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Quand la restauration du Rodier vire au cauchemar

L'édifice Le Rodier.

L'édifice Le Rodier

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'édifice patrimonial Le Rodier est sauvé, mais à quel prix! Des retards d'échéancier et de multiples contraventions ont fait grimper la facture d'environ un million de dollars.

Lorsque l'entrepreneur Georges Coulombe a acheté l'édifice Le Rodier en 2017, tout le monde a applaudi. Non seulement l'immeuble construit en 1875 allait être sauvé, mais le travail de restauration serait bien fait.

Il faut dire que, même s'il est peu connu du public, Georges Coulombe a toute une réputation. Depuis 40 ans, cet homme d'affaires discret s'est donné comme mission de sauver des édifices patrimoniaux du Vieux-Montréal. Par exemple : les anciens sièges sociaux des banques Royale et Molson, l'édifice de l'Insurance Exchange sur la rue Saint-Jacques, ou encore l'immeuble La Sauvegarde de la rue Notre-Dame.

Georges Coulombe en a vu d'autres et le sauvetage du Rodier s'annonçait même comme un petit chantier. Trop petit peut-être, justement. Car lorsqu'il s'est retrouvé coincé entre deux plus gros joueurs, le petit chantier patrimonial de 6 millions de dollars ne faisait pas le poids.

Par exemple, alors que la réfection de la façade sud du Rodier battait son plein, la Ville a exigé que les travaux cessent, car un autre chantier avait priorité, celui de l’égout collecteur William, un gigantesque ouvrage de rétention des eaux de pluie, dont la facture est de 35 millions de dollars.

Les échafaudages ont donc été démontés au sud, sur la rue Saint-Maurice, pour faire place au chantier de la Ville, mais remontés au nord, sur la rue Notre-Dame, pour faire l'autre façade en attendant. Peu après, raconte Georges Coulombe, « on nous a dit : ''Vous ne pouvez plus travailler là, parce que là, c'est le Réseau express métropolitain (REM) qui travaille ».

Expulsé de son propre chantier, pris entre le REM et la Ville, il a ressenti une amertume de l'expérience.

Je trouve qu'on pourrait faire plus attention aux plus petits joueurs, aux joueurs qui marquent le quartier. Ce bâtiment-là va marquer le quartier, là.

Une citation de :Georges Coulombe

Résultat : des retards énormes. « On ne pouvait même plus livrer la marchandise », dit Georges Coulombe. « C'est des retards, mais c'est de l'argent. À la fin, ça rend un projet moins intéressant. »

Il y en a pour environ un million de dollars de frais en raison des retards de chantier, et des milliers de dollars en contraventions de la Ville.

L'entrepreneur a bien tenté d'obtenir l'aide de la Ville et de l'arrondissement, mais sans succès. Le maire de l'arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais, n'a pas daigné répondre à ses appels.

M. Dorais est venu ici quand on a commencé les travaux. Il nous a donné des tapes dans le dos : ''On va vous aider, M. Coulombe''. Je n'ai pas vu M. Dorais. Je ne veux pas le blâmer, là, il a d'autres choses à fouetter, mais il n'a jamais retourné aucun appel.

Une citation de :Georges Coulombe

L'administration Plante-Dorais a refusé de commenter le dossier.

La façade sud du Rodier est maintenant terminée, malgré la présence d'énormes tuyaux destinés au chantier de collecteur d'eau William.

La façade sud du Rodier est maintenant terminée, malgré la présence d'énormes tuyaux destinés au chantier de collecteur d'eau William.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Lorsque Georges Coulombe a acheté Le Rodier de la Ville en 2017, pour près d'un million de dollars, la transaction venait avec l'obligation de le rénover avant 2020, et d'y loger entre autres un organisme à but non lucratif qui sera un incubateur pour les entreprises culturelles de Montréal.

Ces obligations pesaient déjà sur la rentabilité du projet. Les dépassements de coût font maintenant en sorte que le projet ne sera pas rentable avant de nombreuses années. Lors de l'achat, Georges Coulombe dit ne jamais avoir été avisé qu'un énorme chantier d'infrastructure souterraine se déroulerait en même temps que le sien, « alors que la Ville le savait déjà », précise-t-il.

Georges Coulombe et Julie Guillemette, chargée de projet.

Georges Coulombe et Julie Guillemette, chargée de projet.

Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Des solutions

Pour éviter qu'une telle mésaventure ne se répète, l'homme d'affaires suggère de créer des tables de concertation lorsque de multiples chantiers se déroulent à un même endroit. Il faut cependant absolument que ces tables de concertation aient des pouvoirs décisionnels, estime la directrice finance et administration à l'entreprise Gestion Georges Coulombe, Nathalye Laliberté.

« On peut avoir plein de rencontres, mais si ces gens-là autour de la table n'ont pas de pouvoir décisionnel, on n'avance à rien. Ça prend les contracteurs qui sont sur place dans un premier temps, puis un facilitateur qui viendrait de la Ville de Montréal ou de l'arrondissement, et même les deux. »

Georges Coulombe soutient que l'organisme Héritage Montréal pourrait aussi siéger à de telles tables de concertation lorsqu'il s'agit de projets patrimoniaux.

Le directeur général d'Héritage Montréal, Robert Turgeon, est d'accord avec l'idée. Il s'agirait d'une approche à développer pour pallier, en amont, certains problèmes qui peuvent survenir sur des chantiers. « Si on est capable à partir de cette expérience pour développer une façon de faire plus montréalaise, ce serait un élément positif à apporter », dit-il.

L'organisme se dit prêt à jouer un rôle de coordonnateur des différentes parties pour que les chantiers patrimoniaux se déroulent bien.

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