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chronique

Redécouvrir Osheaga avec The Lumineers, Interpol et Mitski

Le groupe The Lumineers, en concert à Osheaga 2019

« On vous remercie, on n’a jamais été la tête d’affiche d’un si gros festival », a lancé le chanteur Wesley Shultz, du groupe The Lumineers, au premier jour d'Osheaga, le 2 août 2019.

Photo : Courtoisie evenko / Pat Beaudry

Philippe Rezzonico

Après un exil de deux ans sur l’île Notre-Dame, le festival Osheaga revient sur l’île Sainte-Hélène en fin de semaine sur un site reconfiguré. Si les festivaliers et festivalières ne doivent pas se familiariser avec un environnement complètement modifié en regard du passé récent, cette 14e présentation de l’événement en est néanmoins une de redécouverte. Compte rendu musical et logistique de cette première journée.

D’entrée de jeu, à la sortie du métro Jean-Drapeau, on se demande durant un court instant si on est au bon endroit. Au lieu de se diriger à gauche afin de contourner le bassin d’eau pour accéder à l’entrée, on peut désormais aller tout droit sur la très large entrée de béton et de pavé de béton. Disparu, le bassin, ainsi que le petit pont charmant qui donnait accès à la zone boisée et aux scènes Verte, des Arbres et de la Vallée.

La nouvelle configuration offre plus d’espace pour le public ainsi qu'un accès plus aisé au parc, et on note l’ajout d’un restaurant et d’une grande toilette publique permanente, qui est néanmoins toujours bondée. À l’inverse, on perd le cachet que le bassin et le petit pont conféraient à l’ensemble, un peu comme si un bulldozer était venu aplanir votre cour arrière.

Danielle McTaggart, de Dear Rouge, en concert à Osheaga

Danielle McTaggart, de Dear Rouge, en concert à Osheaga

Photo : Courtoisie evenko / Pat Beaudry

Dear Rouge

C’est en se dirigeant vers les scènes principales de la Rivière et de la Montagne – de nouveau côte à côte – que l’on entend, au loin, la voix de Danielle McTaggart, de Dear Rouge. Pas de doute, le son est bien ajusté sur les deux scènes centrales…

La chanteuse de Vancouver et ses collègues ont la tâche ingrate de donner le coup d’envoi de la journée à 13 h, mais ils s’en tirent avec les honneurs. Dear Rouge est avant tout à l’image de sa figure de proue. Quand elle s’exprime aux claviers, McTaggart fait penser à une Emily Haines (Metric) aux cheveux noirs. Sa voix porteuse, du genre Karen O (du groupe Yeah Yeah Yeahs), lui permet de dynamiser ses offrandes, et elle n’hésite pas à enjamber la barrière de sécurité avec ses longues bottes futuristes afin de s’éclater avec le public. Quand tu arrives à donner une ambiance de rappel à ta prestation à 13 h 40, on peut dire : mission accomplie.

La reconfiguration principale

C’est devant la scène de la Rivière que l’on prend la mesure du site reconfiguré. Les neuf tours relais – son et lumière – ont l’air d’immenses clous géants plantés dans le sol, qui se veut désormais une terre battue claire, similaire à ce que l’on voit sur les courts de tennis à Roland-Garros. Au fond, la petite colline sur laquelle se dressaient les lettres géantes « Osheaga » est beaucoup moins imposante. À peine plus grosse qu’une butte, finalement, mais la pente est moins à-pic.

Il y a, en définitive, plus d’espace pour les personnes qui s’allongent sur le gazon naturel, ou encore celles qui s’installent sur les pelouses synthétiques entourant les tables à pique-nique. Le site est moins salissant sous le soleil, et il sera moins boueux en cas de pluie. Que des avantages, au fond, mais après avoir connu depuis 2006 un parc naturel avec les imperfections qui allaient avec, on a désormais un site un peu lisse qui ressemble à un terrain de golf manucuré.

Naya Ali en concert

La jeune artiste hip-hop Naya Ali possède un indéniable talent et a du chien.

Photo : Courtoisie evenko / Tim Snow

Naya Ali

Dire que cela s’est bien passé pour la Québécoise Naya Ali serait mentir. Donner près de 10 minutes à ton DJ en ouverture quand tu en as 40 à ta disposition, ce n’est déjà pas très indiqué. Ajoutons à cela que la prestation a été minée par des problèmes de son.

Certes, la jeune artiste hip-hop possède un indéniable talent et a du chien – il fallait la voir ramer pour tenter de conquérir le mince public présent –, mais parfois, il faut tenir compte du contexte dans lequel on se produit. Une voix et un DJ dans une petite salle de 150 personnes à 22 h, ça fait sérieusement le boulot. Mais à 14 h en plein soleil dans un festival, ça prend plus que ça. Quand Ali lance, après 30 minutes de prestation : « Sur la prochaine, je veux vous voir bouger », c’est qu’il y a un problème. Partie remise.

Scènes Verte et de la Vallée

La section du site qui a le moins souffert de grands bouleversements est la plus éloignée. Les scènes Verte et de la Vallée sont toujours non loin l’une de l’autre, avec le manège entre les deux. Dans cette portion du parc, on n’a pas de couloirs en béton à même le sol.

Le paillis est toujours aussi accueillant pour les chevilles meurtries après quelques heures de marche, et il dégage une odeur charmante quand il est détrempé par l’eau provenant des canons qui aspergent régulièrement les festivaliers. Et la configuration permet encore de s’installer sur les marches en pierres naturelles qui font face au fleuve et à la ville de Montréal. Splendide coup d’œil. Seule nouveauté : une sorte de terrasse qui aurait intérêt à être peaufinée.

We Are Monroe

Sous la nouvelle scène des Arbres – magnifique – installée sous le couvert naturel, We Are Monroe n’a pas fait de quartier. Le chanteur Pat Gomes semblait avoir une voix de lendemain de veille en ouverture, mais ça s’est placé par la suite, et le groupe montréalais a fait feu de tous bords tous côtés. Quand on a pris Midnight Cruiser en pleine gueule, tout le monde, du public jusqu’aux serveuses du bar, dansait sur le même rythme. Intense et festif.

Sharon Van Etten en concert à Osheaga 2019

L’Américaine Sharon Van Etten a su imposer son ambiance dense en un tournemain.

Photo : Courtoisie evenko / Pierre Bourgault

Sharon Van Etten

Attitude vaguement frondeuse, regard perçant, voix aux inflexions à la Kate Bush : l’Américaine Sharon Van Etten a su imposer son ambiance dense en un tournemain, au moment où le public massé devant la scène de la Vallée était en train de cuire comme dans une poêle à frire.

Tout ça avec de bonnes chansons – récentes ou nouvelles. Très, très bien. Je suis resté seulement 20 minutes, car je voulais entendre le collectif Teke::Teke et ses chansons à la sauce surf nippone. Pas le choix, les deux prestations étaient exactement à la même heure. Là encore, le groupe de Montréal a répondu présent.

Un chanteur qui porte des verres fumés est sur la scène.

Le groupe Interpol était l'une des têtes d'affiche de la première journée d'Osheaga 2019, au parc Jean-Drapeau, à Montréal.

Photo : Courtoisie evenko / Pat Beaudry

Interpol : la réconciliation?

Je boude Interpol en concert depuis près de 10 ans, soit depuis les prestations soporifiques du groupe– deux soirs de suite – lors des premières parties de U2 à l’Hippodrome de Montréal, en 2011. Mais bon, vu qu’il était là vendredi, je me disais qu’il était temps de lui donner une autre chance.

Départ plutôt intéressant avec des offrandes telles C’mere et If You Really Love Nothing. Pas de problème du côté de la voix de Paul Banks, et on salue le courage du guitariste Daniel Kessler, qui s’est pointé sur scène en couplet et cravate en dépit de la chaleur.

Globalement, ce fut supérieur à ce que le groupe américain nous avait servi en 2011. Pas difficile, il faut l'admettre… Et il y avait nettement plus de tonus dans l’offrande avec la nouvelle Fine Mess et All the Rage Back Home. Réconcilié? En partie.

Danse, danse! Saute, saute!

Avec son chemin rectiligne le long du fleuve, l’accès à la scène des Îles est très convivial. Et une fois rendu sur place, le plaisir est garanti. Au menu : tempos ultrarapides et pulsions aussi lourdes qu’assourdissantes pour s’assurer que tout le monde danse. Et ça danse sur le paillis et dans le gravier!

Ça le fait sans arrêt durant Fisher – quand je suis passé – et à n’importe quel autre moment de la journée. Sauf, peut-être, pour ce jeune couple d’amoureux qui s’est offert le french kiss le plus baveux que j’ai vu en public depuis des années. La musique et l’amour, pas de doute, c’est fait pour aller ensemble.

L’abonné absent

Le Colombien J Balvin, vedette du reggaeton, a dû annuler son concert, car son avion n’a pu décoller de New York « en raison de restrictions imprévues sur l’espace aérien dans la région de New York ». Ça arrive. Mais ça n’arriverait pas si les artistes arrivaient dans la ville où ils doivent se produire la veille. Espérons que ça n’arrivera pas le 22 septembre pour son concert prévu à la Place Bell, à Laval.

Une femme chante couchée sur une table blanche.

L’artiste nippo-américaine Mitski sait accaparer l’attention comme peu d’artistes peuvent le faire.

Photo : Courtoisie evenko / Tim Snow

Un coup de cœur nommé Mitski

Comme il faut écrire à un moment donné, je n’ai vu que le dernier quart d’heure de Mitski. Ce fut néanmoins suffisant pour être séduit. L’artiste nippo-américaine sait accaparer l’attention comme peu d’artistes peuvent le faire, notamment en raison du ballet chorégraphique qu’elle entretient avec une table et une chaise.

Ballades éthérées, ruades de guitares, esthétisme sensuel; la chanteuse annonce qu’elle va terminer sa prestation « sur un bang » en plaçant la table comme une barricade et se servant de son pied de micro comme d’un fusil ou d’une baïonnette. La meilleure proposition de scène de la journée.

Sombres et lumineux

The Lumineers en tête d’affiche à Osheaga? Je n’aurais pas cru ça il y quelques années, mais le groupe américain a pris du coffre, et une prestation en première partie de U2 à Chicago il y a deux ans m’a convaincu que c’était possible.

On vous remercie, on n’a jamais été la tête d’affiche d’un si gros festival, a lancé le chanteur Wesley Shultz. Pour l’occasion, le groupe ne l’a pas joué facile et a offert un grand nombre de chansons à paraître sur son album à venir (III) au mois de septembre.

Visiblement, la cote d’amour du groupe que l’on aime comparer à Mumford & Sons est à la hausse. Les nouvelles Life in the City et Leader of the Landslide ne faisaient pas honte à côté du doublé d’ouverture formé de Sleep on the Floor et de Cleopatra.

À la fois sobres (pour les structures folk) et riches (pour les arrangements), les chansons des Lumineers sont simplement belles. Mais en festival, il en faut plus, surtout en tête d’affiche. Le coup d’éclat fut donc le passage des six membres sur une plateforme surélevée dans une mer de monde.

On vous annonce que la nouvelle It Wasn’t Easy To Be Happy For You risque d’être la chanson phare de III. Mais dans ce contexte particulier, c’est quand même Ho Hey qui a été le fait saillant.

Au final, une splendide prestation, pas trop remuante, mais rassembleuse, qui s’est avérée idéale pour conclure une journée de redécouvertes à Osheaga. En quittant le parc – avec plus de facilité que par le passé –, je me disais qu’en définitive, on allait l’aimer, ce nouveau site redessiné.

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