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Industrie du cannabis : les petits entrepreneurs découragés

Un dessin qui montre un flacon d'huile de cannabis.

L'entrepreneure Josée Duranleau souhaite ajouter du cannabis à ses produits, mais le processus pour y arriver n'est pas sans embûche.

Photo : iStock

Charlotte Mondoux-Fournier

Les petits producteurs de cannabis peinent à se tailler une place au sein de l'industrie même si elle est en pleine effervescence. Plusieurs déplorent un trajet semé d'embûches et des régulations qui avantagent les entreprises mieux nanties.

Il n'est pas facile de se lancer en affaires dans le marché du cannabis, croit l’entrepreneure Josée Duranleau.

Depuis trois ans, elle produit des crèmes et des huiles à base de chanvre.

Elle souhaite bientôt pouvoir y ajouter de la marijuana, après la légalisation des produits topiques du cannabis, au mois d’octobre.

Une femme sourit.

L'entrepreneure Josée Duranleau devra probablement s’associer avec un gros joueur de l'industrie du cannabis si elle souhaite « percer » le marché des produits topiques.

Photo : Martine Côté

Pour y parvenir, Josée Duranleau devra d’abord solliciter une licence de microtransformation, un processus « complexe et coûteux » depuis que Santé Canada a changé ses procédures, au printemps.

Dans l’optique de réduire le nombre de demandes, Santé Canada exige que tous les demandeurs aménagent entièrement leurs installations avant de déposer la demande de licence.

Il en coûterait entre 500 000 et 1 million de dollars, estime Josée Duranleau, en plus des frais de consultation d'environ 50 000 $.

C’est très frustrant, car on sent que ce sont les grosses compagnies qui vont avoir le monopole du marché. Pour des gens comme nous, on dirait qu’on a toujours des bâtons dans les roues et c’est très souvent une question d’argent!

Josée Duranleau, fondatrice de Foliée, une gamme de produits de bien-être et soins corporels naturels à base de plantes

La consultante en cannabis Lisa Campbell explique pour sa part que ces changements de Santé Canada sont entrés en vigueur pour réduire les temps d’attente et désengorger le système de traitement de licences.

Au lieu d'examiner plusieurs demandes qui vont échouer, la majorité d’entre elles sont susceptibles d’être acceptées, explique-t-elle.

D’un autre côté, pour un petit producteur, ça devient presque impossible de pénétrer le marché, ajoute-t-elle.

Des sacs de jujubes au cannabis.

Les friandises au cannabis seront très bientôt légalisées au Canada, sauf au Québec.

Photo : Reuters / Rick Wilking

Josée Duranleau se dit découragée. Elle sait qu’elle devra probablement s’associer avec une entreprise qui possède déjà sa licence de transformation et souhaite élargir son marché aux produits topiques.

Elle pense toutefois que son expertise pourrait être un atout aux yeux de certains grands noms établis.

Ça va être un marché énorme. Est-ce que les compagnies de cannabis savent comment fabriquer ces produits? Les miens sont déjà prêts, souligne-t-elle.

Un parcours du combattant

L’ancienne consultante en cannabis Selina Jane Eckersall souhaite quant à elle se lancer dans la production de cannabis artisanal.

Depuis trois ans, son mari et elle rencontrent néanmoins des obstacles.

Les infrastructures sont coûteuses à mettre en place, vous devez prendre d'énormes risques dès le départ et il n'y a aucune garantie que vous obtiendrez une licence.

Selina Jane Eckersall, cofondatrice Casual Friday Cannabis Ltd.
Selina Jane Eckersall et Dean McCall, les fondateurs de Casual Friday Cannabis Ltd. Selina porte un chapeau de couleur kaki, elle a les cheveux longs et bruns mais on ne voit que son visage rapproché, Dean porte une courte barbe poivre et sel, des lunettes à monture noire, il a une casquette et sourit.

Selina Jane Eckersall et Dean McCall, les fondateurs de Casual Friday Cannabis Ltd.

Photo : Photo remise

La licence de microculture qu’ils convoitent coûte entre 800 000 et 1, 5 million de dollars.

Même s’ils ont amassé les fonds nécessaires grâce à des investisseurs, d’autres obstacles se dessinent au fur et à mesure.

Par exemple, pendant près de deux mois, ils n'ont pas été en mesure d'encaisser l’argent de leurs investisseurs.

Aucune grosse banque ne voulait de notre argent, parce que nous ne disposions pas encore de licence, déplore Selina Jane Eckersall.

À cela, s’ajoutent les difficultés à commercialiser les produits du cannabis, qui font face à de nombreuses restrictions sur le plan du marketing.

Comment commercialiser un produit que vous n'êtes même pas autorisé à commercialiser? se demande Abi Roach, présidente de Norml Cannabis et PDG de Hot Box.

Selon elle, il s’agit d’une contrainte importante, même pour les sociétés établies comme la sienne.

Des plants de cannabis arrivés à maturation dans un centre de production.

Le Canada a légalisé le cannabis en octobre 2018.

Photo : AFP / PABLO PORCIUNCULA BRUNE

Selon Selina Jane Eckersall, les petits entrepreneurs sont souvent pris au dépourvu.

Les seules personnes capables de s'y retrouver avec l'interdiction de marketing très stricte sont ces énormes compagnies de cannabis qui disposent d’équipes juridiques et d'importants budgets de marketing. Elles peuvent faire des choses que les autres compagnies ne peuvent pas faire, dit-elle.

Josée Duranleau abonde dans le même sens. Il faut être très créatif dans le marketing de ces produits-là, renchérit-elle.

Un marché qui prend de l'essor

Lisa Campbell concède qu’au sein de l’industrie canadienne du cannabis, les plus gros joueurs sont avantagés.

Dans n'importe quelle industrie, si vous avez de l'argent, vous êtes susceptibles de recevoir un meilleur traitement, indique-t-elle.

Elle estime toutefois que les possibilités pour l'avenir sont florissantes pour les plus petits producteurs.

Présentation de plats représentant le cannabis comestible.

Cannabis comestible

Photo : Unsplash / Justin Aikin

À l'heure actuelle, les premiers microproducteurs sont en cours d'approbation. [...] C’est encore lent au démarrage, mais le nombre de microproducteurs va exploser au cours de l'année prochaine, assure Mme Campbell.

Elle ajoute qu'encore 60 % des consommateurs canadiens se procurent leur cannabis sur le marché noir.

Pour changer ça, nous avons besoin d'une diversité de producteurs, d'une diversité de produits, et Santé Canada est conscient de ça, dit-elle.

Les producteurs de cannabis restent d'ailleurs optimistes.

Les petits entrepreneurs auront un rôle énorme à jouer dans l'avenir du cannabis au Canada, croit Selina Jane Eckersall.

Je pense que tout comme les artisans des spiritueux et de la bière, les gens vont vouloir soutenir les entrepreneurs locaux.

Selina Jane Eckersall

Malgré les frustrations, Josée Duranleau considère qu’il s’agit d’une aventure fort stimulante.

De dire que j’embarque avec d’autres pionniers, c’est excitant, c’est motivant, conclut-elle.

Cannabis

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