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Le champ d’études sur le cannabis est populaire, les licences sont rares

Des fioles avec un tout petit peu de cannabis.

Les scientifiques canadiens doivent composer avec de longs délais d'attente pour obtenir leur licence de la part de Santé Canada afin d'étudier les effets du cannabis.

Photo : Radio-Canada / Michel Corriveau

Jean-Philippe Guilbault

Présentée comme un eldorado pour la recherche scientifique, la légalisation du cannabis a plutôt mené jusqu’à maintenant à de plus en plus d’attente dans la livraison de licences par Santé Canada.

En date de juillet 2019, Santé Canada affirme avoir octroyé un total de 72 licences à des chercheurs ou à des équipes de recherche voulant utiliser du cannabis. Plus de 250 demandes sont quant à elles toujours à l’étude par l’agence fédérale, ce qui vient ralentir les travaux des scientifiques.

Croyez-le ou non, c’est en fait plus difficile d’obtenir du cannabis après la légalisation qu’avant la légalisation, laisse tomber Kim Hellemans, directrice du Département de neuroscience à l’Université Carleton à Ottawa.

Selon Kim Hellemans, les chercheurs universitaires doivent maintenant se soumettre à un processus similaire à celui par lequel doivent passer les futurs producteurs commerciaux de cannabis.

Je crois que parce que le gouvernement était très concentré sur la légalisation et qu’il devait prendre des décisions très rapidement pour qu’elle se réalise à l’intérieur d’un certain délai, cela a mené à des processus qui ne sont peut-être pas aussi fluides qu’ils devraient l’être, juge-t-elle.

Le système a été créé avec les meilleures intentions pour aider les chercheurs qui s’intéressent au cannabis, mais de ce que je peux observer, il n’a pas été conçu pour répondre au volume de nouveaux chercheurs qui ont inondé ce système, ajoute pour sa part Robert LaPrairie, professeur associé et titulaire de la Chaire GlaxoSmithKline sur la découverte et le développement de médicaments à l’Université de la Saskatchewan.

Le processus précédant la légalisation était plutôt simple et similaire à celui des opioïdes, explique Robert LaPrairie.

Victime de sa popularité

Kim Hellemans croit également que la légalisation du cannabis a rendu la plante très intéressante auprès des chercheurs et que les nombreuses subventions avancées par Ottawa motivent de plus en plus les scientifiques à se lancer dans ce domaine, quitte à engorger le système de demande de licence.

En mai dernier, Ottawa a d’ailleurs annoncé une somme de 24,5 millions de dollars pour 26 projets de recherche à travers le pays.

Les Instituts de recherche en santé du Canada ont également lancé en mars dernier un programme de subventions totalisant 19,5 millions de dollars pour la recherche sur les effets du cannabis dans divers domaines allant de la santé des vétérans à la grossesse, en passant par la santé mentale.

Gros plan sur un plant de cannabis sous un rayon de soleil à l'intérieur d'une serre.

Le cannabis est un objet de recherche de plus en plus populaire depuis sa légalisation en 2018.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Guilbault

Les regroupements de recherche, dont les chaires, se sont multipliés au pays depuis l’annonce de la légalisation. C’est notamment le cas de la Chaire CannaSher sur le cannabis médical de l’Université de Sherbrooke, lancée en mai 2018.

Or, à ce jour, son titulaire, Kamal Bouarab, n’a pas pu entamer ses travaux sur la plante, puisqu’il est toujours en attente de sa licence de la part de Santé Canada. M. Bouarab avance l'hypothèse qu’il y a probablement beaucoup de demandes, ce qui, peut-être, retarde les dates d'évaluation des demandes.

Santé Canada ne se considère pourtant pas débordée par les nombreuses demandes des chercheurs.

Bien que l’objectif de Santé Canada soit de traiter les licences de recherche dans un délai de deux à quatre mois, les temps de traitement des demandes de licence varient en fonction de divers facteurs, dont l’exhaustivité de la demande et la rigueur des renseignements fournis, la rapidité des réponses des demandeurs aux requêtes de renseignements supplémentaires et la complexité de la demande, explique Eric Morrissette, chef des relations avec les médias pour Santé Canada.

M. Morrissette ajoute qu'une équipe spéciale responsable du traitement des demandes de licence de recherche a été mise sur pied et a obtenu de nouvelles ressources au cours des derniers mois.

L’agence fédérale refuse toutefois de dévoiler à quels chercheurs ou groupes de recherche des licences ont été octroyées depuis la légalisation.

Certaines informations dans les applications de licences de recherche sont considérées confidentielles, fait valoir Eric Morrissette.

Éviter des dédoublements

[Depuis la légalisation], les chercheurs s’intéressent de plus en plus à ce domaine d’étude, observe Kim Hellemans. Alors on peut voir cet important volume de personnes qui ne faisaient peut-être pas de recherche sur le cannabis avant et qui sautent maintenant dans le train parce que les occasions de financement sont plus grandes.

Kim Hellemans et Robert LaPrairie sont d’ailleurs responsables de deux des cellules du Canadian Consortium for the Investigation of Cannabinoids (CCIC), un regroupement de chercheurs pancanadiens s’intéressant au cannabis.

Le CCIC devient alors vital pour compiler les noms des personnes qui font de la recherche sur le cannabis et l’objet de leur étude, pour éviter des dédoublements, juge Mme Hellemans qui est responsable des chercheurs basés au Québec et à Ottawa.

M. LaPrairie s’occupe pour sa part de la cellule de la Saskatchewan, qui regroupe 45 chercheurs. Le CCIC est par ailleurs toujours à dresser la liste des chercheurs canadiens qui s’intéressent au cannabis.

Tous les deux s’accordent pour dire que le Canada a maintenant le potentiel de devenir un chef de file dans la recherche sur le cannabis.

Le Canada en soi est un cas d’étude sur comment on peut utiliser le cannabis et les cannabinoïdes, maintenant qu’ils sont légaux, explique M. LaPrairie. J’espère que les gens se tourneront de plus en plus vers les scientifiques pour mieux comprendre ces substances.

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