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Les francophones plus durement touchés par le manque de médecins

Médecin tenant un stéthoscope

Trouver un médecin qui parle français à Kingston n'est pas une mince affaire.

Photo : iStock

Radio-Canada

Lors de son arrivée à Kingston en 2012, Chantale Blanchette n’a pas voulu attendre pour avoir accès à un médecin de famille. Elle en a donc choisi un qui ne parle pas français, un choix qu’elle regrette maintenant.

Quand je suis chez le médecin, que j’essaie d’expliquer une problématique par rapport à mes enfants, dit-elle,j’ai besoin de le faire en français, c’est ça ma langue maternelle et c’est extrêmement important.

Je me suis ramassée dans de drôles de situation parce que j’avais mal compris les termes techniques du médecin.

Chantale Blanchette, résidente de Kingston
Assise chez elle dans la cuisine.

Chantale Blanchette, résidente de Kingston.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

Alors que des milliers d’Ontariens tentent toujours de se trouver un médecin de famille, la tâche semble encore plus difficile pour les francophones de la province qui veulent un médecin qui parle leur langue.

Deux outils sont mis à la disposition des Ontariens par le ministère de la Santé de la province.

Le premier, Accès Soins, où les familles sont placées sur une liste d’attente jusqu’à ce qu’un employé du Réseau local d'intégration des services de santé (RLISS) de leur région trouve un médecin disponible.

La deuxième option : l’outil Find a Doctor (« Trouver un médecin ») offert par l'Ordre des médecins et chirurgiens de l'Ontario et accessible uniquement en anglais. 

Radio-Canada a toutefois constaté que cette liste porte à confusion et que des informations importantes ne s'y trouvent pas.

Pour la région de Kingston uniquement, la liste dénombre 46 médecins accrédités pour pratiquer la médecine familiale pouvant s’exprimer en français.

De ce nombre, en date du mois de juillet 2019, seulement 10 pratiquent encore la médecine familiale civile (un bon nombre de médecins qui pratiquent à la base militaire figurent sur la liste, mais la population générale n'a pas accès à leurs services). Aucun d’entre eux n’accepte de nouveaux patients.

À Kingston, une cinquantaine de familles francophones auraient fait les démarches pour avoir accès à un médecin de famille francophone, sans succès.

Une situation complexe

La situation est complexe à Kingston, puisque plusieurs familles s'y installent parce qu’un des conjoints travaille la base militaire.

Selon Philippe Archambault, qui a occupé le poste pilote de navigateur des services de santé francophones pour le RLISS du Sud-Est jusqu’en mars 2019, le partenaire qui n’est pas dans l’armée ainsi que les enfants ne sont pas suivis par le médecin en service à la base militaire. 

Il est assis devant un jardin de fleurs.

Philippe Archambault a occupé le poste temporaire de navigateur des services de santé francophones pour le RLISS du Sud-Est, de mars 2018 à mars 2019.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

J’ai réussi à trouver un médecin francophone pour trois familles en un an dans mon poste, alors que j’en avais environ 40 sur la liste qui en cherchaient un. Et il y en a encore plus qui se sont ajoutés depuis et qui attendent toujours.

Philippe Archambault

M. Archambault avait utilisé la liste de l'Ordre des médecins et chirurgiens lors de ses recherches. Il déplore l’inexactitude des données.

Il y en a qui ne pratiquent plus la médecine familiale, d’autres qui se sont spécialisés, certains disent parler français, mais qui sont incapables de servir un patient dans cette langue. C’est très décevant.

Philippe Archambault

Le Dr John Rapin figure sur la liste de l'Ordre. Il s’exprime en français, mais il est à la retraite depuis 2017. Son nom apparaît toutefois toujours sur la liste de l'Ordre des médecins.

À 73 ans, il siège au conseil de l'Ordre.

Il reçoit, de temps en temps, des appels de francophones de Kingston à la recherche d’un médecin de famille, des résidents qui, comme Radio-Canada, ont fait une recherche sur l’outil de l'Ordre des médecins.

Le docteur est assis chez lui, devant le lac Ontario.

À 73 ans, le Dr John Rapin siège au conseil de l'Ordre des médecins et chirurgiens.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Pepin

Le mandat de l'Ordre est la protection du public; de s’assurer que les médecins qui ont un permis de pratique sont bien entraînés et continuent de se former. C’est ça le vrai mandat, cela n’a jamais été de trouver des médecins.

Dr John Rapin, membre du conseil de l'Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario

Il explique que l'Ordre peut aider, un peu. Mais comme vous l’avez découvert, ce n’est pas seulement à Kingston que la liste est comme ça, c’est partout. Et, c’est la ministre qui devrait se saisir de ce problème.

D’ici là, il invite les Ontariens à s’inscrire au service Accès Soins et à être patients.

Le Dr Rapin a lui-même fait face au problème l’an dernier. Il a dû intervenir auprès d’un collègue de longue date pour qu’il accepte, comme patients, son fils et sa jeune famille.

L'Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario abonde dans le même sens.

Dans une déclaration écrite, les responsables expliquent que, comme exigé par la Loi sur les professions de la santé réglementées (LPSR), l'Ordre rend disponible au public sa liste de médecins, l’information sur le type de pratique médicale et l’historique disciplinaire. Le rôle de l'Ordre n’est pas d’aider les patients à trouver un médecin.

De son côté, le ministère de la Santé de l’Ontario réitère les obligations en vertu de la LPSR et ajoute que les informations sur les médecins agréés ainsi que le statut de leur pratique médicale doivent être à jour.

Un porte-parole du ministère nous recommande de contacter l'Ordre des médecins et chirurgiens de l’Ontario pour toute question relativement à l’exactitude de la liste disponible en ligne.

Aux municipalités de s’en charger? 

Chantale Blanchette elle, aimerait bien abandonner son médecin anglophone, mais elle craint d'être mise sur une liste d’attente pendant plusieurs années avant d’en trouver un qui s’exprime en français.

Y’a une pénurie de médecins en général on le sait, presque dans tout le pays, mais du côté francophone, c’est encore plus grave. Je pense qu’il devrait y avoir un effort, au niveau municipal pour s’assurer qu’il y a des services pour les francophones, mais, ça ne semble pas être une priorité.

Chantale Blanchette, résidente de Kingston

Selon Profession Santé Ontario, qui publie sur Internet la liste des emplois disponibles dans le domaine de la santé primaire, les municipalités participent à des groupes mis sur pied pour pallier au manque de professionnels de la santé dans chaque région.

À l’heure actuelle, pour Kingston uniquement, 20 emplois en santé sont affichés dont plusieurs postes de médecins de famille. 

Selon les plus récentes données du RLISS du Sud-Est, 4073 résidents de la région de Kingston sont sur une liste d’attente pour avoir accès à un médecin de famille. Le RLISS sait qu'ils sont plus nombreux encore, parce que certains décident de ne pas s’inscrire à Accès Soins.  

L’agence de la santé compte, pour la même région, 185 médecins de famille et 28 infirmières praticiennes.

Toronto

Santé publique