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Trump n'est pas le bienvenu à El Paso

Les membres de la communauté ont afflué vers les lieux de la fusillade pour rendre hommage aux victimes.

Photo : AFP / Getty/Mark Ralston

Des élus et des citoyens d’El Paso, où une fusillade a fait 22 morts ce week-end, demandent au président Trump de ne pas se présenter dans la ville texane mercredi. Selon plusieurs médias américains, le président sera accueilli par des manifestants opposés à sa venue non seulement à El Paso, mais aussi à Dayton, en Ohio, lieu d'une autre fusillade.

Aux yeux de plusieurs résidents de la ville frontalière de 680 000 habitants à 80 % hispanophone, la façon dont le président Trump parle des immigrants originaires d'Amérique latine attise les braises de l'intolérance qui semble avoir été à l'origine du massacre de samedi.

Il est au cœur du problème, a par exemple déclaré Rosario Meyer, un citoyen en entrevue avec l'AFP.

Je blâme notre président. Sa rhétorique, sa haine envers les gens qui n'ont pas la même couleur de peau, il n'a pas le droit de faire ça, a de son côté déploré Silvia Rios, elle aussi interviewée par l'AFP.

Le groupe de défense des droits des migrants Border Network for Human Rights, basé à El Paso, a même publié sur Internet une lettre enjoignant au président de ne pas venir dans la ville, et invite les citoyens à la signer d'ici 19 h mardi.

C'est une période de douleur et de deuil intenses, et nous apprécions le réflexe de réconforter les proches des personnes tuées et blessées, mais votre présence n'apporterait aucun réconfort, aucun répit à la douleur qui nous est si brutalement et impitoyablement imposée. Nous demandons plutôt votre absence, précise sa lettre.

Mais selon CNN, la Maison-Blanche a indiqué que le président, qui doit aussi se rendre à Dayton en Ohio, où a été perpétrée une autre fusillade dimanche, entend suivre son programme.

La conseillère du président Kellyanne Conway a par ailleurs indiqué que l’itinéraire du président serait semblable à celui d’autres visites présidentielles lors de fusillades, qui incluent des rencontres avec des personnes touchées par ces tragédies, des premiers répondants et des membres des forces de l’ordre, a rapporté le Washington Post.

Border Network for Human Rights estime que ce sont la rhétorique et les actions du président qui ont mené à ce moment terrible. Ce tireur a été inspiré par vos paroles et vos attitudes, ajoute l'organisation.

Votre représentation des demandeurs d'asile comme une "invasion", des Mexicains comme des “violeurs et des criminels”, des immigrants sans papiers comme des "animaux", votre propension innée à semer la haine et la peur, votre acceptation du racisme et de la suprématie blanche, tout cela au cours des dernières années, nous a conduits vers ce lieu de souffrance.

Extrait de la lettre du Border Network for Human Rights

Le tireur présumé d'El Paso est soupçonné d'avoir rédigé, avant de passer à l'acte, un manifeste dans lequel il dénonçait l'« invasion hispanique du Texas ».

Border Network for Human Rights dit espérer que le président prendra un moment pour faire une véritable introspection, rompra ses liens avec les suprémacistes et cessera ses politiques qui criminalisent, diabolisent et déshumanisent les migrants.

Radio-Canada a contacté l'organisation pour connaître le nombre de signataires, mais n'a pas obtenu de réponse.

Lundi, le maire de la ville, Dee Margo, a admis au cours d'une conférence de presse sur la fusillade avoir reçu des courriels et des appels de citoyens opposés à la venue du président américain.

Le maire, qui a par le passé critiqué Donald Trump, a notamment justifié sa visite par le fait qu'il est le président et par la nécessité de lui parler des besoins de sa communauté dans ces moments difficiles.

En février 2019, le maire avait rappelé à l'ordre le président, qui avait faussement affirmé, lors du discours de l'état de l'Union, que la ville était aux prises avec un taux de criminalité très élevé avant la construction d'un mur à cet endroit.

Les démocrates opposés à sa visite

Beto O'Rourke, tenant une fleur à la main et marchant aux côtés d'autres citoyens d'El Paso.

Beto O'Rourke, qui a notamment participé à une manifestation condamnant la haine, a été très présent dans sa communauté depuis la fusillade.

Photo : Reuters / Jose Luis Gonzalez

Des voix démocrates se sont aussi élevées pour réclamer du président qu'il reste à Washington.

La démocrate Veronica Escobar, qui représente le district fédéral texan qui comprend El Paso, a décliné l'invitation de se joindre au président lors de sa visite dans la ville.

De mon point de vue, il n'est pas le bienvenu ici. Il ne devrait pas venir ici pendant que nous sommes en deuil, a-t-elle déclaré au réseau MSNBC. Au lieu de cela, j'encouragerais les membres du personnel du président à l'inciter à se livrer à une réflexion. Je les encourage à lui faire prendre conscience de ses paroles et de ses actions lors des rassemblements, a-t-elle ajouté.

Son prédécesseur, Beto O'Rourke, candidat à l'investiture démocrate en vue de la présidentielle de 2020, avait tenu des propos semblables dès lundi.

Ce président, qui a contribué à susciter la haine qui a rendu possible la tragédie de samedi, ne devrait pas venir à El Paso, avait-il écrit sur Twitter. Nous n'avons pas besoin de plus de division. Nous devons guérir. Il n'a pas sa place ici.

Ce sont les échos qu'il entend dans sa ville, a-t-il soutenu mardi sur les ondes de CNN. Je parlais à une femme qui me demandait : “Pourquoi vient-il ici quand il nous déteste?", a-t-il illustré.

En entrevue à CNN, la conseillère de district Cassandra Hernandez a pour sa part indiqué qu'elle refuserait de rencontrer le président lors de son passage. Minimisant la teneur de son allocution de lundi, dans laquelle Donald Trump condamnait le suprémacisme blanc, elle a réclamé des gestes concrets.

Le président du Parti républicain du comté d’El Paso, Adolpho Telles, a accusé les démocrates de politiser la visite du président. De toute évidence, cela va aider les gens à surmonter cette épreuve, et ceci est un moment de guérison, a-t-il affirmé.

Selon CNN, l'équipe de campagne de Donald Trump n'a pas encore remboursé à la Ville les centaines de milliers de dollars consacrés à la sécurité entourant un rassemblement partisan qu'il avait tenu en février 2019 pour plaider en faveur de son mur à la frontière mexicaine.

Même à Dayton, la visite du président ne fait pas l'unanimité

Des manifestants tiennent des pancartes dont l'une dit «Pas de Trump! Pas de KKK! Pas d'États-Unis fascistes!» et une autre invite la mairesse à «repousser l'homme en colère».

Quelques manifestants opposés à la visite de Donald Trump se sont rassemblés devant l'hôtel de ville de Dayton.

Photo : Reuters / Bryan Woolston

Selon plusieurs médias américains, des citoyens de Dayton, où un tireur a tué 9 personnes dimanche, protesteront contre la visite du président dans leur ville.

S'adressant aux médias, la mairesse de Dayton, Nan Whaley, une démocrate, a elle-même encouragé leur liberté d'expression.

Je pense que les gens devraient se lever pour exprimer leur mécontentement s’ils ne sont pas heureux qu’il vienne.

Nan Whaley, mairesse de Dayton

La mairesse Whaley s'est montrée sceptique quant aux effets positifs que peut avoir sa visite, rappelant que plusieurs de ses concitoyens avaient été blessés par sa rhétorique.

Se disant déçue par son allocution de lundi, elle a déploré qu'il n'ait pas ciblé un meilleur contrôle des armes à feu. Franchement, je ne pense pas qu'il sache de quoi il parle, a-t-elle ajouté.

Je peux seulement espérer qu'en tant que président des États-Unis, il vient ici parce qu'il souhaite apporter quelque chose à notre communauté, a-t-elle déclaré.

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