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À Hong Kong, le vent de révolte gagne les fonctionnaires

Des manifestants portant des masques se protègent avec des parapluies brandis devant eux.

Les revendications des opposants au pouvoir en place se sont élargies à la dénonciation du recul des libertés dans l'ex-colonie britannique ou à l'exigence de réformes démocratiques.

Photo : Reuters / Tyrone Siu

Agence France-Presse

Louée pour son efficacité, la fonction publique hongkongaise est également célèbre pour son conservatisme et sa loyauté à toute épreuve. Mais au moment où un vent de révolte souffle sur leur ville, des fonctionnaires ont pris l'inhabituelle initiative de se mobiliser.

L'ex-colonie britannique traverse la pire crise de son histoire récente, avec de gigantesques manifestations globalement pacifiques depuis le 9 juin contre le gouvernement local, mais aussi des heurts sporadiques entre policiers et contestataires radicaux.

C'est dans ce contexte que fleurissent sur les réseaux sociaux les lettres ouvertes de travailleurs du public condamnant l'inflexibilité de Carrie Lam, la chef de l'exécutif local aligné sur Pékin.

Un groupe de fonctionnaires projette même une manifestation vendredi, ce qui serait du jamais-vu.

Les lettres ouvertes – qui sont accompagnées de photos de cartes d'identité des signataires, dont les noms ont au préalable été floutés – fustigent le manque de leadership et l'intransigeance de Mme Lam.

Plusieurs fonctionnaires interrogés par l'AFP se disent obligés de sortir de leur réserve, tant une issue à la crise semble incertaine.

Le tournant

Pour beaucoup, la goutte d'eau a été la violente agression de manifestants le 21 juillet par des hommes soupçonnés d'appartenir aux triades. Au total, 45 personnes ont été blessées.

Cette lettre doit permettre de dire aux citoyens que nos véritables chefs, ce sont eux, explique à l'AFP un fonctionnaire de 30 ans qui se fait appeler Leung.

Nous devons utiliser notre position particulière pour nous assurer que le gouvernement répond honnêtement aux problèmes.

Leung, un fonctionnaire

Une fonctionnaire du département de l'alimentation et de l'hygiène environnementale compte manifester vendredi, car Mme Lam n'a pas, selon elle, montré « une once de conscience ».

Si je ne parle pas, je me rends complice de leurs méfaits, explique cette femme d'une vingtaine d'années. Le gouvernement a perdu sa crédibilité et utilise la violence du système et la police pour museler les gens et les priver de leurs droits fondamentaux.

Extraditions vers la Chine

Carrie Lam, la tête baissée et les yeux fermés.

La chef de l'exécutif de Hong Kong, Carrie Lam, a été contrainte d'abandonner le très contesté projet sur les extraditions vers la Chine en raison de l'opposition du peuple.

Photo : La Presse canadienne / AP/Vincent Yu

Les manifestations visaient initialement un projet de loi qui proposait d'autoriser les extraditions vers la Chine. Mais les revendications se sont élargies à la dénonciation du recul des libertés dans l'ex-colonie britannique ou à l'exigence de réformes démocratiques.

La suspension du projet de loi sur les extraditions a été la seule concession de Mme Lam, qui fait d'ailleurs profil bas alors que se multiplient les heurts.

De nombreuses voix au sein du monde des affaires, de la justice ou des communautés religieuses se sont élevées pour soutenir la contestation. Et de plus en plus de secteurs professionnels se sont mobilisés, comme les architectes et le personnel navigant.

Une des lettres ouvertes de fonctionnaires dénonce notamment la lenteur de la réponse policière lors des agressions attribuées aux triades, en affirmant que celles-ci étaient tacitement soutenues par les forces de l'ordre.

En tant que membres de services d'urgence, nous avons honte, peut-on lire dans une lettre signée par des pompiers et des ambulanciers et adressée à la police. Vous vous êtes couverts de honte.

Le moral bas

M. Chan, un employé du département de l'innovation et de la technologie, affirme que le moral des fonctionnaires est très bas.

Il est difficile de ne pas penser à une connexion entre la police et les triades, a-t-il dit, en déplorant l'impact sur l'image de la fonction publique.

Les responsables policiers ont démenti cette collusion en affirmant que leurs effectifs étaient alors largement mobilisés par des violences commises ailleurs par des manifestants.

L'employée du département de l'alimentation reconnaît que ses collègues discutent très peu de la crise au bureau.

Les fonctionnaires ont une obligation de neutralité politique dans l'exercice de leurs fonctions, rappelle-t-elle.

Mais quand nous enlevons nos uniformes après le travail [...] nous sommes comme tout le monde, en colère contre ce gouvernement éhonté.

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