres de cartes de bingo!

Exposition « Essence et Apparât » à l'Espace culturel Ashukan.

Exposition « Essence et Apparât » à l'Espace culturel Ashukan

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Mais derrière la coiffe se cache trop souvent une méconnaissance de la culture des Premières Nations, ajoute M. Rivard, lui-même abénaquis et québécois. Ces objets sont là pour éduquer les gens. On ne peut pas parler de réconciliation si les gens ne connaissent pas la signification de ces objets.

À ce titre, le commissaire et grand spécialiste des habits autochtones a ajouté à l’exposition une sélection d’objets historiques issus de sa collection personnelle, comme une base de coiffe anichinabée, un bonnet féminin innu ou un bonnet tuscarora datant des années 1860.

Le tout se termine par un pastiche de coiffe composé d’une plume verte collée à un bandeau blanc en papier et sur lequel est écrit « Vote America », utilisé aux États-Unis durant la campagne présidentielle de 1972.

Aucun membre des Premières Nations n’a porté dans son histoire une coiffe comme celle-ci. Elle est pourtant devenue iconique dans la culture populaire pour montrer des Indiens soit dans les westerns ou les livres jeunesse. Si elle est exposée entourée de toutes les autres coiffes, c’est à la fois pour montrer son ridicule et pour qu’à l’avenir plus personne ne fasse ce genre d’erreur grossière, conclu le commissaire.

L’exposition Essence et Apparât se déroule jusqu’au 30 septembre 2019 à l'Espace culturel Ashukan.

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