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Il y a 100 ans, un acrobate du ciel réalise le premier voyage Québec-Montréal

Une photo d'archives d'un avion Curtiss JN-4 en 1924

Le modèle d'avion utilisé par Georges Louis Vézine pour voyager entre Québec et Montréal est similaire à cet avion, en 1924, au-dessus de Los Angeles.

Photo : Getty Images / Topical Press Agency

Alain Rochefort

Un vol Québec-Montréal est aujourd'hui anodin. Il y a 100 ans, c'était pourtant un spectacle dernier cri réalisé par des « hommes-oiseaux ». Le 14 août 1919, l'un d'eux, Georges Louis Vézine, effectue le premier voyage aérien aller-retour, le même jour, entre les deux villes principales du Québec. Voici l'histoire derrière ce vol.

Été 1919. Le monde entier panse ses plaies après la Grande Guerre.

Des centaines d’anciens pilotes de chasse changent de vocation. C'est que voler ne sert maintenant plus à tuer. Des médias les chiffrent à 2000.

Le lieutenant Georges Louis Vézine est de ceux-là. Nouvellement papa, le jeune homme au début de la vingtaine s’installe à Québec. C’était un as de l’aviation française durant la guerre. Comme bien d’autres pilotes, ses exploits dans le ciel ont fait l’objet de récits.

Georges Louis Vézine durant la Première Guerre mondiale où il sert la France en tant que pilote de chasse.

Georges Louis Vézine durant la Première Guerre mondiale où il sert la France en tant que pilote de chasse.

Photo : MyHeritage.com

Des acrobates du ciel au-dessus de Québec

À Québec, Vézine s’associe avec Jean-Marie Landry, considéré comme l'un des premiers pilotes québécois. Landry a obtenu son brevet dans une prestigieuse école française en 1914.

Une carte postale mettant en vedette Jean-Marie Landry, de Québec, et son avion. Landry est alors réputé comme le premier aviateur canadien.

Voici une carte postale mettant en vedette Jean-Marie Landry, un pilote de Québec, installé dans son avion. À l'époque, ce dernier était reconnu comme étant le premier aviateur canadien.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)

Ensemble, ils vont mettre la main sur un avion Curtiss-Jenny et ils vont faire des vols de démonstration avec l'appareil au-dessus de Québec, commente Denis Angers, historien et auteur du livre YQB - Québec à la conquête de l’air.

Ils sont devenus ce qu’on appelle des barnstormers [en référence aux pilotes-acrobates du Cirque volant], raconte Denis Angers. Ce sont les nouveaux explorateurs, les chevaliers du ciel. C’est fascinant de les voir voler au-dessus de soi.

Les foules qui assistent à ces événements saisissent pourtant encore bien mal le gigantesque potentiel commercial de l’aviation.

C’était vraiment un spectacle pour eux. Ils étaient simplement étonnés de voir des avions qui volaient.

Denis Angers, historien

Vézine se fait rapidement un nom dans la capitale grâce à ses acrobaties. Au point où il se fait remarquer par les organisateurs de l’Exposition provinciale de Québec [Expo-Québec].

Ceux-ci veulent réaliser un autre coup fumant, comme celui de l'aviateur belge George Mestach. Vers la fin du mois d'août 1912, ce dernier effectue le tout premier vol au-dessus de la capitale. Une commandite de l’Exposition qui en est alors à sa première année.

Le premier vol au-dessus d'une ville canadienne à Montréal

Le premier vol au-dessus d’une ville canadienne est observé à Montréal le 2 juillet 1910. Le Français Jacques de Lesseps réalise ce coup d’éclat à bord de son monoplan Blériot. Visionnaire, il croit en l’avenir des avions et critique les dirigeables. En 1926, il devient le premier aviateur à réaliser la cartographie de la Gaspésie, dont il tombe amoureux. Son avion disparaît cependant en vol au-dessus du Saint-Laurent, le 18 octobre 1927. La carcasse de son avion est retracée non loin de Matane, quelques jours plus tard. Son corps est retrouvé en décembre à 750 kilomètres de là, sur le rivage de Terre-Neuve. Il est enterré à Gaspé.

Publiciser Expo-Québec par la voie des airs

Sept ans après le vol de Mestach, les organisateurs de l'exposition souhaitent que Vézine effectue de la publicité pour eux, du haut des airs.

Les termes du contrat que Vézine paraphe avec l’Exposition au début 1919 stipulent qu’il doit faire des envolées d’une durée globale de deux heures par jour, avec un biplan Curtiss, entre le 20 juin et le 20 septembre, selon l’auteur Michel Lebreux dans son ouvrage sur le pont de Québec.

L'Exposition provinciale de Québec sur le site de l'Hippodrome en 1923.

L'Exposition provinciale de Québec sur le site de l'Hippodrome en 1923.

Photo : Archives de la Ville de Québec, Fonds Thaddée Lebel

C’est dans ce contexte que l’avion piloté par Georges Louis Vézine décolle de l’Hippodrome de Québec vers 6 h 30 du matin, le 14 août 1919, pour effectuer le premier vol aller-retour entre Québec et Montréal, souligne alors le quotidien Le Devoir en page 3.

Vézine survole d’abord la rive nord du Saint-Laurent, fait escale à Trois-Rivières, puis atterrit à Montréal vers 11 h 15, devant des dizaines de curieux. Puis il revient de la métropole vers Québec en survolant cette fois la rive sud du fleuve. Son avion se pose vers 18 h.

Le journal anglophone Québec Chronicle rapporte que tout au long du voyage, l’aviateur laisse tomber du ciel des brochures publicitaires pour annoncer la programmation d'Expo-Québec, qui se tiendra deux semaines plus tard.

Un spectacle dernier cri

Avec son exploit, Vézine marque le premier été de l’après-guerre à Québec, où les avions font couler beaucoup d’encre.

La veille, le 13 août 1919, un journaliste du quotidien Le Soleil décrit son expérience inoubliable aux côtés de Vézine. Ils survolent ensemble la grande région de Québec durant près de 5 heures. Une première pour un journaliste de Québec qui vante d’ailleurs les beautés de sa ville et les talents de pilote de Vézine.

Un article de journal, titré Québec vu du haut d'un aeroplane

Un journaliste du « Soleil » raconte son expérience inoubliable dans le ciel dans l'édition du 13 août 1919 du quotidien.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)

Voir Québec à vol d’oiseau est un spectacle dernier cri. Le décor qui se déroule à des milles de distance, aussi loin que l’œil peut porter, et à quelque deux mille pieds d’altitude, est tout simplement féérique, rapporte le journaliste.

Acrobaties au-dessus du pont de Québec

Quelques jours plus tard, Vézine fait de nouveau parler de lui lors de l’inauguration en grande pompe du pont de Québec, en présence du Prince Édouard de Galles.

Notre ami Vézine va faire des acrobaties autour du pont de Québec pour marquer l’inauguration de cette septième merveille du monde contemporain, raconte l’historien Denis Angers.

Un vieil avion dans les airs (photo d'archives)

Une carte postale de l'un des premiers avions de type Curtiss à voler devant des curieux au tournant des années 10.

Photo : Archives

L’auteur Michel Lebreux relate pour sa part l’ampleur du spectacle du 22 août 1919.

Après ses cabrioles au-dessus du pont, l’avion de Vézine descend du ciel en vrille et paraît vouloir plonger dans le fleuve. Il s’engouffre tout à coup dans l’espace laissé libre entre l’eau et la travée centrale, pour s’envoler de l’autre côté du pont, dans la direction de Québec.

Georges Louis Vézine décède le 26 juin 1922 à Hong Kong, à la suite de complications liées à une appendicectomie subie deux jours plus tôt. Ses exploits d’il y a 100 ans dans le ciel du Québec tomberont progressivement dans l’oubli.

L’aviation à la mode

Il existe par contre une passion collective pour l'aviation tout au long des années folles. Des images du célèbre aviateur Charles Lindbergh, qui se pose sur les plaines d’Abraham en avril 1928 continuent de stimuler l'imagination.

Pourquoi Charles Lindbergh vient-il à Québec?

L’aviateur Charles Lindberg est un véritable héros de l’époque. C’est le premier homme à effectuer la traversée aérienne entre New York et Paris en 1927. Le 24 avril 1928, il part de New York, cette fois à destination de Québec. Il atterrit sur les plaines d’Abraham après un vol de 3 heures 30 minutes. Accompagné du docteur Thomas B. Applegath, il apporte de l’Institut Rockefeller un sérum destiné à son collègue et ami, un autre as de l’aviation, Floyd Bennett, soigné à l’hôpital Jeffery Hale. Bennett souffre d’une pneumonie depuis une expédition dans l’est du Canada. Après l’atterrissage de Lindbergh, la foule se bouscule pour s'approcher de l’homme et lui serrer la main. Celui-ci, après la visite à son ami, est reçu par le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau, passe la nuit au Château Frontenac et reprend son vol pour New York le lendemain matin. À ce moment, il ne sait pas cependant que Bennett est malheureusement décédé.


Source : L’histoire des transports dans la capitale de l'historien Jean Provencher, Commission de la capitale nationale du Québec, 2006.

Un pilote, Charles Lindbergh, sort d'un avion entouré de gens (photo d'archives)

Le célèbre aviateur Charles Lindbergh accueilli en héros après avoir atterri sur les plaines d'Abraham en avril 1928.

Photo : Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)

Charles Lindbergh incarne la supériorité aérienne qui fait de plus en plus d’adeptes durant l’entre-deux-guerres.

On va même organiser des courses entre des avions et des automobiles, souligne un autre historien, Jean-François Caron.

C’était pour démontrer la supériorité des avions. C’est une mode qui a duré pendant plusieurs années.

Jean-François Caron, historien

Mais l’aviation ne sert pas qu’au spectacle. Elle va également améliorer considérablement les connaissances du territoire québécois durant les années 20.

On va le cartographier par la voie des airs. Le transport de marchandises aussi s'améliore, ajoute Denis Angers. On a même parachuté du courrier dans des coins difficilement accessibles de Charlevoix durant l’hiver.

Un aérodrome vue du ciel, avec trois hangars

Aménagé en 1929, l'aérodrome du chemin Saint-Louis, à Sainte-Foy, ne comptait que trois hangars et une piste recouverte de gazon.

Photo : BAnQ/studio de photographie W.B. Edwards

Où est l’aéroport?

Faute d'aéroport, les aviateurs courent après les espaces plats durant plusieurs années à Québec. Un petit espace rudimentaire, nommé aérodrome du chemin Saint-Louis, est aménagé dans le secteur de Sainte-Foy, en 1929. Il ne compte cependant que trois hangars et une piste recouverte de gazon.

L'aéroport que l’on fréquente de nos jours à Québec ne sera aménagé qu’entre 1939 et 1941 à l'occasion de la Deuxième Guerre mondiale.

La recherche visuelle pour cet article a été réalisée avec l'aimable collaboration de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

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