•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De vieux souvenirs de pêche aux Îles ravivés par la construction d'un cul-pointu

Un bateau de type «cul pointu» aux Îles-de-la-Madeleine

Le cul pointu construit par le collectif de Claude Bourque mesure plus de huit mètres et demi et a une largeur de plus de deux mètres.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Philippe Grenier

Les bateaux de type cul-pointu, vous connaissez? Ces bateaux traditionnels madelinots étaient très populaires chez les pêcheurs dans les années 1940 et 1950. Récipiendaires de la Bourse Avila-Leblanc, Claude Bourque, Camil Leblanc et leurs acolytes ont décidé au mois d'avril dernier d'en construire un nouveau pour les générations à venir. La mise à l'eau est prévue pour l'automne.

Dans son atelier de Gros-Cap, Camil Leblanc se rappelle comment s'est amorcé le projet de construire ce bateau bien particulier.

Il y a peut-être 23-24 ans de ça, Claude Bourque a demandé à mon père, qui était un constructeur de bateaux en bois, s'il voulait lui construire un "cul pointu". Ici, on dit un "tchu pointu".

Camil Leblanc pose devant le squelette en bois du bateau

Camil Leblanc, de Gros-Cap, est l'un des architectes du projet. Toute la construction du bateau a été effectuée dans son atelier.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Il me tape sur l'épaule et me dit : ''mon petit garçon, trouve-toi du bois, trouve-toi une shed et je vais aller te le faire, ton bateau. C'en est resté là. M. Léo est décédé. Le temps a passé et il y a quelques années, j'ai dit ''Camil, tu sais au sujet du bateau, je n'ai pas eu le temps de finir ma réponse'', poursuit Claude Bourque.

C'est à ce moment Camil Leblanc a donné le feu vert à Claude.

Pas de problème, va te chercher du bois et on va le faire ton ''tchu pointu''»!

Camil Leblanc, menuisier

Le projet pouvait débuter et l'enthousiasme était au rendez-vous. Dans la gang des réguliers, on est à peu près 6-7 qui n'ont pas manqué une soirée de construction, dit Camil Leblanc.

Un bateau de type «cul pointu» à Gros-Cap, aux Îles-de-la-Madeleine.

Au total, une quinzaine de Madelinots ont mis la main à la pâte.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

On a commencé par tailler les membrures et on a choisi notre grain de bois pour que lorsqu'on allait le passer à la vapeur, juste en le touchant, il allait prendre sa forme. Après ça, on a taillé la quille. Tout le monde a participé. On avait élevé les plans sur l'un des derniers bateaux "cul pointu" qui ont été faits aux Îles, en 1951.

Pourquoi un cul-pointu?

Ils mettaient ça à l'eau à bras et remontaient ça à bras, se remémore Claude Bourque.

Bateau de type «cul pointu».

Plusieurs personnes se sont réunies pour la journée porte ouverte dans l'atelier de Camil Leblanc à Gros-Cap.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Camil Leblanc explique : Lorsqu'ils venaient à pousser le bateau à l'eau, si [le bateau] avait eu un derrière carré, la mer aurait fessé dedans et aurait pu le faire tasser, tandis que le cul-pointu, quand ils venaient à le pousser, il coupait la vague. Ils avaient une facilité à le mettre à l'eau et même affaire quand ils devaient accoster à terre. Ç'a arrêté parce qu'au fil des années, à Cap-aux-Meules, ils ont eu un port de pêche. Après ça, à Gros-Cap, il y avait deux quais avec une rampe de lancement.

Dans les années 40, je dirais que 90 % de la flotte [aux Îles] était cul-pointu.

Camil Leblanc, menuisier

Venus encourager les architectes du bateau, des membres du Cercle des fermières de Lavernière sont venues donner, en cadeau, des mitaines à cage de l'époque.

Claude Bourque et les membres du Cercle des fermières de Lavernière avec des mitaines à cages.

Trempées dans l'eau salée, ces mitaines deviennent beaucoup plus petites et s'ajustent à la main du pêcheur.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

C'est des mitaines que les femmes faisaient pour leur mari, pour leurs enfants quand ils faisaient la pêche avant l'arrivée des mitaines en caoutchouc. Elles sont très grandes, mais quand on les met dans l'eau salée, elles refoulent. Elles reviennent beaucoup plus petites , explique Pierrette Boudreau, du Cercle des fermières.

Il faut idéalement que ce soit l'homme qui [les porte] parce que ça va fouler à sa main.

Pierrette Boudreau, membre du Cercle des fermières de Lavernière

Léonard Leblanc est lui aussi venu encourager et féliciter le collectif de menuisiers pour leur travail.

J'ai dit à Camil que je ne pensais jamais voir ça avant de mourir! Ça me rappelle vraiment des souvenirs dans le temps que j'étais jeune à 7-8 ans. Mon père avait ce bateau-là et on allait à la pêche. Je me couchais à l'arrière près du petit moteur pour dormir parce que j'avais le mal de mer.

Jean-Paul Cyr avec un livre. Il est entouré de visiteurs debouts.

Jean-Paul Cyr raconte des histoires aux Madelinots et aux touristes présents lors de la journée porte ouverte.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Jean-Paul Cyr, lui, se rappelle très bien des bateaux de type cul-pointu ou bateaux « toc-o-toc ». Il est venu un temps, quand on était jeunes, on pouvait pas mal différencier le propriétaire du bateau par le son du moteur. Ah oui oui! Il y avait des moteurs "poc-poc-poc", d'autres "toc-toc-toc"!.

Lyne Gagné avait entendu à la radio locale qu'il y avait une journée porte ouverte. Elle est venue voir et écouter. On vient voir, poser des questions, parler avec ces anciens marins-là, matelots, aux gens qui font l'histoire, mais il faut absolument voir ça. Ça fait partie du patrimoine, c'est important, c'est des mémoires de métier.

Lyne Gagné.

Lyne Gagné tenait à voir le bateau en plus d'entendre les histoires racontées par les Madelinots sur place.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

Un hommage à l'histoire, un legs pour les générations à venir

Pour Camil Leblanc, la construction d'un cul-pointu, c'était surtout un hommage à l'histoire, on ne voulait pas que la tradition se perde. On voulait montrer au monde c'est quoi les bateaux qu'ils utilisaient dans les années 40-50 et aussi le plaisir de travailler avec la gang de chums.

L'inscription M'onc Omer sur le bateau.

Le bateau sera baptisé M'onc Omer, un pêcheur de hareng. « Il pêchait à la trappe et il était l'un des plus vieux lorsqu'il a abandonné le métier à 75 ans », se souvient Camil Leblanc.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

On n'a pas beaucoup d'archives de la construction d'un bateau traditionnel. Ces bateaux n'existent pratiquement plus aux îles de la Madeleine. Il n'en reste qu'un qui a été recouvert de fibre de verre. C'est tout ce qui reste de cet héritage-là et moi je ne voulais pas qu'on perde ça, ajoute Claude Bourque.

Isaac Leblanc, membre du collectif, a pris des photos du processus de construction. Toutes les vidéos qu'on a tournées, les photos, on va tout donner ça au Musée de la mer et possiblement qu'on va exposer le bateau au musée, espère Camil Leblanc.

Claude Bourque et Camil Leblanc avec un moteur Acadia pour bateau.

Claude Bourque et Camil Leblanc travaillent sur le futur moteur Acadia du bateau de type cul-pointu qu'ils ont construit.

Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier

D'initier les jeunes à venir savoir c'était quoi des bateaux à l'époque, ce n'est pas les gros écrans, ce n'est pas rien, c'est avec ça que les monsieurs pêchaient ici aux îles de la Madeleine à l'époque, c'est un peu de faire revivre ça. D'entendre un matin de brumes, "toc-o-toc-o-toc-o-toc-toc", murmure Claude Bourque, plein de nostalgie.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

Histoire