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Des failles dans la protection offerte par Desjardins

Les parents doivent discuter avec leurs adolescents des risques de s'endetter avec des cartes de crédit, souligne Suzanne Jacob.

Photo : Associated Press / Elise Amendol

Thomas Gerbet
Olivier Bachand

Les fraudeurs peuvent dormir tranquilles. Une enquête de Radio-Canada révèle qu'il est encore possible et facile de commander des cartes de crédit à l'insu des membres de Desjardins, même s'ils sont inscrits au service d'Equifax.

« C'est un petit peu épeurant, dit Maude Moreau-Bélanger après avoir participé à un test organisé par Radio-Canada. Je suis très déçue. »

Pour notre enquête, nous avons fait appel à des volontaires. Ils devaient être des membres de Desjardins, victimes du vol de données et inscrits au service d'Equifax.

Chacun a fait une demande de carte de crédit à son nom sur le site web d'une banque et a attendu de voir si l'outil de surveillance de crédit allait les alerter.

Résultat : sur cinq personnes, une seule a reçu une alerte d'Equifax (une demande de carte à la BMO Banque de Montréal).

La carte de crédit que j'ai reçue m'alloue quand même un gros montant. Je réalise que n'importe qui aurait pu la remplir.

Maude Moreau-Bélanger, membre de Desjardins qui a participé au test
Elle répond aux questions dans son appartement.

Maude Moreau-Bélanger

Photo : Radio-Canada

Maude Moreau-Bélanger s'était inscrite à Equifax le 9 juillet. Elle a reçu sa carte de crédit Visa Banque Royale par la poste le 25 juillet sans jamais recevoir d'alerte.

Sur son site web, Equifax mentionne pourtant que ses clients seront alertés pour toute interrogation de nouvelle carte, toute tentative d'ouverture d'un nouveau compte, tout changement aux comptes existants ou encore tout changement de nom ou d'adresse.

Un autre de nos volontaires, Mathieu Legault, s'est rendu compte que le service d'Equifax ne suffisait pas pour se prémunir contre la fraude.

Il s'est inscrit à l'outil de surveillance de crédit offert par Desjardins le 3 juillet. Le 28 du même mois, il a commandé en ligne une carte de crédit American Express Mariott Bonvoy, qu'il a reçue par la poste trois jours plus tard. Et il n'a pas été alerté par Equifax.

Il a l'air inquiet.

Mathieu Legault

Photo : Radio-Canada

Je me pose des questions sérieuses. C'est quoi le service que Desjardins m'offre et en quoi ça me protège?

Mathieu Legault, membre de Desjardins qui a participé au test

Après trois jours de sollicitations, Equifax n'a pas encore répondu à nos questions.

La couverture offerte par Desjardins est incomplète

Il est assis devant un ordinateur.

Le président du Bureau canadien du crédit Sylvain Paquette

Photo : Radio-Canada

La clé pour comprendre les failles dans la protection offerte aux membres de Desjardins, c'est l'existence d'un autre service de surveillance de crédit : TransUnion.

« Toutes les banques font affaire avec les deux, explique le président du Bureau canadien du crédit, mais certaines vont privilégier TransUnion pour prendre leur décision de crédit. C'est ce qui explique pourquoi des clients vont faire des demandes de cartes de crédit et ne recevront pas d'alerte d'Equifax. »

Les banques vont souvent préférer TransUnion parce que l'information qu'elle détient remonte jusqu'à 1990, donc ça permet d'aller fouiller plus loin dans le passé du client et de donner une meilleure décision de crédit.

Sylvain Paquette, président du Bureau canadien du crédit

Le Bureau canadien du crédit constate que, ces derniers temps, les fraudeurs passent en priorité par des cartes de crédit faisant affaire avec TransUnion ou des firmes en ligne qui font des prêts de quelques centaines de dollars sans enquête de crédit.

Desjardins toujours en négociation avec TransUnion

On voit des graphiques.

Capture d'écran du site web de TransUnion

Photo : TransUnion

Desjardins affirme qu'Equifax couvre 70 % du marché canadien. Pour une protection complète, les 2,9 millions de ses membres victimes du vol de données devraient donc aussi bénéficier du service de TransUnion. C'est d'ailleurs ce qu'avait promis le PDG de Desjardins, le 3 juillet, sans donner de nouvelles depuis.

TransUnion n'a pas souhaité faire de commentaire et nous a dirigés vers Desjardins. Cette dernière n'a pas voulu accorder d'entrevue. « Nous sommes toujours en discussion avec TransUnion », a écrit dans un courriel la porte-parole Chantal Corbeil.

En attendant, Desjardins mentionne que ses membres peuvent déjà consulter leur dossier de crédit TransUnion par l'intermédiaire de l'application « Ma cote de crédit », accessible par AccèsD.

Le service, qui n'est pas facile à trouver, n'envoie pas d'alerte aux membres.

En date du 6 août, 728 832 membres de Desjardins s'étaient inscrits au service d’Equifax, ce qui représente 27 % des personnes concernées par la fuite de renseignements personnels.

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