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Le spectre d’une guerre monétaire inquiète les investisseurs

Les hostilités commerciales entre Pékin et Washington entraînent énormément d'incertitude.

Les drapeaux américain et chinois sous un ciel gris.

Les États-Unis et la Chine se sont engagés dans un conflit qui ne sert personne, selon les experts que nous avons consultés.

Photo : iStock / Narvikk

Jean-Philippe Guilbault

La Chine a soulevé les craintes des marchés internationaux en abaissant la valeur de sa devise, cette semaine, ce qui a jeté les bases d’une éventuelle guerre monétaire dont les conséquences seraient lourdes.

Lundi, la Chine a fait quelque chose qu’elle n’avait pas fait depuis plus de 10 ans : abaisser la valeur du yuan sous le ratio de 7 pour 1 $ US.

Cette dépréciation de sa monnaie a ébranlé Wall Street et soulevé l’ire du président américain Donald Trump, qui a immédiatement accusé Pékin d’être un manipulateur de devise.

On s’est rendu compte que les Chinois allaient jouer dur, a déclaré mardi à Midi Info Georges Ugeux, PDG de la firme Galileo Global Advisor et ancien vice-président de la Bourse de New York.

Pour lui, cette décision de Pékin indique que la Chine souffre, elle aussi, du conflit commercial qui l’oppose aux États-Unis.

Un courtier a l'air découragé.

La Bourse de New York a subi lundi sa plus forte baisse depuis le début de l'année.

Photo : Reuters / Brendan McDermid

Les experts ne sont pas tous d’avis qu'il s'agisse d'une stratégie commerciale délibérée de la part de Pékin, comme l’en accuse Washington.

L’une des conséquences des tarifs douaniers, c’est que le pays visé devient moins concurrentiel sur le marché mondial, explique Stephen Gordon, professeur titulaire au Département d’économique de l’Université Laval. C'est le cas de la Chine, dont les exportations sont devenues moins concurrentielles aux États-Unis.

On s'attendait à ce qu’une dépréciation de la monnaie chinoise découle de cette situation-là.

Stephen Gordon, professeur titulaire à l'Université Laval

Si M. Gordon considère qu’il s'agit d'une manœuvre politique de la part des autorités chinoises, il croit qu'elles ont artificiellement provoqué une dépréciation qui aurait de toute façon eu lieu naturellement si leur devise avait été soumise aux lois du marché libre.

Si l’on parle des accusations envers la Chine de manipuler sa devise, c’était plus ou moins vrai au début des années 2000, et c’est encore moins vrai maintenant, estime-t-il.

Même son de cloche du côté de Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef pour Industrielle Alliance : Il faut savoir que lorsqu’une économie ralentit comme c’est le cas en Chine, que M. Trump impose des tarifs qui font en sorte que les exportations chinoises diminuent et que la Chine perd des parts de marché sur le territoire américain aux dépens du Vietnam et de la Thaïlande, c’est un peu normal que l’on voie la devise sous pression.

Il pense qu’en accusant Pékin de manipuler sa devise, Donald Trump a transporté le conflit sino-américain sur la scène internationale. Il sera maintenant de la responsabilité du Fonds monétaire international (FMI) d’enquêter sur ces accusations.

Est-ce que la Chine en a rajouté ou a-t-elle au contraire freiné les pressions à la baisse, ajoute M. Gignac, qui qualifie le geste du président américain de symbolique.

Si le FMI reconnaît que la Chine a manipulé sa devise, il pourrait y avoir une solidarité de la part des autres pays membres pour imposer des restrictions additionnelles à la Chine, explique-t-il. Le FMI compte 189 États membres.

La crainte du chacun pour soi

Plusieurs spécialistes ont craint la réaction des marchés après la baisse de la valeur du yuan. Or, rien n’est plus incertain que le climat économique mondial actuel, et très peu d’économistes parviennent à entrevoir clairement l'avenir.

Est-ce que c’est une catastrophe? Qui sait? Car c’est ça le problème : c’est l’incertitude.

Stephen Gordon, professeur titulaire à l'Université Laval

Georges Ugeux est d'avis que c’est le manque de discipline de certains pays qui menace l’équilibre des marchés.

Toujours au micro de Midi Info, l’économiste belge a notamment accusé les États-Unis de ne plus suivre les règles du commerce international.

Ce n’est pas dans l’intérêt de la Chine de continuer comme ça. Ce n’est dans l’intérêt de personne de continuer cette guerre, juge M. Gordon, en ajoutant que M. Trump a de drôles d’idées sur la façon dont fonctionne le commerce international.

Des billets de dollars américains et de yuans chinois.

Des économistes s'inquiètent d'une course à la dévalorisation des devises.

Photo : Getty Images

Un sujet d'inquiétude

Ce qui inquiète le plus M. Gignac, c’est une course à la dévaluation. Il s'agit d'un phénomène qui ne s'est présenté qu'à quelques occasions dans l'histoire moderne et dans lequel certains pays font baisser la valeur de leur devise afin de favoriser les exportations et d'entraver les importations.

On n’en est pas là encore, mais on a la Nouvelle-Zélande qui vient de baisser ses taux d’intérêt, on a l’Inde qui a baissé ses taux, et M. Trump qui fait de la pression pour que la Réserve américaine baisse aussi ses taux, dit-il.

Si tout le monde fait à sa façon et qu’il n’y a pas de concertation mondiale et qu’on se tourne vers du protectionnisme [...] là, il y a une crainte que l’on passe d’une guerre commerciale à une guerre monétaire.

Clément Gignac, vice-président principal et économiste en chef chez Industrielle Alliance

M. Gignac fait un parallèle avec les années 1930 où l'on a vu une montée du protectionnisme, une course à la dévaluation des devises et tout cela a mené à une récession qui a quasiment viré en dépression.

Après la Seconde Guerre mondiale, ça a pris des générations pour bâtir les règles de notre commerce international – et c’était tout un exploit – pour éviter d'autres crises économiques comme celle vécue dans les années 1930, raconte Stephen Gordon.

Si les marchés ont regagné des niveaux normaux depuis lundi, Clément Gignac invite la population à surveiller le prix de l’or, un bon baromètre pour les tensions commerciales.

Il ne s’inquiète pas particulièrement pour les investisseurs canadiens, car ceux-ci ont des fonds diversifiés, conclut-il.

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