•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un été sans Boeing 737 MAX : les transporteurs canadiens évitent le pire

Des appareils sur le tarmac de l'aéroport.

Les Boeing 737 MAX ont été cloués au sol après deux écrasements.

Photo : Reuters / Lindsey Wasson

Daniel Blanchette Pelletier

L’immobilisation des Boeing 737 MAX, cloués au sol depuis plus de quatre mois, cause encore des turbulences chez les principaux transporteurs aériens canadiens, qui ont malgré tout dévoilé des résultats financiers positifs au deuxième trimestre.

Air Canada, WestJet et Sunwing sont forcés de réaménager leurs liaisons, depuis que Transports Canada a interdit de vol les appareils du constructeur américain en réaction à deux écrasements qui ont tué 346 passagers.

Le « chaos » prédit par l’expert Marvin Ryder dans les semaines suivant l’annonce ne s’est pas concrétisé. N’empêche, les transporteurs continuent de faire face à de « très importantes perturbations », soutient le professeur adjoint de marketing et entrepreneuriat à l’Université McMaster.

Les transporteurs veulent laisser croire que la situation est sous contrôle, mais je ne sais pas si je crois entièrement leur histoire, poursuit-il.

Au Canada, avant le 13 mars, une quarantaine de Boeing 737 MAX étaient en activité.

Les trois transporteurs n’ont pas eu d’autre choix que d’annuler certaines liaisons, d’en réduire la fréquence ou encore de trouver des appareils de remplacement.

Si vous êtes un voyageur, espérez que rien n’aille mal. Les transporteurs ne gardent pas des appareils de rechange au sol en cas de problèmes. Ils sont tous utilisés.

Marvin Ryder, Université McMaster

Conséquences pour les voyageurs

Des voyageurs en file devant les bornes de Sunwing à l'aéroport de Montréal.

Les voyageurs ressentent les effets de l'immobilisation des appareils 737 MAX.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Quatre mois plus tard, Isabelle St-Amand, présidente d’Espace Voyages, se serait attendue à une stabilisation de la situation.

Or, les voyageurs en subissent encore les conséquences, selon elle, surtout chez Sunwing.

Sunwing semble avoir énormément de difficulté à refaire ses routes, ce qui cause énormément de retard au niveau des horaires déjà prévus pour cet été, explique-t-elle.

Des vols ont été fusionnés et des escales non prévues à l’horaire ont été ajoutées.

Ça devient un problème pour les voyageurs, parce qu’on devance et retarde des vols. Ce n’est pas évident pour nous de jongler avec ça, déplore Isabelle St-Amand. Les vols de certains de ses clients ont été avancés ou retardés de 12 heures.

Ils essaient de tout faire pour accommoder les passagers du mieux qu’ils peuvent, mais ça demande un peu plus de patience en cette période estivale.

Isabelle St-Amand, Espace Voyages

Sunwing dit avoir fait de son mieux pour maintenir les itinéraires de vol d'origine en les sous-traitant à des compagnies aériennes partenaires. Son horaire de vols mis à jour prend en compte la non-disponibilité des avions MAX jusqu’à la fin d'octobre.

Toutes les destinations offertes à son horaire régulier ont été maintenues.

Un Boeing monopolisé par Air Canada.

Air Canada a dévoilé des résultats financiers positifs, malgré tous les problèmes rencontrés avec les appareils de Boeing.

Photo : Reuters / Chris Helgren

Selon les observations d’Isabelle St-Amand, la situation semble toutefois plus stable chez Air Canada, qui a notamment appelé en renfort ses partenaires internationaux.

Plusieurs de ses vols sont aussi exploités par Air Canada Rouge, et des liaisons saisonnières prendront fin plus tôt que d’habitude. Le calendrier du reste de l’année a été réaménagé sans les avions problématiques de Boeing.

Compte tenu de l’incertitude qui entoure l’échéancier des approbations réglementaires nécessaires pour le retour en service du 737 MAX, Air Canada a retiré ce type d’appareil de ses horaires jusqu’au 8 janvier 2020, écrit l’entreprise.

WestJet a aussi réaménagé ses horaires jusqu’au début de novembre, afin de réduire les annulations de vols à la dernière minute. Au total, 3661 vols ont été annulés au cours des derniers mois.

Pour Aurélie Cartier, directrice générale du groupe Voyageurs du monde, tout est presque passé inaperçu. Les compagnies ont été redoutablement efficaces à faire des contre-propositions, assure-t-elle.

Quelques exemples de perturbations :

Air Canada (24 appareils 737 MAX sur 400 avions)

  • Vancouver-Las Vegas : vols suspendus jusqu’au 2 septembre
  • Montréal-Miami : vols suspendus en septembre
  • Halifax et Saint-John-Londres Heathrow : vols suspendus jusqu’au 26 octobre
  • Montréal-Port-au-Prince : vols suspendus jusqu’au 3 décembre
  • Montréal-Barcelone : liaison assurée par Qatar Airways jusqu’au 30 septembre
  • Vancouver-Honolulu et Kahului : de vols quotidiens à 3 ou 4 par semaine


WestJet (13 appareils 737 MAX sur 181 avions)

  • Halifax-Paris : vols suspendus tout l’été
  • Vancouver-Regina : vols suspendus tout l’été
  • Totonto-Kelowna : vols suspendus en septembre et en octobre
  • Edmonton-Montréal et Ottawa : service de nuit seulement
  • Toronto-Saint-John : de deux à trois vols quotidiens

Des résultats financiers positifs

Des Boeing 737 MAX de WestJet cloués au sol.

L'immobilisation des Boeing 737 MAX n'a pas semblé nuire aux résultats financiers de WestJet.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Air Canada et WestJet ont tous deux dévoilé cette semaine les résultats financiers du deuxième trimestre, alors qu’était en vigueur l’interdiction des Boeing 737 MAX.

Le professeur Marvin Ryder a été étonné par la solidité des chiffres présentés par les deux compagnies. Le deuxième trimestre a été bon pour les transporteurs, malgré toutes les difficultés rencontrées avec les appareils de Boeing, observe-t-il.

D’un recul anticipé de 2 %, Air Canada a plutôt annoncé une croissance de 5 %. Les revenus du plus grand transporteur du pays ont même bondi de 10 % (4,76 milliards).

WestJet a quant à lui dépassé les attentes en renouant avec les profits, même après avoir souligné « l’impact négatif important » du retrait des avions, notamment en ce qui a trait aux dépenses en carburant.

Les deux compagnies ont arrangé leur histoire pour minimiser les impacts qu’a eus l’immobilisation des Boeing [auprès de leurs actionnaires], croit Marvin Ryder. Ils n’ont pas chiffré, par exemple, les liaisons annulées ou réarrangées.

Elles ne veulent pas en révéler trop pour réclamer un dédommagement maximal à Boeing, poursuit-il.

Selon lui, Air Canada et WestJet dressent un portrait rassurant aux investisseurs, qui ne veulent pas entendre parler de « chaos » pendant qu’ils insistent auprès de Boeing sur les dommages que leur causent ses avions.

Le portrait réel se trouve sans doute à mi-chemin entre les deux, soutient-il.

Le président d’Air Canada, Calin Rovinescu, a toutefois prévenu les investisseurs que le prochain trimestre serait moins bon « qu’il aurait pu l’être ».

Le troisième trimestre est le plus important pour les transporteurs aériens, puisque les voyageurs sont plus nombreux de juin à la fin de septembre, rappelle Marvin Ryder. Il s’attend malgré tout à de bons résultats, encore une fois.

Vente « au rabais »

Le PDG de WestJet, Ed Sims.

Onex a acheté WestJet « au rabais » avec l'affaire Boeing en toile de fond.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

L’immobilisation des appareils de Boeing a toutefois eu une conséquence mesurable pour le transporteur albertain WestJet, dont Onex est à achever le processus d'acquisition. La transaction se fera à 31 $ l’action, plutôt que les 35,75 $ envisagés au départ.

Ce n’est pas habituel dans une transaction de réduire son offre en cours de route, estime Marvin Ryder, qui l’attribue directement aux déboires avec Boeing.

La transaction entre Air Canada et Air Transat ne devrait pas, selon lui, subir les mêmes contrecoups. Air Transat ne possède pas de Boeing 737 MAX.

Du plomb dans l’aile

Le directeur général de Boeing, Dennis Muilenburg.

Boeing estime que les déboires de son avion vedette 737 MAX amputeront son chiffre d'affaires et son bénéfice avant impôts de 5,6 milliards de dollars au deuxième trimestre.

Photo : Associated Press / Jim Young

Le plus grand perdant demeure Boeing, dont le 737 MAX était la prochaine génération d’avions attendus par les transporteurs en raison de sa consommation réduite en carburant.

Le constructeur américain a prévu une somme de 4,9 milliards de dollars pour couvrir les frais liés aux deux écrasements et à l’immobilisation subséquente de ses appareils. Reste à savoir maintenant combien obtiendront chacun des transporteurs aériens.

Après le dévoilement des résultats financiers d'Air Canada et de WestJet, Marvin Ryder met en évidence l’ironie de la situation.

Ils vont se retourner auprès de Boeing et réclamer des dommages, alors que les deux compagnies ont rapporté des revenus et des profits en hausse, avance le professeur.

L’expert en marketing et en entrepreneuriat s’attend à ce que chacun des transporteurs touche au moins 15 millions de dollars par appareil cloué au sol. Ce montant pourrait être plus élevé si l’immobilisation se prolongeait encore longtemps.

Marvin Ryder évoque un scénario où les avions de Boeing ne seraient jamais autorisés à regagner le ciel, ce qui serait un désastre autant pour l’avionneur américain que pour les transporteurs du monde entier, selon lui.

Seulement 387 appareils sur les 5008 commandés à Boeing ont été livrés jusqu’à présent.

Le professeur en marketing doute cependant que cette hypothèse se concrétise et estime qu’il s’agit d’une question de temps avant que la situation ne rentre dans l’ordre.

Voyage

Économie