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Non, les jeux vidéo violents ne mènent pas à des fusillades

La science a plus d’une fois démontré que les jeux vidéo n’avaient aucune influence sur les tueries de masse.

Affiche du jeu « Call of Duty: WWII » montrant des soldats de la Deuxième Guerre mondiale.

Le jeu vidéo « Call of Duty » a parfois été accusé de rendre les jeunes violents.

Photo : AFP/Getty Images / AFP Contributor

Bouchra Ouatik

Au lendemain des fusillades d’El Paso au Texas et de Dayton en Ohio, des politiciens, dont Donald Trump, ont montré du doigt les jeux vidéo violents. Pourtant, de nombreuses études scientifiques ont révélé qu’il n’y avait aucun lien entre les jeux vidéo et les crimes violents.

Le lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick, a déclaré dimanche sur le réseau Fox qu’il fallait réglementer l’industrie du jeu vidéo, puisque le tireur de la fusillade d'El Paso avait mentionné le jeu de tir Call of Duty dans son manifeste. Nous avons toujours eu des fusils, nous avons toujours du mal, mais je vois que l’industrie des jeux vidéo enseigne aux jeunes gens à tuer, a déclaré le politicien texan.

Le leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, lui a emboîté le pas en déclarant au sujet des attaques : Quand vous voyez les photos de ces événements, vous pouvez voir ces actions dans les jeux vidéo.

Le président américain Donald Trump s’est quant à lui prononcé lundi matin sur les mesures à prendre pour prévenir de futures tragédies. Cela inclut les jeux vidéo macabres et horribles qui sont si courants maintenant, a-t-il mentionné.

Aucun lien, répètent les experts

Des dizaines d’études en psychologie (Nouvelle fenêtre) se sont penchées sur le lien entre les jeux vidéo et la violence chez les jeunes. Le consensus scientifique demeure le même : il n’y a pas de corrélation entre les deux. C’est vraiment une légende urbaine, dit le chercheur en psychologie Christopher J. Ferguson (Nouvelle fenêtre), de l’Université Stetson en Floride, qui a notamment écrit un livre sur le sujet.

C’est très, très clair qu’il n’y a aucune preuve que de jouer à des jeux violents ou de regarder des films violents ou de lire des livres violents peut augmenter l’agressivité.

Christopher J. Ferguson, chercheur en psychologie, Université Stetson

Dans ses études, le chercheur a notamment testé le niveau d’agressivité de participants qui avaient joué à des jeux violents et à des jeux non violents, et n’a trouvé aucune différence entre les deux groupes.

Une agressivité liée à la difficulté du jeu

Certaines études ont suggéré que les jeux vidéo violents pouvaient augmenter l’agressivité, cependant elles ont plusieurs failles, selon le psychologue Christopher J. Ferguson. Dans plusieurs études, ils n’ont pas fait un très bon travail en choisissant les jeux vidéo, explique-t-il. Par exemple, un groupe jouait à un jeu très compliqué et difficile, et le groupe contrôle jouait à un jeu non violent beaucoup plus facile. Parfois, les gens devenaient agressifs et on présumait que c’était la violence dans le jeu qui les rendait ainsi. Mais en fait, si vous contrôlez la difficulté du jeu, la frustration disparaît.

En effet, une étude menée par le psychologue Richard Ryan (Nouvelle fenêtre), de l’Université de Rochester, en 2014, a démontré que le niveau de difficulté d’un jeu vidéo pouvait augmenter le niveau de frustration d’un joueur, mais que la violence dépeinte dans le jeu n’avait aucune influence. Par exemple, un jeu vidéo de sports particulièrement difficile pouvait rendre les participants momentanément plus agressifs. Toutefois, rien n’indique que cela puisse mener les joueurs à commettre des actes violents par la suite.

C’est de l’agressivité de niveau modéré, comme lorsque l’on fait un mauvais coup, par exemple, mettre de la sauce piquante dans le sandwich de quelqu’un qui n’aime pas ça. Cela ne nous dit pas grand-chose sur la violence dans les gangs, ou l’intimidation ou des choses du genre.

Christopher J. Ferguson, chercheur en psychologie, Université Stetson

D’autres études ont tenté de mesurer l’effet des jeux vidéo à plus long terme, en demandant à des participants de remplir des questionnaires.[Ces études] regardent quel genre de facteurs prédisent des comportements négatifs. On voit constamment dans ces études que ce qui importe c’est l’environnement familial, les problèmes de santé, mais vraiment pas les jeux vidéo violents, dit M. Ferguson.

En entrevue à Radio-Canada en 2016, Richard Ryan avait expliqué que le fait que certains tueurs de masse aient joué à des jeux vidéo violents — comme c’était le cas pour l’auteur de l’attentat de 2011 en Norvège — ne prouve rien. On constate que certains auteurs de fusillades ont joué à des jeux vidéo, mais il faut aussi considérer que la majorité des jeunes aujourd’hui jouent à des jeux vidéo, avait expliqué M. Ryan. Alors, si nous regardons ces cas de fusillades, je crois qu’il y a des causes bien plus importantes qui ont mené ces gens à poser de tels gestes. Les jeux vidéo n’étaient pas la cause principale de leur comportement violent.

Quelqu'un prend un exemplaire du jeu vidéo « NBA 2K3 » dans un magasin.

Des jeux vidéo sportifs particulièrement difficiles peuvent augmenter la frustration chez les joueurs, selon une étude.

Photo : Getty Images / Justin Sullivan

Le chercheur Christopher J. Ferguson souligne que le taux de crimes violents dans la société américaine a diminué en même temps que l’avènement des jeux vidéo.

Il y a eu une diminution de 80 % de la violence chez les jeunes ces 25 dernières années, bien que la popularité des jeux vidéo agressifs ait augmenté en flèche.

Christopher J. Ferguson, chercheur en psychologie, Université Stetson

Mise à jour

À la suite de commentaires de lecteurs, la section précédente a été mise à jour pour apporter des précisions sur les études portant sur l'agressivité et les jeux vidéos.

Des craintes qui remontent aux premiers jeux vidéo

Dès les premiers jeux vidéo, il y a plus de 40 ans, des craintes ont été soulevées quant à leur effet sur la société.

Le jeu d’arcade Death Race avait soulevé la controverse en 1976 (Nouvelle fenêtre), malgré son graphisme rudimentaire. Dans ce jeu, le protagoniste devait écraser des piétons au volant de sa voiture. Face aux critiques, le fabricant du jeu avait fini par le retirer des tablettes.

Une capture d'écran du jeu vidéo « Death Race », avec un graphisme très simple, en noir et blanc.

Le jeu vidéo « Death Race » a fait scandale à sa sortie, car il a été jugé trop violent.

Photo : Museum of Play

Puis en 1993, le Congrès américain a tenu des audiences sur des jeux vidéo comme Night Trap et Mortal Kombat, et sur leurs effets potentiels auprès des enfants. Quelques années plus tard, c’est le jeu de tir Doom qui s’est retrouvé sur la sellette, puisque les auteurs de la tuerie de Columbine en 1999 en étaient des adeptes.

Le chercheur Christopher J. Ferguson souligne que la plupart des auteurs de meurtres de masse aux États-Unis ces dernières années n’étaient pas des adeptes de jeux vidéo. (Nouvelle fenêtre)

En 2002, les services secrets américains avaient trouvé que les tueurs en milieu scolaire jouaient moins aux jeux vidéo que les autres hommes de leur âge.

Christopher J. Ferguson, chercheur en psychologie, Université Stetson

Et parmi ceux qui y jouaient, il ne s’agissait pas toujours de jeux violents.

Après la fusillade à l'école primaire Sandy Hook en 2012, Wayne LaPierre, vice-président directeur du lobby américain des armes, la National Rifle Association, avait accusé les jeux vidéo d’avoir joué un rôle dans cette tragédie. Pourtant, souligne Christopher J. Ferguson, le jeu auquel le tireur semblait consacrer le plus de temps était un jeu de danse, intitulé Dance Dance Revolution. Quant à la fusillade de Virginia Tech en 2007, son auteur était un adepte de Sonic the Hedgehog, un jeu peu violent.

Des gens jouent au jeu « Dance Dance Revolution » lors de l'événement Electronic Entertainment Expo à Los Angeles.

Les auteurs de fusillades en milieu scolaire jouaient parfois à des jeux vidéo non violents, comme « Dance Dance Revolution ».

Photo : Getty Images / David McNew

Pour Christopher J. Ferguson, les reproches des politiciens esquivent les causes réelles de ces tragédies.

C’est une tentative de distraire les gens pour ne pas parler de contrôle des armes à feu ou d’inégalités sociales ou d’autres enjeux avec lesquels les politiciens ne sont pas à l’aise.

Christopher J. Ferguson, chercheur en psychologie, Université Stetson

Il croit que les critiques envers les jeux vidéo viennent du fait que cette culture est peu familière à la classe politique actuelle. Personne ne pense que la musique rock des années 1980 est un problème et personne ne pense que les bandes dessinées des années 1950 sont un problème. Mais à l’époque, les gens s’inquiétaient de ces choses, comme on s’inquiète des jeux vidéo aujourd’hui, indique M. Ferguson.

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