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Perdre son français après l’école d’immersion

Vue sur une image graphique. On y voit une tête humaine en forme de casse-tête. On voit des morceaux qui se détachent.

Près de 265 000 Albertains pouvaient parler couramment le français et l’anglais en 2016.

Photo : Radio-Canada

Charlotte Dumoulin

Après un passage dans les écoles d’immersion, garder le français est un défi pour les anglophones vivant dans les provinces où l'anglais est la langue dominante. Ils sont malgré tout toujours plus nombreux à s'y inscrire, car pour beaucoup d'entre eux, ce programme va au-delà du bilinguisme.

Nava Yamach a fréquenté l’une des 226 écoles d’immersion de l'Alberta. Très vite, elle est tombée en amour avec la langue et la culture françaises.

Malgré tout, la femme de 31 ans peine à trouver aujourd’hui des occasions pour s’exprimer dans la langue de Molière, ce qui lui fait craindre de la perdre.

« Je pense que c’est très difficile. Si tu n’as pas un emploi où tu dois parler français chaque jour, tu n’as pas vraiment de raison d'utiliser la langue », pense-t-elle.

C’est donc dans ses moments de loisirs qu'elle a choisi de faire des efforts pour conserver ce qu’elle a appris plus jeune en classe.

Vue sur une femme qui est sur un divan. Elle lit un livre.

Pour ne pas perdre la langue, Nava Yamach s'oblige à lire des livres et à regarder des films en français.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Après avoir étudié dans une école d’immersion, André Bourgeois parle rarement en français. C'est pourquoi l’homme de 45 ans, dont le père est francophone, se donne la note de 30 % en français.

Il manque de vocabulaire et est peu sûr de lui lorsqu’il tente de parler, avoue-t-il en ne parlant qu’en anglais pendant l’entrevue.

Sur le site web du gouvernement de l’Alberta, il est pourtant clairement indiqué qu’à la fin de leurs études, les élèves en immersion « seront fluides en français ».

Un cas unique?

Il n'existe actuellement aucune statistique permettant de quantifier le problème de rétention du français comme langue seconde dans une province majoritairement anglophone.

Toutefois avec une moyenne de 40 000 élèves inscrits chaque année depuis 10 ans dans les classes d’immersion en Alberta, la province devrait se retrouver avec au moins 400 000 personnes capables de dire plus que « bonjour ».

Or, selon le recensement 2016, 265 000 Albertains sur une population de 4,3 millions d’habitants disent parler couramment le français.

Les bienfaits de l’immersion

Lynn Thomas, professeure en enseignement des langues secondes à l’Université de Sherbrooke, n’est pas surprise par ces témoignages.

Elle explique que ce sont les régions responsables de l’audition, de la mémoire et de la vision qui sont stimulées pendant l'apprentissage d'une langue. Sans pratique quotidienne, l’usage de la langue devient difficile, précise-t-elle.

Selon des recherches, ce travail cérébral permet notamment d'être plus agile et créatif, et réduit les risques de maladie d'Alzheimer ou de démence.

Si on arrête de pratiquer une langue, les neurones cessent de se développer, mais les acquis ne disparaissent pas complètement.

L'élève devenu adulte gardera toutefois un vocabulaire d'adolescent. « Ce n’est pas facile de mettre des adultes dans une situation où ils se sentent comme des enfants », souligne Lynn Thomas.

Encore de l’espoir

À 45 ans, André Bourgeois n’a pas de regrets : « si j’avais vraiment voulu parler le français, j’y aurais mis le temps et l’effort. »

Il ne ferme toutefois pas la porte au bilinguisme.

« Je n’ai pas de regrets. J’ai une belle vie, mais est-ce que je voudrais remédier à la situation et faire les efforts pour apprendre le français? La réponse est oui. »

Alberta

Éducation