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L’université inaccessible pour les sans-papiers du Québec

Une fille de dos prend appui sur un arbre dans un parc.

Maria a un rêve que la plupart des jeunes de son âge pourraient qualifier de banal. Elle veut entrer à l'université.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Nancy Caouette

Depuis un an, les jeunes mineurs sans statut légal qui résident au Québec n'ont plus à payer de frais de scolarité pour étudier au primaire et au secondaire. Mais qu’arrive-t-il lorsque de jeunes clandestins, devenus adultes, rêvent d’études au cycle supérieur? Rencontre avec une clandestine déterminée à franchir le mur administratif qui l’empêche de poursuivre son rêve universitaire.

Assise aux côtés de sa mère dans un parc à Montréal, à l’abri des regards indiscrets, Maria*, 20 ans, dévoile laconiquement des facettes de sa vie qu’elle préfère généralement taire. Je suis arrivée ici en 2008... Nous avons fui le Mexique. Mais mon pays, c’est le Canada, c’est le Québec, assure-t-elle, en regardant droit devant elle.

Maria caresse un rêve que la plupart des jeunes de son âge pourraient qualifier de banal. Je veux rentrer à l’université en commerce, lance-t-elle, une pointe d’assurance dans la voix.

Je veux travailler, comme une personne normale. C’est ça, mon rêve.

Maria

Après que le Canada a refusé en 2011 la demande d’asile déposée par sa mère, Maria est entrée dans la clandestinité. J’ai dû me priver de certaines choses pour éviter que les gens sachent. Par exemple, des voyages scolaires à New York ou même des sorties en plein air. Il fallait une carte d’assurance-maladie et je n’en avais pas, dit-elle.

Le parcours scolaire que Maria décrit est parsemé de plusieurs embûches. Menaces d’expulsion et de dénonciation aux autorités migratoires canadiennes de la part d’un directeur d’école, arrestation et expulsion de son frère Daniel, échec dans certains cours… Mais elle raconte s’être accrochée malgré tout.

J’ai continué mes études jusqu’en cinquième secondaire. Comme j’avais coulé certains cours, j’ai eu 18 ans et j’ai dû quitter l’école. Je devais aller à la formation aux adultes et payer mes frais de scolarité. Je n’en avais pas les moyens, ajoute-t-elle, en spécifiant avoir commencé à travailler comme sa mère en se faisant payer « comptant ».

Des frais de scolarité astronomiques

Depuis juillet 2018, tout mineur qui réside au Québec peut désormais avoir accès à une éducation gratuite sans égard à son statut légal en vertu de nouvelles règles apportées à la loi sur l’instruction publique.

Toutefois, la nouvelle loi précise aussi que l’élève âgé de 18 ans et plus qui, comme Maria, souhaite poursuivre une formation générale aux adultes ou une formation professionnelle devra payer ses frais de scolarité. Maria a finalement terminé ses études secondaires en juin dernier, grâce à une école de formation aux adultes prête à contourner la loi pour lui permettre d’étudier gratuitement.

Après avoir effectué quelques recherches sur le processus d’inscription au cégep, Maria s’est rendue à l’évidence. Ici, au Québec, j’ai zéro possibilité d’être admise au cégep ou à l’université, dit-elle, en précisant qu’elle n’a pas les documents requis par les collèges pour prouver son statut de résidente légale au Québec.

L’une des membres du Collectif éducation sans frontières, Steve Baird, qui est venu en aide à Maria durant ses recherches, souligne qu’elle serait considérée comme une étudiante internationale par les cégeps, même si elle vit au Québec depuis qu’elle a 9 ans.

Un homme adossé à un banc de parc regarde vers la caméra.

Steve Baird, membre du Collectif éducation sans frontières, est venu en aide à Maria durant ses recherches.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Elle aurait à présenter un document qui prouve que le Québec l’a admise à titre d’étudiante internationale. Et elle devrait aussi payer des frais de scolarité astronomique d’un étudiant international qui peuvent s’élever à 13 000 $, voire 19 000 $ par année, déplore-t-il.

Maria voit toutefois poindre une lueur d’espoir du côté de Toronto. L’Université York a lancé il y a deux ans un projet pilote qui a permis jusqu’à maintenant à quelque 70 jeunes sans-papiers du Canada de poursuivre leur parcours universitaire en payant les mêmes frais de scolarité qu’un Canadien plutôt qu’un étranger.

Pour entreprendre des études en commerce à l’Université York, Maria devra payer environ 7000 $ par année. C’est sûr que c’est cher, j’aurais préféré rester ici… mais s’il y a une porte qui s’ouvre, j’y vais!

*Le nom a été changé afin de protéger l’identité de la personne qui n’a pas de statut légal au Canada.

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