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Non, les réfugiés ne reçoivent pas plus d’aide que les Canadiens

Des personnes dont on ne voit pas le visage sont assises et tiennent dans leurs mains un drapeau canadien.

Le Canada a ouvert ses portes à 30 000 réfugiés l'année dernière.

Photo : Reuters / Mark Blinch

Nafi Alibert

Une nouvelle étude de l'École de politique publique de l'Université de Calgary déconstruit l'idée reçue selon laquelle les réfugiés et les demandeurs d’asile seraient mieux traités que des Canadiens dans le besoin.

Son auteur, Robert Falconer, a pris comme cas type une famille de quatre personnes pour démontrer, chiffres à l’appui, que les réfugiés et les demandeurs d’asile n’étaient pas mieux lotis que des citoyens canadiens bénéficiant de l’aide sociale.

Il a calculé qu’en 2018 une famille à faible revenu domiciliée en Alberta percevait en moyenne l’équivalent de 2 633 $ par mois des gouvernements fédéral et provincial.

Les réfugiés et les demandeurs d’asile reçoivent eux aussi des allocations des deux ordres gouvernementaux, mais « ils perçoivent moins d’argent que les Canadiens à cause de contraintes propres à leur statut, avec lesquelles ils doivent composer », souligne Robert Falconer.

Différencier

  • Demandeurs d’asile : Ils présentent une demande d’asile à une poste frontalier ou un bureau intérieur au Canada.
  • Réfugiés réinstallés: Qu’ils soient parrainés au privé ou choisis par le gouvernement canadien, ils se voient offrir un statut de résident permanent au Canada et sont reconnus comme réfugiés avant leur arrivée sur le territoire.

Compter entre les chiffres

Si les membres de la famille étudiée par le chercheur n’avaient pas été des Canadiens mais des demandeurs d’asile, ils auraient eu près de la moitié du montant de l'aide reçue, soit environ 1 385 $.

Ce montant s’est ainsi élevé à 1 450 $ le mois dernier pour Aminat, une mère de famille monoparentale originaire du Nigeria dont le foyer demande l’asile au pays. « C'est à peine de quoi se payer un appartement dans une ville comme Calgary », soulève Robert Falconer.

Aminat et ses trois enfants ont pu se loger dans un appartement de deux chambres qu’elle loue depuis son arrivée à Calgary ce printemps.

« Ça me coûte 800 $ par mois », dit Aminat, à qui il ne reste pas assez d’argent pour nourrir sa famille. « On va à la banque alimentaire », avoue-t-elle. « J’ai fait une demande de logement abordable, mais je n’étais pas admissible à cause de mon statut. »

Aminat s’est heurtée à une des contraintes soulevées par Robert Falconer et que le site d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) expose clairement : « Les demandeurs d’asile [...] n'ont pas été sélectionnés aux fins de leur réinstallation et ne peuvent donc pas obtenir une aide quelconque à cet égard. »

Contrairement aux Canadiens, ils n’ont donc droit à aucun avantage fiscal. Les réfugiés eux en bénéficient. Mais « le montant d’argent perçu n’est pas le seul aspect à prendre en compte », indique Robert Falconer.

En effet, la première année de son installation, une famille de quatre réfugiés touche 2 869 $ par mois, soit 236 $ de plus qu’un foyer canadien à faible revenu. Cet « extra » est perçu par les réfugiés pendant un an, pour les aider à couvrir leurs frais de transport et certaines factures.

Un graphique présentant les différents montants reçus en fonction du statut de chaque famille.

Les chiffres ont été calculés à l'aide des données d'IRCC pour l'année 2018.

Photo : Radio-Canada

Il s’agit en fait d’un prêt que leur octroie le gouvernement fédéral et qu’ils doivent rembourser dès la deuxième année. « Les paiements fluctuent entre 33 et 104,7 $ par mois pendant 36 à 96 mois », note M. Falconer dans son rapport.

Un refuge sécuritaire et non financier

Par ailleurs, les réfugiés réinstallés au Canada doivent assumer les frais de leurs documents de voyage et de leur transport au Canada, précise le site d'IRCC.

« C’est un défi pour certaines grandes familles de réfugiés qui peuvent se retrouver à rembourser 10 000 à 20 000 $ », concède Fariborz Birjandian.

Arrivé d'Iran comme réfugié il y a 31 ans, il a pu trouver un emploi au bout de deux mois, et il est aujourd'hui fier d’être devenu le président de la Calgary Catholic Immigration Society.

Il a pu rembourser rapidement les montants qu’il devait et affirme que plus de 90 % des réfugiés au Canada réussissent aussi à s’acquitter de cette dette envers le gouvernement.

« Personne ne veut devenir réfugié, il n’y a rien d’enviable à cela », dit celui qui n’aurait jamais quitté son pays s'il n'avait pas eu à sauver sa peau.

Reconnaissante envers son pays d’accueil, Aminat espère ne plus avoir à être soutenue au plus vite. Elle souhaite trouver dès que possible un travail dans la santé.

Je veux payer des impôts et contribuer à la société.

Aminat, demandeuse d'asile

Aminat ne connaît pas Maxime Bernier, le chef du Parti populaire du Canada, mais elle n’aurait probablement pas compris la partie de son discours à ses partisans mercredi lorsqu'il a laissé entendre que le Canada était une vache à lait pour tous les immigrants.

« Ceux [dont] un membre de la famille [a] disparu peuvent se voir suspendre leurs aides pendant l’enquête [que fait l’Agence de revenu du Canada (ARC) dans ces cas] », ajoute Robert Falconer. « Les revenus générés par un proche qui vit dans un camp de réfugiés à l’étranger peuvent aussi faire perdre l’aide à laquelle ont droit les autres membres de la famille qui se sont réfugiés au Canada », termine-t-il.

Ce sont les raisons pour lesquelles Robert Falconer souhaite que l’ARC change les procédures pour prendre en compte la complexité de la situation des réfugiés et des demandeurs d’asile.

Pour Fariborz Birjandian, il est temps d’arrêter de parler de ces personnes comme d’un potentiel fardeau pour les finances publiques, plutôt que comme d’une aubaine pour la société.

« Deux d’entre elles ont fini par devenir gouverneures générales du Canada », souligne-t-il en parlant, à juste titre, de Michaëlle Jean, originaire d’Haïti et d’Adrienne Clarkson, qui est née à Hong Kong.

Alberta

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