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Sans emballage, la solution au gaspillage alimentaire existerait

Une femme prépare un repas.

La préparation d'un repas est-elle meilleure pour l'environnement à partir d'une boîte de prêt-à-cuisiner ou d'une épicerie?

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Deux études ont vanté cette année les mérites des boîtes de prêt-à-cuisiner, comme Marché Goodfood, Hello Fresh et compagnie, pour contrer le gaspillage alimentaire. Mais cette solution est-elle vraiment plus « verte »?

Les consommateurs ont la mauvaise habitude d’acheter à l’épicerie plus qu’ils ne consomment.

Résultat : près de 60 % de la nourriture produite au Canada est jetée à la poubelle, selon un rapport de l'organisation Second Harvest.

En proposant des aliments préportionnés, les boîtes de prêt-à-cuisiner ont l’avantage de réduire la quantité d’aliments gaspillés, comparativement aux repas cuisinés avec les provisions achetées à l’épicerie.

Une étude de l’Université du Texas à Austin, aux États-Unis, a comparé l’énergie nécessaire sur toute la chaîne d’approvisionnement (Nouvelle fenêtre), de la ferme à la salle à manger, à la production d’un repas en prêt-à-cuisiner avec celle du même repas préparé à partir d’une épicerie.

Le prêt-à-cuisiner nécessite moins d’énergie, autant par repas que sur une semaine, sauf lorsque l’emballage (en indigo sur le graphique) est pris en considération, démontrent les auteurs de l’étude.

Comparaison sur le plan énergétique du prêt-à-cuisiner et de l’épicerie

Un graphique montrant la quantité de mégajoules nécessaires à chacune des étapes menant à la préparation d'un repas. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une étude américaine a établi une méthode de calcul qui permet de comparer sur le plan énergétique la préparation d'un repas à partir d'une boîte de prêt-à-cuisiner et d'une épicerie.

Photo : ScienceDirect

L’énergie associée à l'emballage des aliments dans les boîtes de prêt-à-cuisiner surpasse donc les bénéfices de la réduction du gaspillage alimentaire.

Ce n’est pas surprenant, selon les auteurs de l’étude américaine, puisque chaque ingrédient est emballé séparément dans des sacs en plastique à usage unique. Il faut aussi prendre en considération la boîte de livraison elle-même, avec son isolant et ses blocs réfrigérants.

Il faudrait, ajoutent-ils, réduire d’au moins 20 % la quantité d’emballage pour que les scénarios boîte et épicerie s’équivalent sur le plan énergétique.

Une autre étude, toujours aux États-Unis (Nouvelle fenêtre), a fait un exercice similaire, en mesurant les conséquences environnementales et la quantité de gaz à effet de serre générée par un repas de prêt-à-cuisiner et par un autre d’épicerie. L’emballage venait là aussi troubler les résultats.

Selon Sylvain Allard, spécialisé en écoconception des emballages, on ne fait que déplacer le problème.

On génère encore plus de matière, parce qu’il faut comprendre que ces entreprises reçoivent leurs produits alimentaires dans des emballages et vont les reconditionner dans de nouveaux emballages, donc on rajoute une couche d’emballage, argumente le professeur à l’école de design de l’UQAM.

L’emballage au cœur du problème

Le contenu d'une boîte de prêt-à-cuisiner.

Dans une boîte de prêt-à-cuisiner, la majorité des aliments sont emballés individuellement.

Photo : Radio-Canada / Coralie Mensa

Un emballage minimal est toutefois nécessaire en alimentation pour assurer la préservation des aliments.

Les auteurs des études américaines demeurent convaincus que les entreprises de boîtes de prêt-à-cuisiner peuvent être une solution au gaspillage alimentaire, à condition qu’ils revoient leur façon d’emballer, souvent qualifiée de « suremballage ».

Ils suggèrent notamment d’en réduire la quantité et de se tourner vers des emballages réutilisables. Sans réutilisation, le modèle atteint rapidement sa limite, selon eux.

Dans la mesure où on n’en est pas encore là, ça m’apparaît incomplet comme modèle, appuie le professeur Allard.

Ce dernier rejette les boîtes de prêt-à-cuisiner comme solution au gaspillage alimentaire.

C’est un peu une forme d'infantilisation des consommateurs, estime le professeur à l’école de design de l’UQAM. Il vaudrait mieux miser sur l’éducation du consommateur : acheter les bonnes quantités d’aliments, prévoir ce qu’on va cuisiner et s’assurer qu’on ne gaspille rien.

Contrairement à l’idée que ces petites portions aident contre le gaspillage alimentaire, je pense qu’une prise de conscience de la précieuseté de l’aliment permettrait de gérer le problème plus efficacement.

Une citation de :Sylvain Allard, UQAM

Le début d’un changement

Une comparaison de quatre boîtes de prêt-à-cuisiner.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les entreprises de prêt-à-cuisiner sont souvent accusées de suremballer leurs aliments.

Photo : Radio-Canada / Coralie Mensa

Au Québec, la plupart des entreprises qui offrent des boîtes de prêt-à-cuisiner assurent que tous leurs emballages sont recyclables, mais peu d’entre elles proposent de les réutiliser.

Toutefois, l’entreprise MissFresh propose depuis ce printemps à ses clients d’aller récupérer le contenu de leur boîte dans les épiceries Métro et quelques Jean Coutu de la province.

La nourriture y est livrée dans un bac réutilisable. Les clients n’ont qu’à transférer le contenu du bac dans leurs propres sacs, et à laisser le bac derrière eux pour la prochaine cueillette.

Un bac de MissFresh

MissFresh propose à ses clients de récupérer leurs aliments dans un bac réutilisable livré chez Métro ou Jean Coutu.

Photo : Missfresh

On est à l’écoute de nos clients et c’est une de leurs plus grandes préoccupations, affirme la fondatrice de l'entreprise, Marie-Ève Prévost. On est toujours en train de chercher des solutions pour mieux répondre à leurs besoins et à leurs attentes.

Je suis super heureuse de pouvoir offrir cette solution et je veux que les gens y adhèrent.

Une citation de :Marie-Ève Prévost, MissFresh

Marie-Ève Prévost n’a pas voulu dire combien de clients recevaient le nouveau service, mais elle assure que nombreux sont les nouveaux abonnés à le choisir.

La prochaine étape pour l’entreprise est d’utiliser ce bac réutilisable dans ses livraisons à domicile, puis de s’attaquer à l’emballage individuel des aliments.

L'emballage reste essentiel pour allonger la durée de vie des aliments, rappelle Marie-Ève Prévost. C’est tout un défi, beaucoup plus complexe qu’on pense, d'essayer de trouver de nouvelles solutions pour réduire les emballages à usage unique.

Le contenu du « kit durable » de Cook it.

En plus d'un sac réutilisable, Cook it réutilise même les sacs et plats de plastique dans lesquels sont placés les aliments.

Photo : Cook it

Une autre entreprise montréalaise, Cook it, a franchi cette étape en lançant en novembre son « kit durable », une première au Canada.

On utilise les mêmes recettes et les mêmes ingrédients, mais tout est envoyé dans des contenants qui sont réutilisables, explique la présidente et fondatrice de l’entreprise basée à Montréal, Judith Fetzer.

Un sac réutilisable remplace la boîte en carton, les blocs réfrigérants servent plus d’une fois et tous les ingrédients sont livrés dans des plats en plastique.

Les clients n’ont qu’à remettre le tout dans le sac, qui est ramassé par Cook it au moment de la prochaine livraison, et ainsi de suite.

Le projet pilote a été proposé pendant six mois aux clients du Plateau-Mont-Royal et du quartier Rosemont.

Il devait être étendu aux grandes régions de Montréal et de Toronto cet automne, mais l’entreprise a mis un frein à l’expérience, difficulté de recrutement oblige.

Les gens semblent saluer l'initiative sans pour autant s'empresser d'y prendre part, se désole Cook it. Il était ainsi difficile d’assurer la viabilité à grande échelle du projet.

Les clients déjà abonnés conservent toutefois le service et ceux demeurant dans les zones desservies par le projet pilote peuvent toujours s’y inscrire.

Plus vert : le véritable défi

Le sac réutilisable est livré à vélo.

Cook it souhaite étendre l'utilisation du sac réutilisable à toute sa clientèle.

Photo : Cook it

On s’est donné deux ans pour que toutes les routes soient vertes. C’est un engagement ambitieux, assure Judith Fetzer de Cook it.

Réduire leur empreinte environnementale demeure le grand défi des entreprises de prêt-à-cuisiner, qui séduisent de plus en plus les consommateurs. Ce marché est évalué à 150 millions de dollars au Canada, un chiffre appelé à doubler d’ici l’an prochain.

Pendant que MissFresh planche sur l'élargissement de son projet de bac réutilisable, Cook it espère réduire son empreinte de 65 % dans les régions métropolitaines en remplaçant sa boîte par un sac réutilisable cet automne.

Marché Goodfood étudie aussi la possibilité d’opter pour des boîtes de livraison réutilisables.

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