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Le projet Frontier dans l'intérêt public malgré ses effets négatifs, juge la commission d'examen

Une poignée de bitume dans un gant de travail.

L’entreprise Teck Resources de Vancouver souhaite exploiter une mine à ciel ouvert à environ 110 kilomètres au nord de Fort McMurray, dans le nord de l'Alberta.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Stéphanie Rousseau

Le mégaprojet minier Frontier dans les sables bitumineux est dans l’intérêt public, malgré ses effets négatifs sur l’environnement et les communautés autochtones, selon la commission d'examen chargée d'étudier le projet.

« Même si nous estimons que le projet aura des effets négatifs importants et qu’il y aura des effets cumulatifs sur certaines composantes environnementales et communautés autochtones, nous considérons que ces effets se justifient et que le projet Frontier est dans l’intérêt public », indique un résumé de la décision de la commission d’examen conjoint formée de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale et l'Agence de réglementation de l’énergie de l’Alberta.

La commission justifie son évaluation environnementale par les retombées économiques et la création d'emplois liées à ce projet.

Le rapport note que le projet « devrait créer 7000 emplois pendant la construction et jusqu’à 2500 emplois pendant la durée de vie de la mine, soit 41 ans ».

La mine devrait en outre susciter des retombées de « plus de 70 milliards de dollars » pour les trois ordres de gouvernement.

De la machinerie lourde dans un champ de sables bitumineux.

Sables bitumineux dans le nord de l'Alberta

Photo : Radio-Canada / Geneviève Normand

Un mégaprojet minier

Le projet de mine Frontier est proposé par l’entreprise de Colombie-Britannique Teck Resources. Son coût est estimé à plus de 20 milliards de dollars.

Devant produire 260 000 barils de bitume par jour, il comprend deux mines à ciel ouvert, une usine de préparation du minerai, une usine de traitement du bitume, des installations de préparation et de gestion des résidus, des aires d’élimination et de stockage des résidus, une prise d’eau fluviale, un aérodrome et un campement pour les travailleurs.

Un parc à protéger

Il sera situé à quelques kilomètres du parc national de Wood Buffalo, alors que l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) évalue actuellement si le parc doit être placé sur sa liste des sites en péril.

Un plan aérien de grues blanches volant dans le ciel au-dessus du parc national Wood Buffalo, dans le nord de l'Alberta.

Le parc national Wood Buffalo est le dernier endroit où les grues blanches se reproduisent naturellement. Il accueille aussi un des plus grands troupeaux de bisons des bois.

Photo : Associated Press / Joe Duff

L’organisme international a donné jusqu’en 2020 au Canada pour prouver qu’il en fait assez pour protéger ce site unique, après avoir jugé insuffisant le plan présenté par le gouvernement de Justin Trudeau.

Dans le résumé de son rapport, la commission juge que la mine « ne devrait pas avoir d’effets mesurables sur le débit ou le niveau d’eau dans le delta des rivières de la Paix et Athabasca » et que les changements climatiques auront « des effets négatifs beaucoup plus importants sur le parc national ».

Selon la commission, « Frontier sera aussi un grand émetteur de gaz à effet de serre » et produira l'équivalent de 4 millions de tonnes de CO2 par année, mais elle n'établit aucun lien direct entre ces émissions et les changements climatiques.

Impacts environnementaux majeurs et irréversibles

Le projet « est susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants sur les milieux humides, les forêts anciennes, la biodiversité et les espèces en périls dépendantes des milieux humides et des forêts anciennes », indique le rapport, qui précise que les lynx, les caribous des bois et la harde de bisons du lac Ronald seront touchés.

Un jeune caribou au pelage blanc et brun, recouvert partiellement de neige.

Un jeune caribou

Photo : iStock / JellisV

« La commission reconnaît que le caribou des bois est en déclin dans l’ensemble de son aire de répartition », souligne le rapport, en ajoutant que « le projet a le potentiel d’apporter une contribution supplémentaire aux effets cumulatifs importants déjà existants ». Pour diminuer l’impact du projet sur cette espèce menacée, la commission demande à Teck Resources de finaliser un plan d'atténuation et de surveillance.

Le rapport révèle aussi que « le projet Frontier enlèvera tous les milieux humides de [sa] zone de développement ».

Un chemin en bois qui passe dans une tourbière.

La tourbière d'Alfred occupe une superficie de 4000 hectares.

Photo : Radio-Canada / Denis Babin

« La perte de plus de 14 000 hectares de milieux humides est un effet de grande ampleur et irréversible », ajoutant que le projet aura « des effets cumulatifs négatifs importants sur les milieux humides de la région ».

Conséquences sur les peuples autochtones

Le rapport mentionne aussi que les peuples autochtones de la région perdront des terres qu'ils utilisent pour leurs activités traditionnelles et qu’il « n’est pas certain que les groupes autochtones rétabliront les activités d’usage traditionnel sur les terres remises en état après une interruption sur plusieurs générations et vu la perte de liens culturels avec ces terres ».

Le rapport note toutefois que « tous les groupes autochtones qui seraient touchés de façon importante par le projet Frontier ont signé des ententes avec Teck ».

Le gouvernement fédéral doit donner son approbation en vertu de la Loi sur les pêches et de la Loi sur la protection de la navigation.

La ministre fédérale de l’environnement, Catherine McKenna, doit déterminer si le projet est susceptible de causer des dommages environnementaux négatifs importants, malgré les mesures d'atténuation exigées.

Si tel est le cas, il appartiendra au cabinet fédéral de décider si ces effets sont justifiés dans les circonstances. La décision d’Ottawa doit être rendue en février.

Les groupes environnementaux ont déjà souligné que la mine est difficile à concilier avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Canada.

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Alberta

Changements climatiques