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Un immense télescope hawaïen se heurte toujours à l'opposition d'Autochtones

Un contenu vidéo est disponible pour cet article
Des manifestants autochtones bloquent une route à Hawaï.

Des Autochtones à Hawaï bloquent l'unique chemin menant au chantier de construction de l'immense télescope.

Photo : Associated Press / Bruce Asato

Mathieu Prost
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le conflit entre les promoteurs d'un immense télescope à Hawaï et des Autochtones se poursuit alors que ces derniers sont soutenus par des candidats démocrates et des célébrités américaines. Le Canada, partenaire financier, assure qu'il sera bel et bien construit.

Le sommet du Mauna Kea est situé sur la plus grande île de l'archipel d'Hawaï. Avec 4207 mètres au-dessus du niveau de la mer, si l'on mesure la distance depuis la base sous-marine du volcan, c'est le massif le plus élevé du monde, bien plus haut que l'Everest. La demeure de la déesse de la neige, selon les croyances ancestrales hawaïennes.

C'est aussi un lieu extraordinaire pour l'observation spatiale.

La grande plaie de l'astronomie, c'est l'atmosphère terrestre, explique l'astrophysicien Robert Lamontagne. Cette atmosphère qui nous permet de respirer et de ne pas succomber aux rayons ultraviolets, elle complique le travail des astronomes. C'est donc ce lieu proche des étoiles qui devait accueillir un immense télescope. Le TMT, un télescope de 30 mètres, un projet chiffré à environ 1,4 milliard de dollars, dont près de 250 millions de la part du Canada.

Après des années de retard, le gouverneur d’Hawaï, David Ige, a annoncé le 10 juillet que les travaux allaient pouvoir commencer. Mais c'était sans compter sur la mobilisation d'Autochtones, les Kanaka Maoli. À la pointe du mouvement, les kupunas, des aînés qui entendent défendre ce territoire qu'ils considèrent comme sacré. Depuis l'annonce du gouverneur, ils bloquent l'unique route d'accès au sommet du Mauna Kea.

Des célébrités s'en mêlent

Nous ne bougerons pas, c'est notre terre, explique un Autochtone hawaïen. Nos ancêtres sont liés à ce territoire.

La police a regardé le groupe d'un œil bienveillant pendant quelques jours et puis, le 17 juillet, 34 manifestants ont été arrêtés. Certains en fauteuil roulant, d'autres peinant à se déplacer.

Un policier procède à l'arrestation d'une femme âgée en fauteuil roulant, alors qu'elle manifeste contre un projet de télescope à Hawaï.

Un policier procède à l'arrestation d'une femme âgée en fauteuil roulant, alors qu'elle manifeste contre le plus récent projet de télescope à Hawaï.

Photo : La Presse canadienne / Cindy Ellen Russell

Un tournant pour la visibilité du mouvement. Une semaine plus tard, l'acteur d'origine samoane Dwayne « The Rock » Johnson rendait une visite surprise à ceux qui se qualifient de protecteurs, plutôt que de protestataires.

Je suis ce dossier depuis des années, cela va bien au-delà du télescope. C'est une question d'humanité, de culture, a écrit sur Instagram l’acteur hollywoodien. Cela nous renvoie à ces peuples qui sont prêts à mourir pour protéger leurs terres. Il ne s'agit pas d'arrêter le progrès. Il s'agit de respecter une culture.

D'autres célébrités appuient le mouvement, comme Leonardo DiCaprio ou les chanteurs Bruno Mars et Jack Johnson. Les candidats démocrates Bernie Sanders et Elizabeth Warren ont aussi affiché leur soutien sur Twitter.

Un plan B possible

Le Conseil national de recherche Canada (CNRC), qui gère la part canadienne de l'investissement dans le TMT, assure que la priorité était de trouver un emplacement qui a le moins d’impact possible par respect pour la riche histoire ancestrale du Mauna Kea et les croyances spirituelles de la culture aborigène.

Et le CNRC s'engage à ce que le télescope soit construit, mais sur un emplacement loin du sommet, à un mille du Pu’u Wekiu et à plusieurs centaines de pieds en dessous, dans le secteur d’observations astronomiques.

Robert Lamontagne, qui coordonne le Centre de recherche en astrophysique du Québec, souligne qu'il y a déjà 13 télescopes en exploitation au sommet du Mauna Kea. Il rappelle aussi que le TMT a obtenu toutes les permissions, tous les permis de construction, ça a été un processus qui a duré près de 10 ans, qui est allé en cour.

Face au blocage actuel, l'astronome entrevoit une marge de négociation. Démanteler certains des plus petits télescopes en échange du TMT.

Les responsables du projet, eux, répètent que Mauna Kea est un endroit spécial. Cela reste notre site privilégié, car il existe un plan B : le site de La Palma, aux Canaries, des îles espagnoles sur lesquelles il n’y a aucune revendication territoriale.

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