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Le rire en « canne », ça fonctionne, mais moins que le spontané

Plusieurs personnes rient en regardant un spectacle.

De façon générale, le fait d’entendre le rire d’autres personnes serait contagieux et donnerait la permission de rire aussi.

Photo : joshblake

Radio-Canada

Le fait d’ajouter des rires enregistrés augmente notre appréciation des blagues, affirment des neuroscientifiques britanniques, qui ajoutent que les véritables éclats de rire spontanés sont quand même plus efficaces.

Le rire est une expression émotionnelle vocale positive, et il occupe une place importante dans nos interactions sociales.

Dans leurs travaux, la Pre Sophie Scott et ses étudiants de l’Institut de neurosciences cognitives du University College de Londres ont voulu établir comment la présence et l'intensité du rire modulent notre perception du caractère drôle ou non d'une blague.

Pour y arriver, une quarantaine de « jokes de mononcle » ont été classées par 72 participants, recevant une note comprise entre 1 (pas drôle du tout) et 7 (hilarante).

Un humoriste professionnel a ensuite enregistré chacune des blagues, et deux versions ont été créées en ajoutant de courts rires en boîte (génériques) et de courts rires spontanés (plus intenses).

L’équipe de recherche a ensuite testé les deux versions des blagues sur deux groupes de participants distincts : des neurotypiques et des personnes autistes.

Un homme derrière un micro raconte une blague.

Le caractère drôle d’une blague serait tempéré par le genre de rire.

Photo : iStock

De façon générale, le plaisir des enfants neurotypiques à regarder des dessins animés est augmenté par les rires ajoutés, par le fait de les regarder avec d’autres, ou par des simulations de sourires. Par contraste, les auteurs de l’étude pensaient que le plaisir des enfants autistes n'était pas significativement modulé par de telles manipulations.

Or, les résultats obtenus montrent plutôt des similitudes entre les deux groupes dans leur traitement implicite du rire. L'ajout du rire a augmenté la perception de la drôlerie des blagues.

Le caractère drôle d’une blague était cependant tempéré par le genre de rire. Le rire spontané menait à un jugement plus drôle des blagues que le rire enregistré.

Ce que cette étude montre, c'est que l'ajout de rires enregistrés à une blague augmente la valeur de l'humour, peu importe à quel point la blague est drôle ou pas.

La Pre Sophie Scott, auteure principale de l'étude

L’étude suggère également que nous réagissions beaucoup plus aux rires spontanés et authentiques qu'aux rires en boîte, ce qui démontre l’importance de la joie humaine inhérente et la valeur d'une réponse naturelle, ajoute Sophie Scott.

Les chercheurs n’ont donc pas observé de différence entre l’évaluation des participants des deux groupes quant à l'effet des différents types de rires sur l'évaluation des blagues.

Les deux groupes ont donné des cotes d'amusement plus élevées pour les blagues jumelées à des rires spontanés qu'à des rires en boîte.

Globalement, selon les auteurs de l’étude, le fait d’entendre le rire d’autres personnes serait contagieux et donnerait la permission de rire aussi.

La seule différence observée entre les neurotypiques et les personnes autistes concernait les « jokes de mononcle ». Les personnes autistes donnaient à ces blagues une cote plus élevée lorsqu'on y ajoutait le rire.

Les chercheurs pensent que cette réalité peut s’expliquer par le fait que les adultes neurotypiques sont plus conscients que ces « blagues sont considérées comme ringardes et enfantines, alors que les adultes autistes sont plus ouverts à de telles plaisanteries ».

Nos résultats laissent à penser que le rire peut aussi influencer la perception de l'humour, et que les personnes autistes sont tout aussi sensibles à cet effet.

La Pre Sophie Scott, auteure principale de l'étude

« Cela pourrait suggérer que l’humour et le rire sont plus accessibles aux personnes autistes que ce que nous pensions », explique la Pre Scott.

Quelques blagues tirées de l’étude :

  • Quel État américain possède les plus petites boissons? Le mini-soda (pour Minnesota);
  • Qu'est-ce qui est orange et qui ressemble à un perroquet (parrot)? Une carotte;
  • Qu'utilise un dinosaure pour payer ses factures? Un Tyrannosaurus chèques (en référence à rex);
  • Pourquoi le papier de toilette n’a pas pu traverser la rue? Parce qu'il est resté coincé dans une fissure (crack).

L’évolution des rires en boîte

La Pre Scott rappelle qu'historiquement, les émissions de télévision et de radio étaient enregistrées devant un public afin de permettre aux auditeurs et aux téléspectateurs de se sentir parties prenantes du spectacle.

Mais des émissions qui devaient être drôles ne l’étaient pas toujours, et la réaction naturelle du public le montrait bien. De là l’idée des producteurs de l’époque d’ajouter des rires en boîte pour provoquer une réaction du public.

Cette recherche montre que même si le rire en boîte rehausse l'humour d'une comédie, l'ajout d'un vrai rire permet d'obtenir une meilleure réponse.

La Pre Sophie Scott, auteure principale de l'étude

Des producteurs américains de comédies de situation l’ont bien compris, comme ceux de Friends et de Seinfeld par exemple, qui étaient enregistrés devant un public dont les rires étaient amplifiés au montage.

Le détail de ces travaux est publié dans la revue Current Biology (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Psychologie

Science