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Le Brésil, géant agricole pas vraiment vert

Vue aérienne d'une parcelle déboisée de l'Amazone dans la forêt nationale de Bom Futuro à Porto Velho, État de Rondonia au Brésil

L'Amazonie a perdu 20 % de sa surface ces dernières 50 années en raison d'une déforestation.

Photo : Reuters / Nacho Doce

Agence France-Presse

L'augmentation croissante des exportations agricoles du Brésil suscite la crainte d'une nouvelle avancée de la frontière agricole brésilienne, au détriment de la forêt amazonienne, « poumon de la planète », et d'autres écosystèmes menacés.

Dans ce Brésil du président Jair Bolsonaro, climatosceptique notoire, considéré comme un champion du commerce agroalimentaire, les monocultures comme le soja ou l'élevage sont le plus souvent encouragées au détriment de petites exploitations familiales qui ont un impact plus mesuré sur l'environnement.

Cette avancée, au profit d'un modèle tourné vers l'exportation, se fait au prix d'une déforestation massive en Amazonie ou dans la savane du Cerrado. Assortie de conflits de plus en plus nombreux avec les communautés traditionnelles ou tribus indigènes, dont les territoires sont grignotés, outre des conséquences pour le climat, sujet au cœur d'un rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) sur l'usage des terres, actuellement discuté à Genève.

L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), qui doit encore être ratifié par les États membres des deux côtés de l'Atlantique, pourrait encore stimuler ces exportations. Le texte prévoit que les Européens s'engagent à ne pas importer de soja ou de viande provenant de terres déforestées, mais son application reste floue.

Le « changement dans l'usage de la terre » en cause

Le secteur agricole a été responsable à lui seul de plus des deux tiers (71 %) des émissions de CO2 du Brésil en 2017, sur un total de 2,07 milliards de mètres cubes, soit le 7e plus important au monde, d'après les dernières estimations du SEEG (Système d'évaluation des émissions de gaz à effet de serre).

Ce système, mis en place par le groupe d'ONG Observatoire du climat, prend en compte les émissions directes, notamment liées à celles de méthane de bovins, mais surtout les indirectes, attribuables à la déforestation, y compris par brûlis.

Pas moins de 46 % des émissions brésiliennes recensées par le SEEG proviennent des changements dans l'usage de la terre, c'est-à-dire d'immenses surfaces de forêt amazonienne ou de savane transformées en terres agricoles.

La plupart sont utilisées dans un premier temps comme pâturage pour l'élevage, avant d'être transformées en champs de soja, dont le Brésil est le premier exportateur mondial, au même titre que de viande bovine.

Des fèves de soya sont transvidées dans un camion à Campo Verde, dans l'État de Mato Grosso, au Brésil.

En 2017, le soya était le premier produit d'exportation brésilien.

Photo : Reuters / Gustavo Bonato

La viande bovine brésilienne a un fort impact environnemental. La productivité est très faible, avec seulement 0,7 tête de bétail en moyenne par hectare, déplore Gerd Angelkorte, chercheur à l'Université fédérale de Rio de Janeiro.

Ceci est fortement lié à des appropriations illégales de terres, notamment au nord du Brésil, dans la région amazonienne, où la déforestation précède l'élevage de bovins, ajoute-t-il.

Le chercheur considère que le gouvernement devrait être plus ferme pour éviter ces appropriations illégales. Mais le gouvernement de Jair Bolsonaro semble peu enclin à faire bouger les choses.

Impossible de respecter l'Accord de Paris sur le climat

M. Bolsonaro pointe devant lui.

Le chef de l'État brésilien, Jair Bolsonaro, a déjà affirmé qu'il serait impossible que son pays atteigne son objectif de réduction de ses émissions de gaz à effets de serre d'ici 2030, par rapport à 2005.

Photo : Getty Images / AFP / Mauro Pimentel

Les pays signataires de l'accord UE-Mercosur ont beau s'engager de facto à respecter l'Accord de Paris sur le climat, le chef de l'État brésilien a déjà affirmé qu'il serait impossible que son pays atteigne son objectif de réduire de 43 % ses émissions de gaz à effets de serre d'ici 2030, par rapport à 2005.

Ces objectifs, on ne peut pas les atteindre, même si on prenait maintenant 100 000 hommes pour replanter des forêts, on n'y arrivera pas d'ici 2030, a affirmé le président Bolsonaro début juillet.

Pas très surprenant de la part de celui qui menaçait de sortir de l'Accord de Paris après son élection.

Le gouvernement brésilien ne fait absolument rien pour s'assurer du respect des engagements de l'accord de Paris, déplore Carlos Rittl, directeur de l'Observatoire du climat.

Paradoxalement, le secteur brésilien du commerce agroalimentaire représente un des principaux garde-fous du gouvernement Bolsonaro, pour éviter que ses produits soient bannis par les consommateurs européens.

Il faut avoir une logique de développement durable, mais il faut aussi le montrer. Souvent, on perd des affaires pour des questions d'image. Ceux qui veulent sortir de l'accord de Paris n'ont jamais rien exporté, a affirmé Luiz Cornacchioni, directeur de l'Association brésilienne de l'agronégoce (ABAG) au journal Estado de S. Paulo, peu après l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro.

Pour résoudre ce problème d'image, le président d'extrême droite a préféré s'en prendre au messager : vendredi, le directeur de l'organisme public qui mesure la déforestation a été limogé après avoir été accusé de fournir à la presse des données mensongères pour jouer le jeu des ONG.

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