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chronique

S’éclater avec Childish Gambino, un dimanche à Osheaga

Un chanteur, torse nu, est sur scène.

Childish Gambino, en concert à Las Vegas, au Nevada, en septembre 2018.

Photo : Getty Images / Kevin Winter

Philippe Rezzonico

« Billets! Billets! Qui a des billets à vendre? » Quand un revendeur hurle cette question à 14 h à la sortie du métro Jean-Drapeau en face de l’entrée du Festival Osheaga, cela veut dire qu’il ne reste plus grand-chose à vendre aux guichets. Et dimanche, la raison de cette pénurie avait pour nom Childish Gambino.

C’est qu’il était attendu, Donald Glover, de son vrai nom. Particulièrement depuis qu’il a offert l’une des plus brutales et décapantes dénonciations de l’Amérique contemporaine qui soit – celle de la violence des armes à feu – avec le percutant clip de sa chanson This Is America, parue l’an dernier.

Coïncidence navrante, son passage à Osheaga est survenu quelque 24 heures après deux tueries distinctes aux États-Unis (El Paso, au Texas, et Dayton, en Ohio) qui ont fait 29 morts et plus de 50 blessés. Comme quoi, rien ne change sur cet aspect chez nos voisins du Sud.

Quand les premières notes se sont fait entendre à 21 h 35, le parc Jean-Drapeau reconfiguré avait fait le plein de spectateurs. Devant la scène de la Rivière – où Childish Gambino se produisait –, devant celle de la Montagne, juste à côté, et sur toute l’étendue du parc jusqu’aux lettres géantes, que du monde à perte de vue. De loin la plus grosse foule du week-end sur le site qui a accueilli 130 000 personnes.

Torse nu, pantalon blanc, espadrilles : Childish Gambino a commencé sa prestation au parterre… ou plutôt, sur une plateforme surélevée dans la foule. Pas moyen de le rater, d’autant plus que le chanteur, auteur, acteur et réalisateur possède un charisme hors du commun.

Les chanteurs, par définition, laissent passer leurs émotions par l’entremise des paroles de leurs chansons. Glover arrive aussi à le faire avec son regard. Peu d’artistes ont des yeux si expressifs. Selon l’expression faciale qu’il ajoute, Childish Gambino a l’air soit du type le plus charmeur de la terre, ou d’un potentiel psychopathe.

À l’évidence, dimanche, Glover voulait surtout faire la fête. C’était patent durant Algorythm, chanson durant laquelle il a couru, sauté, et où il nous a gratifié d’une série de pas de danse du tonnerre. Les mouvements lascifs du bassin, ça, c’était réservé pour Summertime Magic, moment où est apparue sa bande de danseurs et danseuses. Du nombre, l’un des jeunes hommes est obèse. Rafraîchissant de voir qu’un artiste comme Glover abat des stéréotypes.

Homme de cinéma, il manie aussi à la perfection ce médium. Suivi constamment par une caméra sur scène, au parterre – quand il prend des autoportraits avec les spectateurs – ou sur la plateforme, on le voit s’asperger d’eau en coulisses lorsque son régisseur lui dit qu’il devrait offrir un rappel. Dès qu’il tend l’oreille, les milliers d’amateurs hurlent et le petit jeu dure jusqu’au moment où il revient sur les planches.

Childish Gambino l’a dit et répété, il voulait se nourrir de l’énergie des spectateurs et vice-versa. Il a largement rempli sa part du contrat en se trémoussant, en se dandinant, en se déhanchant et en suant à grosses gouttes. Les spectateurs le lui ont bien rendu en dansant sans arrêt et en manifestant bruyamment quand un feu d’artifice a annoncé Boogieman.

À un moment, on a cru que l’artiste allait aborder le sujet brûlant d’actualité dans son pays. Il a reparlé de l’énergie du public « dont on a besoin plus que jamais. Aux États-Unis… » et puis, il n’est pas allé plus loin.

On a compris quelques minutes plus tard quand les « Yeah, yeah, yeah, go away! » annonçant This Is America se sont fait entendre. Foule en délire, ambiance survoltée, certes, mais aucun rappel du clip durant l’interprétation. Pas d’images sur grand écran de l’exécution sommaire et de l’assassinat de masse vus dans la vidéo (c’était prévisible), mais même pas un coup de tonnerre de la batterie pour imiter le bruit d’une arme à feu.

Glover, homme intelligent, sait faire la part des choses entre un clip dénonciateur et une mise en scène de concert qui n’a pas besoin d’être provocante à outrance. Il a largement passé son message. Pas besoin d’en rajouter. Pour la mouture de scène de This is America, les paroles suffisent amplement. Et cette version s’insère mieux dans le ton du concert qui comprend les Feels Like Summer et 3005 qui donnent l’occasion au public de s’éclater de plaisir. Et c’est ce que l’on retiendra de cette soirée.

Tame Impala en concert à Osheaga

Tame Impala en concert à Osheaga, le 4 août 2019.

Photo : Courtoisie evenko / Pat Beaudry

S’évader avec Tame Impala : Était-ce la fatigue après plus de 30 heures passées à marcher, à écouter et à écrire sur le site du festival? Toujours est-il que dès les premières notes du concert de Tame Impala, mon esprit s’est envolé avec les Australiens.

Les musiques parfois aussi psychédéliques que les images éclatantes de couleurs ont eu un effet envoûtant. Pas une fois en 75 minutes n’ai-je pris de notes ou jeté un œil à la sélection de chansons. Complètement parti avec la magnifique musique. C’est plaisant être un simple spectateur, dites donc…

Metric en concert à Osheaga

Comme d’habitude, la prestation d’Emily Haines et de ses collègues de Metric a été dynamique et incendiaire.

Photo : Courtoisie evenko / Pat Beaudry

Irrésistible Metric : Comme d’habitude, la prestation d’Emily Haines et de ses collègues de Metric a été dynamique et incendiaire. Une version à peine écourtée de celle qui a mis le feu au MTelus au mois de mai. En salle ou en plein soleil, rien ne résiste à ce groupe.

Sam Fender en concert à Osheaga

La formidable Hypersonic Missiles, de Sam Fender, a eu droit à une ovation du public.

Photo : Courtoisie evenko / Pierre Bourgault

Fender… avec une Fender : Son nom est Fender. Comme la guitare. Et, bien sûr, Sam Fender joue avec une Fender. C’est la première chose que l’on a entendue quand le Britannique a lancé sa prestation avec un mur de guitares (quatre) pour Millennial. À son premier passage à Montréal, Fender a fait parler la poudre avec des chansons rock trépidantes à forte teneur mélodique. Digne de l’école britannique, le jeune homme.

Faits saillants des chansons qui seront sur son premier disque à paraître dans quelques semaines : Dead Boys, Spice, Play God et la formidable Hypersonic Missiles qui a eu droit à une ovation du public.

Si vous achetez le disque, la prochaine fois, dans quelques mois, on aura peut-être un saxophoniste avec nous, a-t-il lancé. C’est un rendez-vous, jeune homme.

Du nouveau de Franklin Electric

« C’est notre ville! C’est Montréal! » Quiconque ignorait le lien qui soude The Franklin Electric avec la métropole québécoise l’a su entre la première et la deuxième chanson, en milieu d’après-midi. Le commentaire n’était pas superflu, vu le nombre considérable de touristes ontariens et américains présent au festival montréalais.

Ayant mis en marché le minidisque In Your Head vendredi, le groupe de Jon Matte a présenté plusieurs nouvelles chansons comme I’ve Been Here Before et I Know You You Know Me. Les nouvelles chansons sont tout à fait dans la veine et l’esthétisme sonore du groupe, quoique peut-être plus introspectives, ce qui n’était pas idéal à défendre devant des festivaliers qui voulaient bouger sous le soleil de plomb. On aura l’occasion de les écouter dans un meilleur contexte sous peu.

Le moment raté? : Même après 28 artistes/groupes vus en trois jours. On en rate toujours un. Un de mes potes me l’a juré. J’ai raté le « show de l’année », celui de Fountains D.C. Ils font le MTelus d’ici 18 mois, jure-t-il. Il (le chanteur) est la réincarnation d’Ian Curtis (le leader de Joy Division, mort en 1980). J’espère qu’il a raison.

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