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La Santé publique nie s’être montrée favorable à la norme d’arsenic imposée à la Fonderie Horne

L'affiche à l'entrée de la Fonderie Horne indique «une compagnie Glencore».

La Fonderie Horne peut émettre jusqu'à 67 fois plus d'arsenic que ce qui est autorisé dans le Règlement provincial sur l'assainissement de l'atmosphère.

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Thomas Deshaies
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les représentants de la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue se dissocient de la norme de réduction d’arsenic imposée par le ministère de l’Environnement à la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda. Pourtant, le ministère de l’Environnement affirme que cette norme, conçue sur mesure, qui est bien moins stricte que la norme provinciale, a reçu un avis favorable en 2013 par la Direction de la santé publique (DSP) de la région.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada quelques semaines après le dévoilement des résultats de l’étude de biosurveillance concernant l’arsenic, le coordonnateur de l’étude, Daniel Proulx, est sans équivoque : la Direction de la santé publique n’a pas donné son appui à la norme imposée par le ministère de l’Environnement à la Fonderie Horne.

La question qu’on nous demandait [en 2013], ce n’est pas à quelle norme devrait être assujettie la fonderie. Nous, on nous demandait si on était en accord sur un objectif de réduction, tranche M. Proulx. Bien sûr qu’on est toujours en faveur de la réduction.

Pourtant, les représentants du ministère de l’Environnement martèlent toujours à ce jour que la Direction de la santé publique était favorable à la norme. Cette norme avait alors été acceptée par la DSP qui avait été consultée et qui avait transmis un avis favorable en ce sens en avril 2013, nous a encore répondu récemment le ministère par courriel.

« La Direction de la santé publique s’est montrée favorable à cette norme. »

— Une citation de  Direction des communications du ministère de l’Environnement

Rappelons que le ministère de l’Environnement permet à la Fonderie Horne d’émettre jusqu’à 67 fois plus d’arsenic dans l’air, soit 200 nanogrammes par mètre cube (ng/m3), que la norme provinciale, qui est de 3 ng/m3.

La limite imposée à la Fonderie Horne sera abaissée à 100 ng/m3 en 2021, soit toujours 33 fois plus que la norme provinciale. L’étude de biosurveillance a permis de constater que les enfants du quartier Notre-Dame ont jusqu’à près de quatre fois plus d’arsenic dans leurs ongles, une substance cancérigène, que la normale.

En accord avec la réduction et non la norme

Selon M. Proulx, la Direction de la santé publique a toujours été claire avec ses homologues sur sa position dans ce dossier. On a toujours insisté pour que les concentrations d’arsenic soient gardées dans des concentrations les plus basses possible, tranche-t-il. On le sait que c’est un cancérigène pour l’homme et ça c’est clair et prouvé depuis très longtemps.

« On n’est pas en accord ou en désaccord avec un chiffre [norme], on est en accord avec un objectif de réduction. »

— Une citation de  Daniel Proulx, coordonnateur de l’étude de biosurveillance

La stratégie de réduction progressive des émissions d’arsenic qui était jugée acceptable en 2013 par la DSP ne l’est toutefois plus aujourd’hui, en raison des résultats de l’étude de biosurveillance. Cette étude démontre qu’il y a un risque réel et non uniquement théorique. Puis, aujourd’hui, avec l’étude qu’on a, bien sûr que l’avis de 2013 ne pourrait pas être rédigé de la même manière, absolument pas, conclut M. Proulx.

Un homme écoute la question d'un journaliste hors-champ lors d'un point de presse.

Daniel Proulx, coordonnateur de l’étude de biosurveillance auprès des enfants du quartier Notre-Dame

Photo : Radio-Canada / Mélanie Picard

Malgré une demande en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, le ministère de l’Environnement n’a pas été en mesure de nous fournir de document démontrant qu’une cible de 100 ng/m3 ne constituait pas de risque pour la santé de la population.

De plus, l’accès à l’avis de 2013 produit par la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue nous a été refusé, malgré nos demandes d’accès à l’information.

Et ailleurs dans le monde?

L’Organisation mondiale de la santé, comme plusieurs autres institutions, estime qu’il est complexe d’établir une norme sécuritaire concernant l’émission d’arsenic dans l’air. Le calcul des risques est souvent fondé sur des risques « théoriques ».

Ceci étant, l’Union européenne recommande à ses États membres d’atteindre une valeur cible de 6 ng/m3. Depuis 2011, le Québec s’est quant à lui doté d’un règlement qui stipule que la norme à respecter est de 3 ng/m3.

Malgré le risque réel prouvé, le ministère de l’Environnement refuse toujours à ce jour de s’engager publiquement à exiger des réductions de l’émission d’arsenic de manière beaucoup plus importante.

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