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Itinérance à Montréal : le SPVM change d’approche à la suite de critiques

Deux policiers près de leur vélo discutent avec un itinérant assis sur le trottoir.

À pied ou en vélo, la vingtaine de patrouilleurs de la nouvelle Brigade des espaces publics (BEP) du SPVM parcourent les rues du centre-ville de Montréal. Leur mandat : lutter contre les incivilités et contrer la vente de stupéfiants.

Photo : Radio-Canada

Florence Ngué-No

Après avoir essuyé des critiques d’organismes qui travaillent auprès de personnes en situation d'itinérance, le Service de police de Montréal (SPVM) a complètement renouvelé le mandat de sa Brigade des espaces publics (BEP). Son nouveau mandat : une approche plus humaine.

La vingtaine de patrouilleurs de la brigade, créée en 2015, est souvent amenée à interagir avec des personnes vulnérables, en situation d’itinérance, et qui sont aux prises avec des problèmes d’alcoolisme, de toxicomanie ou de santé mentale.

Par contre, depuis le début de l’été, l’approche est bien différente. Le SPVM assure que les contraventions et les arrestations sont désormais les derniers recours utilisés par cette nouvelle équipe de policiers.

En 2019, le SPVM a décidé de recentrer le mandat de la Brigade des espaces publics pour un mandat plus axé sur la relation d'aide et la résolution de problème, explique la responsable de la BEP, la commandante Martine Dubuc.

Donc, les policiers vont sur le terrain à la rencontre de gens qui présentent une certaine vulnérabilité, des gens en situation d'itinérance, en crise ou dont l'état mental est perturbé, et leur réponse devient un peu plus humaine, affirme-t-elle.

Encore des progrès à faire

Sur la rue de la Montagne, au centre-ville de Montréal, deux policiers de la BEP s’engouffrent derrière un grillage donnant sur un grand terrain vague qui deviendra bientôt un chantier de construction. Des groupes de squatteurs ont établi des campements de fortune sur l'emplacement.

Les policiers les connaissent et entament rapidement la discussion. Notre approche consiste à aller rencontrer ces gens pour un premier contact, à se présenter à eux. Voir s'ils ont besoin d'eau, de manger, de quoi que ce soit, explique la sergente Jolyanne Bonneau.

Ensuite, on fait le lien avec des ressources communautaires et des intervenants qui vont venir les rencontrer et qui vont éventuellement les conscientiser au fait qu'il va y avoir de la construction [là où ils se trouvent] et qu'ils vont devoir se déplacer dans un autre endroit, ajoute-t-elle.

Selon une personne sans-abri rencontrée sur le terrain vague, et qui dit gagner sa vie en lavant les pare-brise des voitures, les policiers devraient parfois se montrer plus compréhensifs et plus tolérants. Je pense que ça devrait être d'autres organismes qui font des approches avec des gens dans la rue, dit le jeune homme.

Moi, je suis squegee. J'ai 5000 dollars de tickets de squeegee, j'ai 5000 dollars d'amendes de la STM pour sauter le métro, je n'ai pas d'aide sociale. Alors, quand ces gens-là me débarquent d'un coin de rue ou me donnent des tickets que je ne serai pas capable de payer, c'est complètement inutile. Ça fait qu'il faut que ça change.

Un jeune sans-abri

De l'espoir après des années de critiques

Le directeur général du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Pierre Gaudreau, salue la nouvelle approche du SPVM. Il affirme que les problèmes liés aux interventions de cette brigade persistaient depuis sa création, il y a quatre ans.

M. Gaudreau espère maintenant un réel changement de cap. Au niveau de la BEP, on a vu beaucoup de problèmes dans l'intervention de cette équipe-là, dit-il.

Trop souvent, ce que nous ont rapporté les itinérants et les personnes concernées, c'est qu'il y avait des interventions abusives, du bris de matériel de consommation, du vidage de canettes de bière, des contraventions remises alors que les gens sont sans-abri. Ce n'est pas une solution, déplore Pierre Gaudreau.

On va voir comment les choses vont se concrétiser cet été.

Pierre Gaudreau, directeur général du RAPSIM

Selon la directrice des communications de la Mission Old Brewery, Mélissa Bellerose, la collaboration entre le SPVM et les organismes qui viennent en aide aux personnes les plus démunies est cruciale. La formation des policiers doit aussi être approfondie.

Je pense surtout aux nouvelles recrues qui n’ont pas beaucoup d'expérience, c'est vraiment le bon moment pour les former, mais il faut que la formation soit continue. Une formation par année, ce n'est pas assez. Puis, il faut que tous les policiers soient formés de la même façon pour les sensibiliser, estime Mme Bellerose, qui précise qu’en 2018-2019, près de 900 patrouilleurs, dont 160 recrues, ont été sensibilisés aux enjeux de l’itinérance par le biais des ateliers donnés par son organisme.

Pour la commandante Martine Dubuc, il est difficile pour l’instant de dresser un bilan des premiers mois d’intervention de la brigade, mais l’initiative du SPVM serait généralement bien accueillie par les sans-abri et les organismes qui les aident.

Grand Montréal

Prévention et sécurité