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Récit d’une nuit d’horreur face à un ours déchaîné

Francine Gagnon dans l'avion qui l'a amenée à l'hôpital.

Francine Gagnon a survécu à une attaque d'ours lors d'une expédition de canot.

Photo : Radio-Canada

Geneviève Proulx

Une Sherbrookoise et son mari ont été sauvagement attaqués par un ours noir alors qu’ils prenaient part à une expédition de groupe sur un lac d’un secteur isolé du Labrador.

Francine et Roger Gagnon, des canoteurs d’expérience, étaient partis pour une expédition de 18 jours sur la rivière Petit-Mécatina. Tout allait pour le mieux jusqu'à ce lundi, 22 h, lorsque l'animal s'est pointé au campement des Gagnon.

Il nous a attaqués directement, ma conjointe et moi, dans la tente. Il a attaqué la tente à trois reprises, le temps qu'on se réveille. On est sortis de la tente en criant. On ne comprenait pas bien pourquoi l'ours nous attaquait. C'est un comportement totalement anormal. Il n'avait été ni surpris ni agressé. Il n'avait aucun motif pour attaquer, a raconté M. Gagnon quelques jours après les événements.

En 40 ans de voyage de canot un peu partout dans le nord, cet ours n'était pas le premier à croiser la route des Gagnon. On en a vu des dizaines. On sait quoi faire. On comprenait que ce n'était pas une situation normale. Il donnait des coups sur la tente. Il commençait à la détruire, la toile se déchirait. Il n'y avait aucune nourriture. On est des gens d'expérience, a-t-il ajouté.

L'un des trous faits par l'ours dans la tente des Gagnon.

L'un des trous faits par l'ours dans la tente des Gagnon.

Photo : Francine et Roger Gagnon

Les cris n’ont malheureusement rien donné. On a reculé, comme il faut faire, en faisant face à l'ours. Il faisait noir. L'ours était noir. On ne voyait que ses yeux. Francine et moi, on est tombés. L’ours s’est dirigé vers nous et a mordu Francine, se rappelle-t-il, encore sous le choc.

Roger Gagnon a été plus chanceux et a été en mesure de faire fuir l'imposant animal en le frappant à la tête avec une bûche de bois. Des amis qui campaient plus loin ont été appelés en renfort. Un feu a été fait pour éloigner la bête pour de bon. Pour nous, l'histoire était terminée.

Mais ce n'était pas le cas. Il a rodé autour de nous toute la nuit, jusqu'à cinq heures du matin. On faisait des tours de garde. Le chien de nos amis jappait. On criait et on l'éclairait avec des lumières. On lui envoyait des cartouches anti-ours et ça ne faisait aucun effet. Cet ours avait un comportement totalement anormal, analyse Roger Gagnon.

J’ai beaucoup d’expérience. Ma conjointe et moi avons fait 20 000 km de canot à travers le Canada. Cela ne m’était jamais arrivé avant, je ne l’oublierai jamais. J’ai dû frapper un ours pour rester en vie.

Roger Gagnon
Roger Gagnon et Yves Favreau devant une voiture surmontée d'un canot.

Roger Gagnon et un ami du couple qui faisait également partie de l'expédition Yves Favreau sont bien heureux d'avoir survécu à cette attaque.

Photo : CBC/Rebecca Martel

L’un des campeurs lui a ensuite lancé une bûche enflammée et l’animal a reculé de quelques pieds. Les aventuriers ont donc emballé leurs biens et se sont lentement dirigés vers la plage.

Le plus effrayant était que nos canots étaient au même endroit où nous avions vu l’ours pour la dernière fois. Nous n’avions d’autres options que de croire qu’il n’y était plus et d’y retourner. C’est ce que nous avons fait. Le cauchemar des Gagnon était terminé.

Vers 7 h, les canoteurs ont réussi à partir à bord d'une embarcation et ont appelé les secours. On part toujours avec un téléphone satellite. On a fait plusieurs démarches pour trouver un avion pour venir nous chercher. On a été transportés à l'hôpital de Goose Bay, explique Roger Gagnon.

De son côté, Francine Gagnon se remet de ses blessures et de ses émotions fortes, selon son conjoint.Les blessures sont assez propres. La chair n'a pas été trop déchirée. Ça devrait bien guérir. Elle va bien. Des fois, elle a des flash-back. On nous a parlé de stress post-traumatique.

Malgré cette folle aventure, les Gagnon ont bien l'intention de pagayer à nouveau sur les rivières du Canada. Quand on a une passion pour quelque chose, on ne l'abandonne pas. Ça ne nous arrivera plus. C'était un événement exceptionnel, analyse Roger Gagnon.

Avec les informations de Rebecca Martel

Estrie

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