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  • Archives
  • Alanis Obomsawin : raconter les Premières Nations par l’image

    Alanis Obomsawin assise en studio.

    La cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin témoigne de la réalité des Autochtones depuis le début des années 1970.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Jusqu'au 25 août, le Musée des beaux-arts de Montréal présente les gravures d'Alanis Obomsawin. Toute sa carrière, cette artiste abénaquise s'est donné comme mission de témoigner de la réalité des Premières Nations. Plusieurs de nos archives retracent le parcours de cette cinéaste combative.

    Ce qui est dommage, c’est qu’on a oublié ce que l’Indien a enseigné aux Blancs. C’est l’Indien qui l’a bel et bien sauvé de la mort quand il est venu ici. Et quand ils racontent que les Blancs sont allés découvrir les pays, monter dans les montagnes et qu’ils ont fait ci et ça, y’avait toujours un Indien devant qui lui montrait le chemin. On a oublié de mentionner ça.

    Alanis Obomsawin, cinéaste

    La princesse d’Odanak enseigne sa culture

    La Boîte à surprise (extrait), 18 novembre 1966

    Avant de connaître une remarquable carrière dans le domaine cinématographique, Alanis Obomsawin s’est donné comme mandat de dévoiler les traditions autochtones par les contes et les chants.

    Longtemps, cette Abénaquise d’Odanak, une communauté située entre Nicolet et Sorel, a fait des tournées dans les écoles canadiennes pour faire découvrir aux enfants la culture des siens.

    Dans cet extrait de l’émission La boîte à surprise du 18 novembre 1966 elle s’adresse aux tout-petits.

    Hélène Loiselle, Mademoiselle Mille-feuilles, l’introduit comme étant « la princesse d’Odanak ».

    La princesse explique l’importance de l’ours, l’emblème des Abénaquis.

    Elle raconte comment de grands colliers confectionnés de dents d'ours servaient à effacer les traces des guerriers. Comment les parures wampum étaient utilisées pour transmettre des messages entre communautés avant de devenir monnaie d’échange avec les Européens.

    Elle entonne ensuite un énergique chant de guerre en s’accompagnant d’un tambour.

    La chanteuse et conteuse entamera sa carrière de réalisatrice à l’ONF au début des années 1970.

    Vivre la crise d’Oka de l’intérieur et partager

    Téléjournal (Séquences de tournage), 24 septembre 1990

    En 1990, lors des événements d’Oka opposant les Mohawks aux gouvernements québécois et canadien, la cinéaste de l’ONF tourne à l’intérieur du campement des Warriors.

    Elle y passera en tout 78 jours.

    Le 24 septembre 1990, Alanis Obomsawin est contrainte de sortir de la réserve, car elle ne peut plus communiquer avec son équipe de tournage. « Le téléphone a été coupé. » Une meute de journalistes l’attend à l’extérieur pour l'interroger.

    Les séquences de tournage tirées de cette rencontre sont touchantes.

    Épuisée, grippée, privée de ses outils de travail, elle renonce à rester. C’est au bord des larmes qu’elle raconte son expérience.

    Il a fallu que je prenne la décision de sortir, et vraiment ça me crève le cœur.

    Alanis Obomsawin

    Elle raconte qu’au moment où elle est entrée dans le campement mohawk en compagnie du caméraman Jean-Claude Labrecque, la tension et la nervosité étaient palpables.

    Un peu plus tard, des guérisseurs sont rentrés. On a vu une très grande différence deux trois jours après. Ça a apaisé les Warriors. Ça a donné du réconfort à tout le monde.

    Alanis Obomsawin

    Je pense qu’on vit un moment historique au Canada. Depuis plus de vingt ans passés qu’on le prédit que cette chose-là arriverait.

    Alanis Obomsawin

    Son séjour derrière les barricades lui permettra de produire quatre films, gratifiés de 18 prix internationaux. Le plus connu d’entre tous, Kanehsatake, 270 ans de résistance, sorti en 1993, demeure un documentaire phare reconnu dans le monde entier. À lui seul, il a remporté plus d’une douzaine d’honneurs.

    Changer le monde un documentaire à la fois

    Téléjournal, 14 mai 2008

    Au Téléjournal du 14 mai 2008, la journaliste Anne Panasuk rencontre Alanis Obomsawin à l’occasion de l’hommage que lui rend le Musée d’art contemporain de New York, le MOMA.

    Les deux femmes reviennent sur les événements d’Oka. Pour la réalisatrice, Oka a été un tournant dans les relations que les municipalités entretiennent avec les Autochtones. Il est révolu le temps où les villes pouvaient grappiller les terres des réserves sans conséquence.

    Depuis ce temps-là, je crois qu’il n’y aurait pas une municipalité au Canada qui pourrait le faire. C’est ça, le changement.

    Alanis Obomsawin

    La militante fait également état du chemin parcouru par les Premières Nations pour l’accès à une éducation de qualité.

    N’oubliez pas que jusqu’en 1952 on n’avait même pas le droit d’aller à l’université à moins qu’on prenne la citoyenneté canadienne.

    Alanis Obomsawin

    Aujourd’hui, des milliers de jeunes issus des Premières Nations sortent chaque année des institutions collégiales et universitaires sans avoir à renoncer à leur identité autochtone.

    Changer le monde en témoignant de la réalité des premiers peuples, tel est le but poursuivi par Alanis Obomsawin.

    Le documentaire Richard Cardinal, le cri d’un enfant métis, pour lequel elle exprime son profond attachement, raconte le suicide d’un adolescent. Le jeune homme de 17 ans s’est donné la mort après être passé par 28 maisons d’accueil.

    Alanis Obomsawin affectionne tout particulièrement ce film, car il a contribué à faire changer la loi. Il a révélé les lacunes du système de protection de l’enfance canadien.

    La prolifique cinéaste autochtone a réalisé plus de 50 films en carrière.

    Son message pour les siens :

    Si vous voulez faire quelque chose, si vous voulez faire des changements, si vous voulez acquérir un travail quelconque. C’est possible!

    Alanis Obomsawin

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