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Des bateaux québécois à la poursuite des algues sargasses des Caraïbes

Le Sargaboat est mis à l'essai.

Des investisseurs québécois ont endossé un concept de bateau, le Sargaboat, qui permet de retirer à l'aide d'une remorque les algues sargasses de l'eau.

Photo : The ocean cleaner

Daniel Blanchette Pelletier

Un bateau et deux remorques construits au Québec seront mis à contribution pour ramasser les algues sargasses qui prolifèrent depuis cinq ans dans les Caraïbes et qui gâchent les vacances de nombreux touristes.

Nous sommes une entreprise québécoise qui vient aider les Caraïbes, se réjouit Denis Jimenez, un Français expatrié au Mexique depuis quatre ans.

Le bateau qu’il a conçu, nommé Sargaboat, est devenu réalité lorsque quatre investisseurs québécois ont sauté à pieds joints dans l’aventure.

La mission écologique du projet m’intéressait beaucoup, raconte l’un d’eux, Cyril Paciullo. L’idée de nettoyer toutes les plages qu'on voit polluées tous les ans, c’est vraiment intéressant.

Une entreprise, Le nettoyeur des océans (The ocean cleaner), a été enregistrée au Québec. Les bateaux ont aussi été construits dans la province avant d’être acheminés au Mexique.

Un homme regarde la cargaison de sargasses.

Construit au Québec, le Sargaboat vient tout juste d'être mis à l'essai dans les Caraïbes.

Photo : The ocean cleaner

Le Sargaboat et ses remorques ont été mis à l’essai dans la mer des Caraïbes il y a tout juste une semaine. Un franc succès pour récupérer ces algues brunes et malodorantes qui s'échouent sur les plages, selon son concepteur.

Le bateau récolte les algues, et les algues tombent dans une remorque. Lorsqu'elle est pleine, elle part sur le lieu de déchargement, puis elle est remplacée par une remorque vide, et le bateau continue sa récolte le long de la barrière, explique Denis Jimenez.

Les algues sargasses sont dans un premier temps arrêtées au large et s’amassent le long de barrières flottantes, une autre invention de l’entreprise, basée à Laval.

Les bateaux nous permettent de récolter les algues qui se sont arrêtées le long de la barrière.

Denis Jimenez

L’efficacité du principe, unique selon Denis Jimenez, a même retenu l’attention du gouverneur mexicain Carlos Joaquín, qui en a vanté les mérites.

Un premier contrat a été signé avec le groupe hôtelier Vidanta, qui possède une dizaine d’établissements au Mexique, autant sur la côte est que sur la côte ouest. Plusieurs plages de ses hôtels étaient libres d’algues pour la première fois en trois ans à cette période de l’année grâce au Sargaboat.

Vidanta compte même tirer profit des algues, en recyclant les cargaisons récupérées en mer en engrais et en biogaz.

Plusieurs autres hôteliers de la Riviera Maya se sont montrés intéressés par la technologie maintenant qu’ils l’ont vue en action, assure Cyril Paciullo.

Un problème croissant

Des algues vues de près.

Depuis 2015, toujours plus d'algues sargasses s'échouent sur les plages.

Photo : Associated Press / Victor Ruiz

Les algues sargasses forment un banc de 8850 kilomètres au cœur de l’océan Atlantique.

Cette zone, baptisée la Grande ceinture des sargasses de l'Atlantique, a été découverte en 2011, et elle s’étend du golfe du Mexique à la côte ouest de l’Afrique.

Les courants marins dispersent ensuite les sargasses dans tout l'océan, jusqu’aux plages les plus prisées des vacanciers.

Le problème a atteint un niveau jamais vu en 2018, et la situation est tout aussi inquiétante cette année, selon Denis Jimenez.

Il y en a toujours davantage, malheureusement, observe-t-il. C’est la Riviera Maya en général qui est très impactée, du sud, à partir de Mahahual, et ça remonte jusqu'à Cancún.

Repères :

Les floraisons de sargasses, des algues de couleur brune longues jusqu'à 12 mètres, sont associées à un apport riche en nutriments provoqué par la pollution de l’eau due à l’activité humaine. Le réchauffement climatique favorise également leur prolifération.

En se décomposant, elles génèrent de l'hydrogène sulfuré et de l'ammoniac qui dégagent une odeur nauséabonde pouvant provoquer des maux de tête, des nausées et des vomissements.

Des algues qui font fuir les touristes

Une plage vide de monde, mais pleine d'algues.

Des plages du Mexique, comme celles de Playa del Carmen, sont abandonnées par les touristes.

Photo : Associated Press / Victor Ruiz

La solution aux algues sargasses développée par Denis Jimenez, et propulsée grâce au Québec, arrive à point nommé, alors que les touristes commencent à bouder certaines destinations autrefois très recherchées.

Le Mexique, c'est quasiment rendu un non catégorique pour beaucoup de personnes, affirme Philippe Larose-Desmarais, directeur chez Aéroport Voyages.

Il estime qu’environ 30 % moins de vacanciers choisissent le Mexique, parce qu’ils sont au fait du problème. Les algues sont devenues un critère de sélection à prendre en considération avant de choisir sa destination.

Ça met une crainte. Les gens ne vont pas investir dans des vacances sachant que les plages sont bondées d'algues.

Philippe Larose-Desmarais, Aéroport Voyages

Même constat chez Voyages Atlantis, où les clients ont aussi beaucoup de questions à ce sujet, confirme la directrice Josée Ricard.

Est-ce qu’on prend le risque ou on change de destination? Mais il n'y a pas de garantie, parce qu’il peut y avoir des sargasses un peu partout dans les Caraïbes et en Amérique centrale. On n’a aucun contrôle là-dessus, se désole-t-elle.

La Riviera Maya, au Mexique, et Punta Cana, en République dominicaine, sont les deux régions les plus touchées. Ironiquement, ce sont aussi les destinations préférées des Québécois, rappelle Isabelle Saint-Amant, présidente d’Espaces Voyages.

Les trois agents assurent qu’ils préviennent systématiquement leurs clients des risques potentiels de se retrouver sur une plage couverte d’algues.

Mais même où il y a en a, les échouages ne sont pas nécessairement quotidien. Et il y a des destinations qui ne sont pas touchées en ce moment, où les gens pourraient quand même se réveiller avec des algues sur la plage, décrit Philippe Larose-Desmarais, pour illustrer la difficulté de prévoir et bien informer ses clients.

Depuis quatre ans, l'Office de la protection du consommateur a reçu six plaintes liées aux algues sur les plages du Sud.

Des hommes ramassent à la pelle des algues sur une plage.

Les hôteliers tentent tant bien que mal de ramasser les algues qui s'entassent sur les plages, mais ces solutions ne suffisent plus.

Photo : Associated Press / Victor Ruiz

Quand le problème s’est d’abord manifesté, en 2015, Isabelle Saint-Amant a créé un groupe Facebook pour mettre en relation des conseillers en voyage et des hôteliers pour suivre la situation. La page regroupe aujourd’hui plus de 6000 membres.

La présidente d’Espaces Voyages observe elle aussi que le problème ne s’améliore pas, même si des barrières pour retenir les algues se multiplient.

Ce système de barrières là retient les algues, mais ça nous fait une eau de couleur brune et nauséabonde, ce qui n’est pas agréable du tout, déplore-t-elle.

Il faut donc les ramasser. Mais avant l’arrivée du Sargaboat, seules des solutions de fortune étaient déployées dans les Caraïbes.

Avec ça, on a une vraie solution, se réjouit Cyril Paciullo, qui est vice-président chez Le nettoyeur des océans.

Différentes solutions arrivent au Mexique, soit de l’étranger soit au niveau local, et souvent ce sont des solutions à moitié pensées, à moitié faites, et qui ne fonctionnent pas, dénonce-t-il. De voir la nôtre fonctionner comme on l’espérait, ça a suscité énormément d’intérêt.

Il s’attend à voir le carnet de commandes se remplir pour les bateaux construits au Québec.

D’autres destinations soleil en profitent

Des touristes profitent de la plage et de l'eau.

Cuba, comme d'autres destinations soleil, accueille les touristes qui fuient les algues du Mexique.

Photo : Associated Press / Ramon Espinosa

Entre-temps, si les algues sargasses représentent un cauchemar pour le tourisme au Mexique, d’autres destinations soleil profitent toutefois du problème.

Cuba, par exemple, accueille des touristes auparavant réticents à s’y rendre, observe Philippe Larose-Desmarais d'Aéroport Voyages.

Toute la côte pacifique du Mexique et le nord de la République dominicaine font également partie des solutions de rechange chez Voyages Atlantis.

Isabelle Saint-Amant d’Espaces Voyages suggère à ses clients des régions où ils ne seraient pas nécessairement allés auparavant. C’est le cas, par exemple, des îles ABC (Aruba, Bonaire et Curaçao) dans les Antilles, des destinations qui ne conviennent toutefois pas à tous les portefeuilles.

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