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Des secrets de famille d’Homo sapiens révélés

La tête d'un homme de Denisova

Reconstitution de la tête d'un homme de Denisova

Photo : Institut Max Planck

Alain Labelle

Une analyse génétique a révélé que les humains modernes (Homo sapiens) se sont croisés avec cinq espèces humaines archaïques lorsqu'ils ont quitté l'Afrique pour peupler l’Europe et l’Asie.

Les anthropologues et les généticiens avaient déjà établi que nos ancêtres avaient partagé les espaces intimes de leurs grottes avec les Néandertaliens et les Dénisoviens. Mais des scientifiques australiennes affirment aujourd’hui que l’ADN humain contient des traces de trois autres espèces toujours inconnues de la science.

Cette mystérieuse diversité provient des îles d'Asie du Sud-Est qui semblent avoir été un terreau particulièrement fertile pour les rencontres entre les différentes espèces Homo.

Représentation d'une espèce Homo inconnue

Les traces de trois espèces inconnues se trouvent dans l'ADN de l'humain moderne.

Photo : University at Buffalo/Bob Wilder

Repères

  • Les trois espèces connues se sont séparées il y a environ 400 000 ans;
  • Les Dénisoviens ont quitté l'Afrique vers l'Asie de l'Est;
  • Les Néandertaliens ont mis le cap vers l'Europe et l'ouest de l'Asie;
  • Les Homos sapiens, les ancêtres de l'humain, sont sortis d'Afrique il y a seulement 65 000 ans pour gagner l'Eurasie;
  • Les trois espèces se sont ensuite croisées.

La route de la mixité

Le chercheur João Teixeira, expert en génétique des populations, et ses collègues de l'Université d'Adélaïde ont réussi à cartographier les événements de croisement survenus par le passé en comparant les informations recueillies dans la littérature scientifique au niveau d'ascendance archaïque retrouvés dans les génomes des populations actuelles à travers le monde.

Chacun de nous porte en lui les traces génétiques de ces mélanges passés.

João Teixeira

« Ces groupes archaïques étaient très répandus et génétiquement divers, et ils survivent en chacun de nous. Leur histoire fait partie intégrante de notre histoire », explique-t-il.

Par exemple, certaines populations actuelles (comme les Européennes et les Américaines) possèdent environ 2 % d'ascendance néandertalienne. Cela signifie qu’un croisement entre les deux espèces s’est produit peu après leur départ d'Afrique quelque part au Moyen-Orient il y a au moins 50 000 ans.

Et au fur et à mesure que les humains modernes se sont dirigés vers l'Est asiatique, ils ont rencontré au moins trois autres groupes humains avec lesquels ils se sont croisés. Et les traces de ces rencontres romantiques se retrouvent encore de nos jours toujours dans l'ADN de l'humain moderne.

Les îles de l'Asie du Sud-Est étaient déjà très peuplées lorsque ce que nous appelons les humains modernes sont arrivés dans la région il y a à peine 50 000 ans.

João Teixeira

« Au moins trois autres groupes humains archaïques semblent avoir occupé la région, et les ancêtres des humains modernes s'y sont mélangés avant que les espèces archaïques ne disparaissent », explique le Dr Teixeira

En utilisant des informations supplémentaires provenant des itinéraires de migration reconstitués et des registres de végétation fossile, les chercheurs ont proposé qu'il y ait eu un événement de mélange dans les environs de l'Asie du Sud entre les humains modernes et un groupe qu'ils ont nommé « Homininé éteint 1 ».

D'autres croisements ont eu lieu avec des groupes en Asie de l'Est, aux Philippines, sur le plateau de la Sonde (qui reliait autrefois Java, Bornéo et Sumatra au continent asiatique), et peut-être près de Flores en Indonésie, avec un autre groupe appelé « Homininé éteint 2 ».

Nous savions que la sortie de l'Afrique de l’Homo n'était pas simple, mais elle semble beaucoup plus complexe que nous ne l'avions imaginé.

João Teixeira

« La région de l'Asie du Sud-Est insulaire était clairement occupée par plusieurs groupes humains archaïques, vivant probablement dans un isolement relatif les uns des autres pendant des centaines de milliers d'années avant que les ancêtres des humains modernes n'arrivent », conclut João Teixeira.

Selon les auteurs de ces travaux publiés dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (Nouvelle fenêtre) (en anglais), le moment de l’arrivée des humains modernes dans ces régions a été rapidement suivi par la disparition des groupes archaïques dans chacune d’entre elles.

Génétique

Science