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Fusillade du Centre Eaton : témoignages poignants à l'audience sur la détermination de la peine

Christopher Husbands avait été reconnu coupable de meurtre non prémédité.

Christopher Husbands avait été reconnu coupable de meurtre non prémédité.

Photo : CBC / Alex Tavshunsky

Jean-Philippe Nadeau

À Toronto, l'audience sur la détermination de la peine du tireur du Centre Eaton a donné lieu à des témoignages émouvants mardi avant de prendre une tournure inusitée. Christopher Husbands a été reconnu coupable d'homicide involontaire en février à l'issue de son second procès relativement à la mort de deux membres d'un gang rival. L'homme de 29 ans a également blessé six personnes en 2012.

Craig Stevenson est le père du jeune Connor qui a été touché à la tête à l'âge de 13 ans par une balle perdue le soir de la fusillade, le 2 juin 2012, alors qu'il mangeait avec sa mère et sa soeur dans l'aire de restauration du Centre Eaton.

Il a demandé au juge que l'écran dans le prétoire soit tourné de façon à ce Christopher Husbands puisse voir les photos de son fils.

Connor était heureux et athlétique, il faisait toujours rire ses amis, puis, ce soir-là, bang bang bang, s'est-il écrié en imitant le bruit d'un revolver devant une audience médusée.

Un homme s'adresse aux médias

Craig Stevenson est le père du jeune Connor qui a été touché à la tête le soir de la fusillade, le 2 juin 2012, alors qu'il mangeait avec sa mère et sa soeur dans l'aire de restauraiton du Centre Eaton.

Photo : Radio-Canada

M. Stevenson affirme que son fils a été opéré six fois en sept ans et que sa santé est toujours aussi fragile. Des images de Connor alité à l'hôpital et des radiographies de son cerveau défilent sur l'écran en question. Christopher Husbands les regarde avec attention.

Nous avons dû lui réapprendre à marcher et il risque de subir une septième chirurgie, poursuit M. Stevenson.

Le père de Connor rappelle que son fils souffre aujourd'hui d'anxiété et d'un syndrome de stress post-traumatique, qu'il éprouve des difficultés dans ses relations interpersonnelles et qu'il a besoin d'un soutien psychologique constant.

Sa vie est toujours en danger au moindre mouvement brusque de sa tête, il ne peut plus faire de sport... aucun enfant ne devrait assister à sa collation des grades avec un casque sur la tête.

Craig Stevenson, père du jeune Connor blessé par balles
Une femme s'adresse aux journalistes

Jo-Ann Finney, la mère de Connor qui a été témoin de la fusilllade, dit qu'elle se sentait effrayée, marginalisée et sans espoir.

Photo : Radio-Canada

La mère de Connor, Jo-Ann Finney, qui a été témoin de la fusillade, a affirmé qu'elle se sentait effrayée, marginalisée et sans espoir.

Je ne cesse de revivre les événements à travers ce second procès, parce que le premier procès a été annulé à cause d'une formalité. Connor a eu une peine de mort à retardement, mais quand est-il de son assaillant?, s'interroge-t-elle.

Mme Finney souligne qu'elle sent que la justice est en train de lui échapper et que sa famille ne pourra cette fois obtenir satisfaction comme à l'issue du premier procès.

Un jeune homme, Connor Stevenson, s'adresse aux journalistes

La victime Connor Stevenson, maintenant âgé de 20 ans, dit qu'il n'est plus celui qu'il était à un jeune âge et qu'il a eu une enfance difficile après la tragédie.

Photo : Radio-Canada

Connor, qui est maintenant âgé de 20 ans, explique à la barre qu'il n'est plus celui qu'il était à un jeune âge et qu'il a eu une enfance difficile après la tragédie. Il ajoute qu'il est une victime innocente qui ne voulait pas prendre part à la vendetta personnelle de Christopher Husbands qu'il a qualifié d'égoïste.

Connor s'est en outre dit frustré par les procédures judiciaires après un premier verdict qui a été annulé il y a cinq ans. Je souffre toujours, je regrette que justice ne nous soit jamais rendue dans ces procès, conclut-il.

Les parents de Connor ajoutent que personne ne devrait tolérer la violence armée dans la société et que tout le monde est en droit de vivre en sécurité, en particulier dans un lieu public comme le Centre Eaton.

Des policiers qui sont derrières un ruban de sécurité

La fusillade du 2 juin 2012 au Centre Eaton de Toronto a fait deux morts.

Photo : La Presse canadienne / Victor Biro

Les familles des deux morts ont également témoigné en matinée. La mère de Nixon Nirmalandran, Vigneswary Nirmalendran, explique, par la voix de la Couronne, qu'elle sait qu'on l'accuse d'avoir été une mauvaise mère à cause de la façon dont elle a élevé son fils.

Je ne sais pas dans quelle mauvaise affaire Nixon trempait, mais sa mort nous a tous terriblement affectés. Nous nous sentons maintenant si seuls, parce qu'il prenait toujours soin de ses parents.

Vigneswary Nirmalendran, mère de la victime

La famille d'Ahmed Hassan a pour sa part témoigné en personne par l'intermédiaire de la soeur. Amran Hassan a rappelé les qualités de son frère, un jeune homme sensible, tranquille qui ne voulait de mal à personne. Elle a dit regretter de ne pas avoir été à ses côtés lorsqu'il agonisait sur le plancher du Centre Eaton pour le réconforter et le tenir dans ses bras.

D'autres victimes de la fusillade ont également témoigné mardi, mais par l'intermédiaire de la Couronne qui a lu leurs témoignages à la cour à voix haute. Elles ont toutes expliqué la façon dont leur vie avait été bouleversée à la suite de la fusillade et les problèmes physiques, émotionnels, psychologiques et financiers qu'elles éprouvent toujours au quotidien.

Théoriquement, Christopher Husbands est déjà admissible à la libération conditionnelle, puisqu'il a passé plus de sept ans en détention préventive.

La Couronne tente toutefois de le maintenir en prison en réclamant la peine maximale. Elle a réussi à faire admettre contre la volonté de la défense les arguments de la communauté sur les dangers de la violence armée.

Un portrait d'un homme et d'un juge

Christopher Husbands.

Photo : CBC

En général, les audiences de la détermination de la peine permettent aux survivants d'un crime et aux familles des victimes d'exprimer au juge l'impact que la mort d'un proche ou qu'un acte de violence a eu sur leur vie. Les points de vue de différents groupes communautaires ne sont pas toujours acceptés.

Dans ce cas-ci, c'est la Couronne qui a lu deux déclarations de groupes qui luttent contre la violence armée et la justice pour leurs victimes.

La Couronne remet par ailleurs le diagnostic d'un psychiatre qui a examiné Christopher Husbands depuis qu'il est en détention, en affirmant qu'il a changé d'avis, ce qui est inusité.

Ce n'est pas la première fois que le Dr Gojer fait des erreurs d'évaluation, explique la Procureure Mary Humphrey.

Les audiences ont été ajournées à vendredi. D'autres dates ont également été dégagées au calendrier à la fin septembre pour expédier l'affaire.

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Toronto

Procès et poursuites