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La Fed peine à justifier sa baisse des taux d'intérêt

Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine, tient une conférence de presse à Washington.

Le président de la Fed, Jerome Powell, s'est défendu mercredi de céder aux pressions de Donald Trump, qui a réclamé à plusieurs reprises une baisse des taux.

Photo : Reuters / Sarah Silbiger

Agence France-Presse

La Banque centrale américaine, sous la pression constante de Donald Trump pour stimuler l'économie, a réduit ses taux d'intérêt pour la première fois en 11 ans mercredi, mais a eu du mal à justifier ce retour à une politique accommodante alors que l'économie américaine se porte bien.

Le patron de l'institution, Jerome Powell, a expliqué que la banque prenait une « assurance » sur l'avenir face aux « incertitudes » pesant sur l'économie mondiale, mais aussi la faiblesse « persistante de l'inflation ».

La Fed a réduit les taux directeurs d'un quart de point de pourcentage pour les fixer dans la fourchette de 2 % à 2,25 %.

Donald Trump, qui mardi encore avait réclamé une baisse des taux « forte », a très vite réagi dans un tweet à la décision de la Fed, qu'il ne trouve pas satisfaisante.

« Powell nous a encore déçus comme d'habitude », a affirmé M. Trump mercredi.

« Ce que les marchés voulaient entendre de Jay Powell [...] était que c'était le début d'un long cycle agressif de baisses des taux pour pouvoir rivaliser avec la Chine et l'Europe [...] », a-t-il ajouté.

Pour sa part, M. Powell s'est défendu lors d'une conférence de presse d'avoir cédé à la pression de la Maison-Blanche.

Nous ne prenons jamais en compte les considérations politiques. Nous ne menons pas une politique monétaire en vue de prouver notre indépendance.

Jerome Powell, président de la Fed

Le comité monétaire a laissé la porte ouverte à un nouveau geste, en indiquant qu'il agirait de « manière appropriée pour soutenir la croissance ». Sur ce point, M. Powell a semé quelque peu la confusion en affirmant d'abord que la Fed n'abordait pas « un long cycle » de baisses et en soulignant ensuite que d'autres réductions n'étaient pas exclues.

La Fed défend son indépendance

La Fed avait resserré le loyer de l'argent quatre fois d'un quart de point de pourcentage l'année dernière, mais elle considère maintenant que la faiblesse de la croissance mondiale et l'inflation résolument basse exigent une politique monétaire plus accommodante.

Si la politique monétaire a changé, la perception qu'a le comité monétaire de la conjoncture américaine et mondiale a peu évolué par rapport à la dernière réunion il y a six semaines, si l'on compare les deux communiqués publiés à l'issue de ces réunions.

M. Powell a même décrit une économie « proche de ce que l'on souhaite ». « Les perspectives sont aussi bonnes », a-t-il assuré, suscitant alors plusieurs questions de journalistes sur les raisons qui ont poussé la Fed à baisser les taux, une mesure destinée en général à juguler un ralentissement économique.

Les gains d'emplois restent « solides », la progression des investissements des entreprises est « molle » et l'inflation « demeure sous la cible des 2 % ».

La Réserve fédérale a aussi décidé d'arrêter, deux mois plus tôt que prévu, la réduction de son bilan et le délestage des bons du Trésor qu'elle détient.

Cette diminution de ses investissements dans les obligations d'État avait pour effet implicite de relever légèrement les taux d'intérêt, ce qui irritait notamment le président Donald Trump, prompt à se plaindre de la hausse du coût du crédit.

Le bilan de la Fed devrait ainsi s'établir à environ 3800 milliards de dollars au lieu de son sommet de 4500 milliards à la fin de 2017, alors que la Banque centrale avait acquis massivement des actifs financiers pour doper la reprise.

Tout en défendant son indépendance, la Fed agit finalement dans le sens de ce que n'a cessé de réclamer le président Trump.

L'hôte de la Maison-Blanche, qui brigue un deuxième mandat, veut des taux bas qui favorisent le consommateur, diminuent le coût de la dette et rehaussent le Dow Jones à Wall Street.

Un homme a un stylo dans la bouche alors qu'il consulte le cours de la bourse sous un énorme écran sur lequel sont affichées diverses actions de compagnies.

Les marchés ont reculé mercredi en raison des commentaires de la Fed, qui n'a pas voulu garantir d'autres baisses de taux.

Photo : Reuters / Lucas Jackson

Le comité monétaire divisé

La décision de la Fed n'a pas fait l'unanimité au sein du comité monétaire. Deux membres de la Fed se sont prononcés contre la décision, Esther George de la Fed de Kansas City et Eric Rosengren de celle de Boston. Ils auraient préféré maintenir les taux en l'état.

Plusieurs économistes craignent qu'une baisse des taux ne stimule indûment l'économie, en renforçant les risques d'une bulle financière, notamment du côté des emprunts des entreprises, ou en faisant resurgir l'inflation.

C'est la première fois, depuis que Jerome Powell est à la tête de l'institution au début de 2018, que le comité monétaire est si divisé.

Si l'inflation stagne à 1,4 %, la croissance de l'économie américaine est encore solide à 2,1 % au 2e trimestre et le taux de chômage est proche de son plus bas niveau depuis 50 ans (3,7 %).

Onze ans après la crise financière, la Banque centrale américaine rejoint ainsi les autres grandes banques centrales du monde dans leur politique accommodante.

La Banque centrale européenne, qui a maintenu les taux à zéro, a ouvert la voie la semaine dernière à une série de remèdes anticrise, allant d'une ou plusieurs baisses de ses taux à une possible reprise de ses rachats de dette, en brossant un tableau sombre des perspectives économiques en zone euro.

Wall Street a terminé en fort recul (-1,23 %) après que M. Powell eut écarté l'idée d'un cycle régulier de baisses à la suite de celle de mercredi. Le dollar a grimpé, l'euro tombant sous le seuil symbolique de 1,11 $ US pour la première fois depuis 2017.

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