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Pénurie de vétérinaires dans l’Est-du-Québec

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La vétérinaire Ève Woods-Lavoie observe un chien

Les animaux de compagnie sont de plus en plus nombreux et vieux, ce qui augmente la charge de travail du personnel vétérinaire.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Miriane Demers-Lemay

La pénurie de vétérinaires qui touche le Québec fait particulièrement mal aux régions comme la Gaspésie et la Côte-Nord.

Les horaires de travail de 60 heures par semaine, l'obligation d'être de garde en permanence et l'absence d'incitatifs financiers : ce sont toutes des conditions de travail qui freinent l'arrivée de finissants en médecine vétérinaire en région.

Or, ce manque de relève peut entraîner, pour les vétérinaires régionaux, une surcharge de travail, de l'épuisement, ainsi que des difficultés pour prendre des vacances

Débordés avec les animaux de compagnie, ces vétérinaires ont aussi peu de temps pour répondre aux urgences qui touchent les animaux de ferme.

Il faut être patients.Tu le vois dans leur face qu'ils sont débordés, commente Méganne Paquette, qui a attendu près de deux heures dans une clinique avec son compagnon pour faire examiner leur chien.

On est essouflés, c'est certain, observe la vétérinaire Ève Woods-Lavoie, qui pratique à Gaspé. Pour la première fois en six ans, elle se permet de prendre des vacances cet été.

Moi, j'ai pris la décision, au début de l'été, de réduire les heures d'ouverture de ma pratique, parce que j'avais moins de personnel.

Je dirais que c’est pratiquement une catastrophe, ajoute-t-elle. Les régions, autant on pourrait penser que ça pourrait attirer les gens qui veulent avoir un rythme de vie plus agréable. Moi j’ai besoin d’un [autre] vétérinaire pour avoir une vie normale.

La vétérinaire Ève Woods-Lavoie

La vétérinaire gaspésienne Ève Woods-Lavoie prendra des vacances pour la première fois en six ans.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Des défis pour les diplômés

André Banville, vétérinaire à Gaspé depuis 37 ans, travaille en moyenne 12 heures par jour. Il est de garde sept jours sur sept : un rythme effréné qui peut faire peur aux nouveaux vétérinaires, selon lui.

Il croit que la seule faculté de médecine vétérinaire de la province, à l'Université de Montréal, devrait réserver un certain nombre d'admissions pour les étudiants des régions, comme cela se fait pour les étudiants étrangers.

J’en connais des gens qui voudraient bien retourner en région, mais qui n’ont pas été acceptés [pour étudier la médecine vétérinaire], parfois c’était un demi-point qui manquait, dit-il.

Selon l'Ordre des vétérinaires du Québec, les jeunes vétérinaires veulent plus souvent pratiquer dans les grands centres, où il y a plus d'animaux à traiter, donc plus de revenus. La présidente de l'Ordre, Caroline Kisdonk, croit que la polyvalence exigée en région devrait être davantage valorisée.

C'est possible qu'il n'y ait pas tous les équipements qu'il y a dans les grands centres de référence urbains, par contre c'est une pratique qui peut être plus diversifiée et où les médecins sont appelés à faire preuve de plus d'initiatives, observe-t-elle.

Le vétérinaire André Banville observe un chien

Des changements aux programmes de médecine vétérinaire pourraient permettre d'augmenter le nombre de finissants retournant travailler en région après leurs études, selon le vétérinaire André Banville.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Le recrutement de nouveau personnel reste également difficile en Côte-Nord. La pénurie est telle qu’il demeure même difficile de combler les besoins en cas de congés de travail ou de maternité, estime la propriétaire associée de l’Hôpital vétérinaire Manicouagan de Baie-Comeau, Marie-Noëlle Morin, qui était en entrevue à l’émission Bonjour la Côte, vendredi.

Malgré des affichages dans les cinq cégeps qui offrent le programme, on n’a pas de candidature à Baie-Comeau, dit la propriétaire de l’hôpital vétérinaire, qui croit que l’augmentation des cohortes dans les établissements d’enseignement et le nombre de vétérinaires étrangers pourrait pallier le manque à combler.

Des animaux plus vieux et plus nombreux

Marie-Noëlle Morin croit que le changement des habitudes des propriétaires, qui veulent garder leurs animaux domestiques plus longtemps, peut jouer un rôle dans la pénurie de personnel vétérinaire.

Les gens font plus soigner leurs animaux, dit-elle. Des chiens hypertendus, des chats diabétiques, c’est notre quotidien. Ça demande plus de temps maintenant alors qu’avant, tout finissait en euthanasie.

Un chien entre les jambes de son maître

Le nombre de chiens a augmenté dans les foyers du pays au cours des dix dernières années.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Selon Marie-Noëlle Morin, ce sont les cas d’urgence qui obligent le personnel à faire du temps supplémentaire. Elle croit que ce nombre d’urgences pourrait diminuer avec un travail de prévention, incluant vaccinations et examens réguliers.

Selon l’Institut canadien de la santé animale, le nombre de chats et de chiens a fait un bond de 10 % en 10 ans au pays.

D'après un reportage de Martin Toulgoat

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