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L’appétit pour l’anglais dans le nom des événements culinaires

Plusieurs événements gastronomiques utilisent des mots anglais.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Audrey Paris

La Poutine Week, le RibFest, la PoutineFest ou encore le Happening Festibière. Des noms d’événements parfois entièrement en anglais ou inspirés de l’anglais destinés à un public à grande majorité francophone. Regard sur la cohabitation entre les deux langues officielles du pays en sol québécois.

Du côté de Poutine Week et de Burger Week, développés par l’initiative People Mover, pour une première fois cette année, ce sera la Semaine du burger au Québec, du 1er au 7 septembre.

Le cofondateur Thierry Rassam indique que leurs événements ont une envergure internationale, où la langue parlée est la plupart du temps l’anglais. Cependant, nous prenons des mesures depuis la naissance de la Semaine du burger et la Semaine de la poutine pour maintenir les versions francophones des noms, au Québec.

Si toutes les informations transmises par les événements sur le web au public et sur les réseaux sont affichées en français et en anglais, le nom anglais du 2e événement, lui, demeure encore bien visible, soit la Poutine Week. Mais pas pour longtemps : les organisateurs mettront de l’avant la Semaine de la poutine au Québec en février prochain.

Maude Couillard tient une poutine dans ses mains.

La directrice générale de Grand FoodFest souhaite que le public mette l'accent sur son événement de financement, pas seulement sur le nom.

Photo : Radio-Canada

Maude Couillard, directrice du Grand FoodFest, qui organise les Grand PoutineFest, RibFest et MacFest, explique de son côté que le nom des événements est une façon d’attirer l’attention, d’écrire simplement et de rejoindre un large public pour que les gens se déplacent lors des campagnes de financement.

Puisque l’objectif des rassemblements de camions de rue à la PoutineFest est de récolter de l’argent pour des organismes, elle souhaite pouvoir communiquer avec les gens rapidement sur les réseaux sociaux.

Fest, c’est pour festival. C’est plus simple comme ça.

Maude Couillard, directrice du Grand FoodFest

L’organisation qui chapeaute les trois événements est Le Grand FoodFest. Ce n’est pas ce nom qui est mis de l’avant sur les sites, mais il est visible à quelques endroits.

On voulait attirer l’attention, explique Maude Couillard, on voulait quelque chose de court, on s’est dit que nourriture c’est plus long, alors on est allés pour FoodFest.

Elle admet qu’elle reçoit des commentaires concernant le nom en anglais, mais souligne qu’ils sont moins nombreux si elle les compare aux remerciements qu'ils reçoivent à la remise du montant d’argent, parfois allant jusqu’à 15 000 $, à l’organisme partenaire.

Venez voir par vous-mêmes, on fait quelque chose de bien, on est là pour une cause locale, on ne veut pas que vous vous arrêtiez au nom. Le reste, tout est en français, conclut-elle.

Un camion de rue Les recettes paumées, de couleurs noire et jaune.

À quelques endroits sur le site du PoutineFest, il est possible de lire le nom de l'organisme Le Grand FoodFest.

Photo : Radio-Canada

Chez Happening cuisine de rue, l’utilisation du mot happening a été bien réfléchie. Comme le souligne Marie-Michelle Coté, directrice générale, ils ont choisi ce mot parce qu’il est accepté dans la langue française pour définir une manifestation socioculturelle collective d'importance, plus ou moins improvisée, qui tient du spectacle ou de la fête [source : Office québécois de la langue française].

Son organisation trouvait important d’utiliser un mot qui se dit bien en français et qui représentait bien l’esprit des événements. Le réseau organise des happenings Festibière dans les municipalités.

C’est de la malbouffe

Le président d’Impératif français est catégorique : utiliser de l’anglais dans le nom d’un événement est inacceptable. Pour Jean-Paul Perreault, c’est de l’anglomanie, de la colonisation des cerveaux.

Ce dernier trouve que d’utiliser seulement de l’anglais pour le nom d’un événement, c’est méprisant pour les francophones. Il trouve aussi inquiétant le fait que des restaurants ou tout autre organisme s’associent à ce type d’événements qui utilisent l’anglais.

Ça empoisonne notre environnement culturel, il faudrait plutôt valoriser la volonté d’offrir un espace différent.

Jean-Paul Perreault, Impératif français

Cette opposition entre le désir d'utiliser une langue qui parle aux gens et le respect de la langue française n’a cessé d’évoluer depuis 1974, lorsque le français devient la langue officielle du Québec.

Plus récemment, en 2016, le gouvernement libéral de l’époque a déposé un nouveau règlement pour l’affichage en français des entreprises sur le territoire québécois.

Un des enjeux est bien sûr celui de respecter l’image de marque des entreprises, tout en étant conforme à la Charte de la langue française.

Cette année-là, les entreprises ont appris qu’elles devraient avoir des mots en français en plus d’une marque commerciale anglaise, mais qu’il n’y avait pas de restriction quant à la taille des mots en français en comparaison avec les mots en anglais.

Que dit l’Office de la langue française?

Utiliser des expressions comme week et fest ne constitue pas, en soi, une contravention à la Charte de la langue française. Chantal Bouchard, porte-parole de l’Office, ajoute que pour valoriser la langue française au Québec, l’Office recommande toujours que des termes en français soient mis de l’avant.

Deux articles de la Charte

68. Le nom de l’entreprise peut être assorti d’une version dans une autre langue que le français pourvu que, dans son utilisation, le nom de langue française figure de façon au moins aussi évidente.

Toutefois, dans l’affichage public et la publicité commerciale, l’utilisation d’un nom dans une autre langue que le français est permise dans la mesure où cette autre langue peut, en application de l’article 58 et des règlements édictés en vertu de cet article, être utilisée dans cet affichage ou cette publicité.

En outre, dans les textes ou documents rédigés uniquement dans une autre langue que le français, un nom peut apparaître uniquement dans l’autre langue.

58. L’affichage public et la publicité commerciale doivent se faire en français.

Ils peuvent également être faits à la fois en français et dans une autre langue pourvu que le français y figure de façon nettement prédominante.

Toutefois, le gouvernement peut déterminer, par règlement, les lieux, les cas, les conditions ou les circonstances où l’affichage public et la publicité commerciale doivent se faire uniquement en français ou peuvent se faire sans prédominance du français ou uniquement dans une autre langue.

Source : gouvernement du Québec

Il peut arriver que l’Office entre en communication avec un événement, une entreprise ou une organisation qui utilise l’anglais dans ses communications. L’idée est de discuter et de proposer des modifications.

Lorsqu’il y a infraction à la loi, l’Office se tourne vers les tribunaux. Depuis le début de 2019, la Cour du Québec a remis 20 amendes, toutes d’un montant de 1500 $, pour non-respect des droits linguistiques.

Un chapiteau sur lequel il est écrit : Ta fourchette pour la cause.

Le concept de PoutineFest : les visiteurs payent 1 $ pour pouvoir manger de la poutine dans les camions de rue. Une partie des profits ira à un organisme. À Québec, il s'agit du Pignon bleu.

Photo : Radio-Canada

Jean-Paul Perreault aimerait que les événements culinaires se servent de leur tribune pour favoriser notre culture et notre identité, de la raison sociale de l’organisation jusqu’à la langue parlée pour servir les gens.

Les organisations, elles, font face à l’appel des marchés canadiens et internationaux et aussi à la facilité de l’anglais pour rejoindre le public... en quelques lettres seulement.

Avec la collaboration d'Olivia Laperrière-Roy

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