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Les drones repoussent les limites de la lutte contre la tuberculose en Afrique

Des jeunes regardent un drone.

Les villageois de la commune d'Androrangavola dans le sud-est de Madagascar, l'un des 61 villages où le programme de soins par drone a été implanté dans ce pays, attendent le départ du drone de leur village.

Photo : Courtoisie / Centre hospitalier de l'Université de Montréal

Xavier Savard-Fournier

Une nouvelle étape se dessine dans la lutte contre la tuberculose en Afrique. Après avoir expérimenté l’usage de drones pour l’envoi de médicaments, on parvient maintenant à intégrer cette technologie dans le cycle complet du traitement de la maladie. Une avancée favorisée par une acceptabilité sociale accrue des populations touchées, démontre une nouvelle étude publiée dans le journal BMJ Global Health.

L’utilisation des drones pour la livraison de médicaments n’est pas nouvelle. Déjà en 2014, Médecins sans frontières avait utilisé des drones afin de lutter contre la tuberculose dans des régions éloignées de la Papouasie–Nouvelle-Guinée.

Considéré comme un précurseur dans l’usage de cette technologie à des fins médicales, le Rwanda parvient même aujourd’hui à livrer du sang sur son territoire pour pallier l’éloignement de certaines communautés par rapport aux centres de santé régionaux.

Mais dans une récente étude menée conjointement par l’Université Stony Brook à New York et l’Institut Pasteur de Madagascar, auquel est aussi affilié le Dr Simon Grandjean Lapierre, médecin et chercheur au Centre de recherche du CHUM, les chercheurs sont parvenus à utiliser des drones de manière « bidirectionnelle » dans des projets à Madagascar, mais aussi au Malawi et au Sénégal.

On peut (maintenant) aller de la communauté vers l’infrastructure de soin et en sens inverse, explique Dr Grandjean, qui est à Madagascar dans le cadre de ses recherches. Le drone peut récupérer un échantillon clinique, permettre de le diagnostiquer au centre de santé qui est éloigné et, si le diagnostic est confirmé, peut envoyer en sens inverse la médication nécessaire.

Avant l’intégration des drones, il était compliqué pour les patients des zones plus reculées d’accéder aux soins et aux médicaments, mais aussi aux médecins et agents de santé communautaires d’assurer des suivis adéquats. Selon les régions, il faut jusqu'à cinq jours de marche pour parvenir au centre de soins le plus proche.

Avec l’implantation de cette technologie, le Dr Simon Grandjean estime que l'accès au diagnostic a augmenté d'environ 50 % maintenant qu'il est possible de faire les prélèvements au village, de les envoyer et d'attendre le retour des résultats. De plus, la rétention dans le système de soins des patients a aussi connu une hausse de 50 %.

Ça veut dire qu’il y a deux fois plus de patients symptomatiques qui peuvent être testés et, chez les patients tuberculeux, il y a deux fois plus de patients qui terminent le traitement avec succès.

Dr Simon Grandjean Lapierre, médecin et chercheur au Centre de recherche du CHUM

L’usage « bidirectionnel » est d’autant plus important dans le cas de la tuberculose, parce que le traitement minimal dure généralement six mois, avec de nombreux antibiotiques, et qu'il exige un suivi médical sur une base quotidienne.

Dans les cas les plus graves, le traitement peut s’étaler sur deux ans.

Les drones utilisés n'ont pas à être pilotés manuellement, ils peuvent automatiquement faire le lien entre les villages et les centres de soins.

Vue aérienne d'un village de maison en bois et en pailles, construites à même la terre.

La commune d'Androrangavola, dans le sud-est de Madagascar, où est implanté le système du Dr Grandjean et ses collègues.

Photo : Courtoisie / Centre hospitalier de l'Université de Montréal

L’importance de l’acceptabilité sociale

Rien de ce système, implanté par les chercheurs dans près de 61 villages dans le sud-est de Madagascar, ne pourrait fonctionner sans l’acceptabilité des populations touchées.

Si cela peut sembler une évidence, il s’agit en fait de l’un des freins les plus fréquents dans les interventions en santé, comme c’est le cas dans la lutte contre l’Ebola, où certaines personnes ne croient tout simplement pas que la maladie existe ou craignent l’intervention de médecins occidentaux.

Il faut se rappeler que dans certaines communautés où on travaille avec des drones, ils n’ont jamais vu un avion.

Dr Simon Grandjean Lapierre, médecin et chercheur au Centre de recherche du CHUM

Les agents de santé communautaires prennent donc une place prépondérante dans le système de soins du Dr Grandjean et de ses collègues.

[Ces agents vont] s’assurer que lorsque le drone atterrit, que lorsque le drone est impliqué dans de quelconques événements, ça se passe bien et que les gens comprennent vraiment l’objectif de ce drone, précise Dr Grandjean.

Il reconnaît cependant que le programme de sensibilisation implanté avant l’arrivée des drones dans les communautés, ainsi qu’un transfert progressif des responsabilités vers l’agent de santé local ont permis aux divers projets de bien se réaliser et de mieux s’intégrer.

Certaines communautés avaient peur que le système soit en fait une manière de les espionner plutôt que de les aider.

Devant les succès de son programme, le Dr Grandjean dit que le projet a attiré l’attention du gouvernement malgache, des principaux prestataires de services de santé et des bailleurs de fonds, qui envisagent d’intégrer des drones à leurs activités de fourniture de soins de santé à Madagascar. Selon des données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 30 000 cas de tuberculose ont été signalés dans ce pays en 2017.

Il espère cependant que le système sera reconnu comme une initiative qui n’est pas spécifique à une seule maladie, mais utilisable dans d’autres interventions médicales.

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