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Québec devrait payer les agriculteurs qui évitent les pesticides, plaide l’UPA

M. Van Winden se penche dans un champ.

Jean-Bernard Van Winden, producteur maraîcher de Saint-Cyprien-de-Napierville, en Montérégie, a remplacé les pesticides par une méthode biologique, mais elle lui coûte deux fois plus cher.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Thomas Gerbet

L'Union des producteurs agricoles (UPA) demande au gouvernement du Québec d'indemniser les agriculteurs qui font l'effort de réduire leur utilisation de pesticides.

À un mois de la commission parlementaire sur les pesticides, le mémoire que l'UPA y déposera, obtenu par Radio-Canada, encourage la province à devenir une référence au niveau national et international en matière de réduction des pesticides.

Il est temps que le gouvernement prenne le virage et investisse pour devenir un véritable chef de file en protection durable des cultures.

Extrait du mémoire de l'UPA

Pour que le Québec puisse se positionner comme leader mondial, l'UPA demande au gouvernement de François Legault d'encourager positivement plutôt que de blâmer, en rétribuant les biens et services environnementaux, c'est-à-dire en soutenant financièrement les agriculteurs qui font des efforts pour l'environnement et la santé, au profit de toute la société.

Certaines pratiques réputées réduire les risques liés à l’usage des pesticides ont en contrepartie une incidence négative sur les revenus. [...] De telles pratiques pourraient plus aisément être envisagées si une compensation financière était accordée pour les pertes occasionnées.

Extrait du mémoire de l'UPA

Le syndicat agricole regrette qu'il existe trop peu de ressources humaines et financières, alors que les attentes sociétales à l’égard de l’agriculture québécoise imposent des exigences allant bien au-delà de ce à quoi sont confrontés nos principaux compétiteurs.

Les efforts d'agriculteurs pour l'environnement

Des producteurs québécois font des sacrifices pour améliorer leurs pratiques. Certains profitent de l'hiver pour parfaire leurs connaissances ou trouver des méthodes et des équipements à l'étranger afin d'améliorer leurs rendements tout en réduisant leur utilisation de pesticides.

D'autres réalisent des essais sur leurs terres au risque de perdre une partie de leur récolte.

C'est le cas de Jean-Bernard Van Winden, producteur maraîcher à Saint-Cyprien-de-Napierville, en Montérégie, qui teste la lutte intégrée avec des mouches roses.

Cette nouvelle façon de faire obligerait les producteurs agricoles à maintenir un niveau élevé de connaissances.

Extrait du mémoire de l'UPA

Certains se regroupent et financent des centres et des équipes de recherche, rappelle l'UPA.

D'autres protègent les cours d'eau adjacents à leurs champs en implantant des bandes riveraines élargies.

L’aménagement de telles bandes ou de zones tampons près des milieux sensibles restreint la superficie cultivable, et donc les revenus de la ferme.

Ce sont les producteurs agricoles qui décident de mettre en œuvre ces pratiques, et ce, à leurs frais, sans qu’un programme en finance les coûts supplémentaires ou les rétribue, et sans qu’un étiquetage distinctif identifie les denrées alimentaires produites grâce à ces bonnes pratiques, ce qui serait pourtant très informatif pour le consommateur.

Extrait du rapport de l'UPA

Un tel programme de compensation financière pourrait coûter 100 millions de dollars par année, selon l'UPA.

Le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) n'a pas souhaité faire de commentaire.

Le gouvernement avait déjà réfléchi à cette idée, sans aller de l'avant. Un document du MAPAQ daté de 2005 s'intitulait Rétribution des biens et services environnementaux : Éléments d’analyse pour le Québec.

L'UPA conseille d'autre part au gouvernement de « promouvoir et soutenir adéquatement la production biologique ».

À ce chapitre, le Québec est en avance et déjà chef de file au Canada. La province compte 2244 entreprises agricoles bio et elle est très en avance sur son objectif de 2025 : déjà 85 000 hectares sur une cible de 98 000. Cet objectif pourrait même être atteint dès l’année prochaine.



Mieux former et éduquer les agriculteurs

Dans son mémoire, l'UPA écrit que les producteurs doivent être reconnus, formés, accompagnés, responsabilisés et soutenus.

Elle suggère d'augmenter les fonds octroyés aux centres de recherche et d'améliorer l'offre de services-conseils neutres. Au Québec, la majorité des agronomes qui conseillent les agriculteurs sur l'utilisation des pesticides sont des salariés des entreprises qui vendent ces produits.

L'UPA préconise aussi d'imposer aux producteurs une formation obligatoire, de deux jours par an, préalable à l’examen pour avoir le droit de renouveler le certificat pour l’application des pesticides.

D'autres recommandations du mémoire de l'UPA :

  • réembaucher des agronomes au MAPAQ pour rétablir l’expertise perdue depuis 15 ans;
  • que le MAPAQ s’engage à nouveau dans la gouvernance des centres de recherches;
  • forcer l’Ordre des agronomes à faire respecter son Code de déontologie;
  • revoir le mode de prescription actuel des pesticides;
  • rendre plus facile l’achat de semences non traitées aux insecticides néonicotinoïdes (« tueurs d’abeilles »);
  • que les détaillants de pesticides déclarent toutes leurs ventes et pas seulement celles des produits les plus dangereux.

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