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De l’Île-du-Prince-Édouard à la Gaspésie, les Haché-Gallant sont toujours vivants

Drapeau de l'Acadie devant une berge

Les Haché-Gallant font partie des familles acadiennes à la descendance nombreuse.

Photo : Radio-Canada

Isabelle Larose

Qu’ils s’appellent Haché, Hachey ou Gallant, qu’ils habitent Caraquet, Rustico, Halifax ou Saint-Alexis-de-Matapédia, ils ont tous le même ancêtre : Michel Haché dit Gallant. Regard sur l’histoire d’une famille résiliente qui s’est essaimée de l’Île-du-Prince-Édouard jusqu’aux montagnes de la Gaspésie.

Des Gallant et Haché provenant des quatre coins de l'Amérique ont envahi le lieu historique national de Skmaqn–Port-la-Joye–Fort-Amherst, près de Charlottetown à l’Île-du-Prince-Édouard en fin de semaine. Une réunion familiale s’y tenait, dans le cadre du 6e Congrès mondial acadien.

Le lieu de rassemblement n’a pas été choisi au hasard. Port-la-Joye est l’endroit où l’Acadien Michel Haché, surnommé Gallant, s’est installé avec sa femme Anne Cormier et ses douze enfants, en 1720.

Un monument de granit sur lequel il est inscrit que Michel Haché et sa femme ont été la première famille acadienne établie en permanence à l'Île-du-Prince-Édouard.

Un monument érigé à Port-la-Joye à l'Île-du-Prince-Édouard témoigne de l'endroit où Michel Haché dit Gallant a pris racine avec sa famille.

Photo : Michel Goudreau/Société historique Machault

La famille avait préféré quitter la région de Beaubassin en Nouvelle-Écosse plutôt que de prêter allégeance au roi d’Angleterre, qui avait pris possession du territoire avec le traité d’Utrecht de 1713.

L'arrivée de la famille à l'Île-du-Prince-Édouard marquait la première étape d'une longue série d'exils.

Les Haché-Gallant se réfugient en Gaspésie

En 1758, la conquête anglaise rattrape les enfants du patriarche, mort en 1737 . L’historien gaspésien et président de la Société historique Machault, Michel Goudreau, explique que la famille est forcée de quitter Port-la-Joye.

Lorsque vient la période de la déportation à l’île Saint-Jean (actuelle province de l’Île-du-Prince-Édouard) en 1758, explique-t-il, beaucoup de ses descendants vont fuir et vont s’en venir en Gaspésie pour s’installer sur les rives de la rivière Ristigouche. C’est ce qu’on appelle la Petite-Rochelle, un camp de réfugiés acadiens, où il y a eu au-delà de 1000 personnes au moment de la bataille de la Restigouche en 1760.

L'historien Michel Goudreau est photographié devant sa bibliothèque de livres anciens

L'historien Michel Goudreau s'est, entre autres, penché sur la présence des descendants de Michel Haché dit Gallant en Gaspésie au moment de la bataille de la Restigouche en 1760.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Les recherches de Michel Goudreau ont permis de démontrer qu’au moins 68 membres du clan Haché-Gallant, incluant des enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de Michel Haché dit Gallant, se sont installés dans l’actuelle région de Pointe-à-la-Croix entre 1758 et 1761.

Un schéma généalogique montre la présence des Gallant à la Petite-Rochelle

Des enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants de Michel Haché dit Gallant et Anne Cormier se sont réfugiés durant quelques années sur les rives de la Ristigouche pour fuir la déportation.

Photo : Michel Goudreau, tiré du livre «Familles rebelles de La Petite-Rochelle: Les Acadiens de la résistance sur la Ristigouche 1760»

Ils avaient commencé à s’établir, explique Michel Goudreau. Lorsqu’il y a eu la bataille de la Restigouche, en juillet 1760, leurs maisons se font brûler. Donc, ils perdent tout, ils doivent recommencer et à ce moment-là la vie était très dure parce que les ordres des soldats anglais étaient de tout détruire ce qui pouvait leur permettre de survivre. Donc, ils n’ont pas eu d’autres choix que de quitter [la région].

Le clan Gallant-Haché est encore une fois poussé forcé à plier bagage. En 1761, plusieurs membres se déplacent vers la péninsule acadienne, raconte l’historien Michel Goudreau. Avec le temps, il y a en a qui vont retourner à l’Île-du-Prince-Édouard, dans la région de Rustico.

Un même ancêtre, plusieurs noms de famille

Haché, Hachey, Hachez, Hashi, Hashie, Aché, Achée, Gallant, Galland, Gallan, Galan : de nombreux patronymes ont vu le jour depuis le 18e siècle parmi les descendants d’une grande famille. Selon l’historien Michel Goudreau, les trois quarts des descendants de Michel Haché dit Gallant ont conservé le surnom Gallant et le quart porte le patronyme Haché. Plusieurs variantes orthographiques de ces deux noms sont recensées.

En Gaspésie, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard, les Gallant prédominent alors qu’au Nouveau-Brunswick, les Haché/Hachey sont nombreux, particulièrement dans la péninsule acadienne.

De Rustico à la colonisation des Plateaux

En 1860, de nombreux descendants de Michel Haché dit Gallant sont installés à Rustico. Mais une nouvelle vie les attend au détour.

En 1860, les Acadiens qui sont dans la région de Rustico sont à l’étroit, explique l’historien Michel Goudreau. Les terres ont toutes été données à des seigneurs anglais. Les grandes familles ne peuvent plus vivre sur un petit lopin de terre.

C’est à ce moment que l’abbé Georges-Antoine Belcourt entre en scène. Le prêtre de Rustico va convaincre quatre familles et un célibataire d’aller fonder une nouvelle colonie en Gaspésie, dans le secteur des Plateaux de la Matapédia, probablement sans savoir que leurs ancêtres s’étaient réfugiés non loin de là exactement 100 ans auparavant.

Une photo noir et blanc de l'abbé Georges-Antoine Belcourt, assis à un secrétaire.

L'abbé Georges-Antoine Belcourt se rendit à Rustico en 1859. Il créa plusieurs colonies de peuplement à l'extérieur de l'Île-du-Prince-Édouard, dont celle de Sainte-Alexis-de-Matapédia.

Photo : Collection de la Banque des fermiers de Rustico

Une seule Gallant fait partie du premier contingent de colons qui arrive à Saint-Alexis-de-Matapédia, mais dès 1861, vingt-cinq autres familles acadiennes, formées de plusieurs Gallant, prennent la route. Cette émigration soutenue se poursuit jusqu’en 1865.

C’est comme ça que va revenir, pour de bon, le clan Gallant en Gaspésie, résume Michel Goudreau.

Une plaque commémorative où sont nommés les premiers colons de Rustico arrivés à Saint-Alexis-de-Matapédia en 1860.

Une plaque commémorative au centre du village de Saint-Alexis-de-Matapédia raconte l'arrivée des premiers colons de Rustico en 1860.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

On a des liens très serrés au niveau historique entre ce coin-ci de la Gaspésie et l’Île-du-Prince-Édouard.

Michel Goudreau, historien

Les familles Gallant, aidées entre autres par des Martin et des Doiron, défrichent les plateaux et participent activement à l’établissement de missions catholiques à Matapédia, Saint-François-d’Assise et l’Ascension-de-Patapédia.

Les Gallant du Québec en chiffres

  • 327e nom de famille le plus fréquent au Québec
  • 4e nom de famille le plus fréquent dans la MRC d’Avignon en Gaspésie (après Leblanc, Landry et Boudreau)
  • 2,45 % de la population de la MRC d'Avignon portent le nom Gallant, soit plus de 350 personnes, concentrées dans l’ouest du territoire (secteur Matapédia-Les Plateaux)
  • Autres MRC où la présence des Gallant est notable : Minganie (1,07 % de la population), La Matapédia (0,66 % de la population) et Bonaventure (0,49 % de la population)

Source : Institut de la statistique du Québec (2006). Les noms de famille au Québec: aspects statistiques et distribution spatiale

Des Gallant gaspésiens fiers de leur origine

À Saint-Alexis-de-Matapédia, les sœurs Jocelyne et Sylvie Gallant s’affichent fièrement comme faisant partie de la 10e génération de Gallant. Pour tout dire, elles sont Sylvie et Jocelyne « à Ti-Philippe, à Gros-Philippe, à André, à André, à Isaac, à Fabien, à Louis, à Pierre à Michel Haché dit Gallant ».

Elles se sont rendues à l'Île-du-Prince-Édouard pour participer pour la troisième fois au Congrès mondial acadien, entre autres, pour prendre part à la réunion familiale des Haché-Gallant.

Sylvie Gallant et Jocelyne Gallant photographiées devant un drapeau acadien

Très attachées à leurs racines acadiennes et aux liens qui unissent Saint-Alexis-de-Matapédia à l'Île-du-Prince-Édouard, Sylvie et Jocelyne Gallant font partie des nombreux Gallant qui peuplent le secteur Matapédia-Les Plateaux en Gaspésie.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Ici à Saint-Alexis, explique Sylvie Gallant, c’est le nom de famille le plus important, parce que les Gallant étaient très représentés dans les colons venus de Rustico. C’était presque la moitié de la population. Encore aujourd’hui, dans les cinq villages de Matapédia-Les Plateaux, on retrouve une majorité de Gallant.

Un arrêt-stop avec le nom de "Rue Rustico N."

Le lien historique qui unit les habitants de Saint-Alexis à ceux de Rustico teinte même la toponymie : la rue Rustico est une des artères principales du village.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Plus le temps passe, plus je veux mieux connaître mes racines, poursuit Sylvie Gallant en précisant qu’elle a participé à de nombreux rassemblements des Haché-Gallant au cours des dernières décennies. Parfois, dit-elle, on reconnaît même des traits dans les visages de nos lointains cousins qui parlent maintenant juste anglais.

Sa sœur Jocelyne dévore les livres sur l’histoire acadienne et court les conférences historiques.

Je suis une Acadienne un peu enragée parce que lorsque j’étais jeune, à l’école, on ne nous a jamais raconté notre histoire.

Jocelyne Gallant, résidente de Saint-Alexis-de-Matapédia

La plupart des Acadiens, croit Jocelyne Gallant, sont des gens qui vont être capables de se débrouiller dans n’importe quelles circonstances.

Sa sœur abonde en ce sens en faisant référence à ses ancêtres qui ont toujours réussi à fuir face à l’ennemi : Les Gallant sont des gens résilients, qui ont du caractère. On se débrouille toujours, ça, je suis bien fier de ça.

Nous, à St-Alexis, j’ai toujours dit qu’on n’était pas des déportés, on est des exportés.

Sylvie Gallant, résidente de Saint-Alexis-de-Matapédia

Les sœurs sont d’avis que les rencontres familiales tenues dans le cadre des congrès mondiaux acadiens sont des réunions de choix pour vivre des retrouvailles émouvantes.

Le premier Congrès mondial acadien auquel j’ai assisté, explique Sylvie Gallant, c’était à Grande-Digue en 1994. À la rencontre des Gallant, on avait mis de grands cartons avec la généalogie et plusieurs personnes remontaient leur lignée avec leur doigt et tout à coup, paf! La personne à côté de moi avait le même ancêtre, quelques générations en-bas de Michel.

Et on était tous émus de découvrir nos cousins. Je trouvais ça archiémouvant.

Sylvie Gallant, résidente de Saint-Alexis-de-Matapédia

Sylvie Gallant fait également mention d’une visite à Rustico à l'Île-du-Prince-Édouard, « berceau de nos ancêtres », en 2009, un an avant les célébrations du 150e anniversaire de l'arrivée des Acadiens à Saint-Alexis-de-Matapédia.

Des fleurs sur le gazon, devant l'océan

Des descendants de Michel Haché dit Gallant ont déposé des fleurs à l'endroit où leur ancêtre avait construit sa maison à Port-la-Joye à l'Île-du-Prince-Édouard.

Photo : Michel Goudreau/Société historique Machault

Sur le site où se trouvait la maison de notre ancêtre Michel Haché dit Gallant, raconte-t-elle la voix cassée par l’émotion, on est parti à courir, un paquet de Gallant. On s’est garroché et on a ramassé des poignets de terre et on les a mises dans nos poches, en se disant "Il était là, juste là!".

« Les Gallant, ce sont des doux »

Suffit de changer de coin de rue pour faire la rencontre d’Aurélien Gallant, descendant « d’une autre branche de Gallant ».

Aurélien Gallant est photographié  à l'extérieur

Aurélien Gallant est très fier de son nom de famille et de l'histoire qu'il évoque.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Moi, explique M. Gallant, je suis issu de ceux qu’on appelait les « 10 frères de Rustico ». C’était les fils de François, lui-même fils de Michel Haché dit Gallant. Ce sont ces 10 Gallant qui ont donné naissance à plusieurs Gallant des Plateaux.

Mon ancêtre serait arrivé ici vers 1864, précise le résident de Saint-Alexis-de-Matapédia qui a, lui aussi, visité Rustico dans le cadre des fêtes entourant le 150e anniversaire de la municipalité.

Une pancarte avec le nom "Parc Georges-Antoine-Belcourt" avec un monument commémoratif à l'arrière.

Lors du 150e anniversaire de Saint-Alexis-de-Matapédia, en 2010, un parc fut aménagé à la mémoire du prêtre Georges-Antoine Belcourt et des premiers colons venus de Rustico en 1860.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Souvent, à la blague on dit : "Tu donnes un coup de pied dans une motte de terre et il sort un paquet de Gallant comme des fourmis".

Aurélien Gallant, résident de Saint-Alexis-de-Matapédia

C’est une grande famille, poursuit Aurélien Gallant, mais on est des Québécois. C’est différent, on ne vit pas la même réalité que les Acadiens des Maritimes. Mais, c’est quand même nos racines.

Lorsqu’on lui demande ce qui distingue cette grande famille, aujourd’hui présente de la Louisiane au Cap-Breton, Aurélien Gallant répond ceci : Tous les Gallant que je connais, ici, on a une ouverture, un accueil, une douceur, le cœur à l’ouvrage. Ce sont des vaillants. Ce sont des familles fières, honnêtes et franches.

Gallant, ce n’est pas un nom de famille qui appelle à la disgrâce. Les Gallant ce sont des doux, conclut-il simplement.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Histoire