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Un mystérieux pathogène fongique inquiète les médecins canadiens

Une souche de Candida auris

Une souche de Candida auris

Photo : Reuters / Handout .

Radio-Canada

Médecins et spécialistes de partout au pays se penchent depuis près de dix ans sur un pathogène fongique partiellement résistant aux médicaments afin de déterminer son origine et d'en venir à bout.

Il s’agit du Candida auris, identifié pour la première fois en 2009 chez une patiente japonaise.

Depuis, la présence de ce pathogène a été constatée dans plusieurs pays, touchant les malades hospitalisés, principalement les patients dont le système immunitaire est affaibli, tels que les patients recevant une chimiothérapie, ceux ayant subi une chirurgie ou ceux à qui on administre des traitements par intraveineuse.

Le docteur Isaac Bogoch, de l’Hôpital général de Toronto, affirme que le Candida auris est relativement rare, mais qu'il présente toutefois des caractéristiques inquiétantes.

Le pathogène est difficilement identifiable pour certains laboratoires, son traitement est difficile lorsqu'il atteint le sang et il est souvent résistant à plusieurs médicaments antifongiques, explique-t-il.

« Avec le diagnostic tardif, cela peut souvent retarder le traitement approprié – et si nous retardons le traitement de l'infection fongique, en particulier quand il est dans le sang, les gens peuvent devenir très malades, très rapidement. », s’inquiète le Dr Bogoch.

Selon des informations partielles, les spécialistes estiment que plus d’un patient sur trois présentant une infection invasive au Candida auris décède.

Présence dans tout le pays

L’Agence de santé publique du Canada (ASPC) affirme qu’au total 20 cas ont été enregistrés au pays de 2012 à 2019, dont six au Québec et en Ontario entre 2012 et 2017, et 14 cas dans les provinces de l’Ouest entre 2014 et 2019.

Le premier cas canadien de Candida auris multirésistant a été diagnostiqué en juillet 2017 chez un voyageur de retour au pays, selon Anna Madison de l’ACSP, qui précise que certaines infections résistantes aux médicaments ont été contractées dans des hôpitaux à l’étranger.

Selon Mme Madison, cette infection provient de personnes qui font du tourisme médical à l’étranger.

Le Dr Bogoch estime de son côté qu’il v a y avoir plus de cas à l’avenir.

Les raisons de la propagation de cette infection restent inconnues pour le moment.

Résistance à la chaleur

Selon le Dr Arturo Casadevall et son équipe de la faculté de santé publique de Johns Hopkins à Baltimore, l’agent pathogène est plus résistant à la chaleur et se développe à des températures plus élevées.

Le Dr Casadevall a indiqué que le génome s’adapte à des températures plus élevées. Cette tolérance à la chaleur pourrait contribuer à son émergence en tant que maladie fongique chez l’homme.

Le Dr Casadevall et ses collègues de l'Université du Texas à Houston et du Westerdijk Fungal Biodiversity Institute à Utrecht, aux Pays-Bas, soupçonnent que le réchauffement climatique mondial pourrait contribuer à la propagation de cette infection.

Ils ont cherché un dénominateur commun pour expliquer l'apparition de Candida auris dans trois régions très différentes du monde, caractérisées par une flore et des conditions géographiques distinctes : l'Afrique du Sud, l'Amérique du Sud et l'Inde.

« Problème imminent »

« Le gros problème ici, c'est que, à mesure que la planète se réchauffe, de plus en plus de ces organismes [fongiques] qui ne constituent actuellement pas une menace peuvent s'adapter aux températures plus élevées », a déclaré le Dr Casadevall. « C'est un problème imminent. »

Selon le Dr Tom Chiller, l’expansion de l’agriculture industrielle, les températures plus chaudes et les mutations du champignon lui-même sont des facteurs qui pourraient favoriser l’émergence de Candida auris.

Même après le traitement de l’infection, les patients peuvent continuer à porter le pathogène à des endroits comme la peau, mais sans que cela cause la maladie, selon les spécialistes.

Ces patients peuvent aussi transmettre le pathogène à d’autres patients.

Pour cette raison, les spécialistes de la santé publique préconisent des mesures telles que l’hygiène des mains, le port de gants ou encore le placement des patients atteints de Candida auris dans une chambre individuelle.  

Avec les informations de CBC

Santé publique

Science