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V, le morceau francophone qui manquait à Bell Média

L'édifice de Bell Média au centre-ville de Montréal

En faisant l'acquisition de V, Bell Média se place aux côtés des grands joueurs de la télévision au Québec : Radio-Canada et Québecor.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Daniel Blanchette Pelletier

L’acquisition du réseau de télévision généraliste V par Bell Média accentue la concentration des médias, mais vient du même coup équilibrer les forces sur le marché québécois, selon un expert.

Oui, il y a un joueur de moins, reconnaît Pierre Bélanger, professeur titulaire au Département de communication de l’Université d’Ottawa. Mais [avec V, Remstar] était le plus petit joueur.

Un des scénarios aussi sur la table était la fermeture, rappelle cet expert des médias.

Le meilleur scénario restait celui d’assurer la survie de la chaîne et de la confier à quelqu’un qui a la capacité de la mener à la prochaine étape, poursuit-il.

Une chaîne généraliste totalement indépendante, c’est difficile à maintenir aujourd’hui dans l’économie actuelle de notre télévision, appuie Sylvain Lafrance, directeur du Pôle médias à HEC Montréal.

La télévision québécoise en sort gagnante à leur avis. On a toujours revendiqué et prié pour la diversité et la multiplication des voix, pour éviter les monopoles, enchaîne Pierre Bélanger.

Maintenant, on a un joueur de taille qui va pouvoir rivaliser en qualité, en talent, en budget, en force de frappe et en rayonnement avec les deux grands joueurs de la télévision généraliste en français au Québec.

Pierre Bélanger, Université d’Ottawa

Radio-Canada et Québecor, avec TVA, LCN et son réseau de chaînes spécialisées, dominent le marché télévisuel québécois. Avec cette transaction, Bell vient les rejoindre.

Comme le prévoyait Pierre Bélanger, Québecor s'oppose à la transaction.

V était un petit joueur qui ne dérangeait pas trop, explique l’expert des médias. La donne vient de changer, puisque l’expertise de Bell est immense, selon lui, en plus d’être présent partout au pays, autant en français qu’en anglais.

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Péladeau, estime pour sa part que la transaction est un pas de plus vers le retour d'un monopole.

Repères

Mis à part la chaîne V, le Groupe V Média possède également les chaînes spécialisées ELLE Fictions et MAX, qui ne font pas partie de la transaction.

Celle-ci comprend toutefois les actifs numériques de l’entreprise, tels que la plateforme de contenu et vidéo sur demande Noovo.ca, la boutique en ligne BoutiqueNoovo.ca et le site d’information sportive 25Stanley.

Sauver V

L'édifice de V à Montréal.

Après avoir récupéré TQS en faillite, le Groupe Remstar vend V à Bell Média.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

En faillite, le réseau télévisé TQS a été acheté par Remstar, propriété de la famille Rémillard, qui l'a rebaptisé « V » après avoir sabré le service de nouvelles en 2009.

Bell Média avait tenté d’acquérir V il y a quelques années, mais la transaction avait échoué. Sa nouvelle approche auprès de Remstar arrive à point nommé, selon Pierre Bélanger.

Remstar voit très bien qu’il est le dernier petit joueur encore debout et que c'est une de ses dernières chances de larguer le morceau pour ne pas rester pris avec, croit-il.

Le montant de la transaction entre les deux entreprises n’a pas été dévoilé.

Sur le plan de la stratégie commerciale, c’est une bonne affaire pour Bell, qui l’achète sûrement au rabais, poursuit-il. La chaîne a déjà valu plus cher qu’elle le vaut aujourd’hui.

Il voit l'acquisition comme une bonne nouvelle, qui vient assurer la pérennité de la chaîne et sécuriser des emplois. C’est bon pour la business de la production culturelle, de divertissement et de documentaires, poursuit l’expert.

On avait un enfant gravement malade, V, et là un grand frère, Bell Média, avec les poches extrêmement profondes qui vient à son secours. On sécurise quelque chose qui risquait de s’effondrer.

Pierre Bélanger, Université d’Ottawa

Pour cette raison, Pierre Bélanger croit même que l’offre va séduire le CRTC.

Quant à Bell, le géant canadien des télécommunications ajoute à son offre la seule chose qui lui manquait : une chaîne généraliste de langue française.

Bell voit là-dedans la carte maîtresse qui lui manquait dans son jeu, assure Pierre Bélanger. Du côté anglais, Bell a déjà des chaînes spécialisées et une immense chaîne généraliste, CTV, et des radios. Du côté français, même chose, sauf pour la chaîne généraliste.

Bell et les médias

2010 : Bell acquiert CTV pour 1,3 milliard de dollars. La transaction inclut des canaux spécialisés, dont TSN et RDS, et une trentaine de stations de radio.

2013 : Bell et Astral fusionnent pour 3,4 milliards de dollars, et le géant des télécommunications met la main sur des dizaines de stations de radio et des chaînes de télévision spécialisées.

2019 : Bell annonce l’acquisition du Groupe V Média.

Argument publicitaire

Entrevue avec Sylvain Lafrance, directeur du Pôle médias à HEC Montréal, à l'émission 24/60

En diversifiant ses acquis, Bell devient également plus alléchant pour les publicitaires.

Ça permet de créer une offre plus concurrentielle, explique Sylvain Lafrance de HEC Montréal, en entrevue à l'émission 24/60. Je vous offre des chaînes spécialisées, une généraliste, du web et même de la radio dans des forfaits qui permettent au public annonceur plus d’auditoires à un meilleur prix.

Un avantage dont profite aussi le principal concurrent de Bell Média, Québecor, précise Sylvain Lafrance.

S’opposer au GAFA

Non seulement Bell pourra ainsi séduire des annonceurs, mais il vient aussi sécuriser des parts de marché francophones contre les GAFA, les géants du web que sont Google, Apple, Facebook et Amazon.

Aujourd’hui, la concurrence c’est celle de Netflix et des GAFA. On est dans un eldorado extraordinaire pour le téléspectateur. Et pour ceux qui conçoivent la télévision, c’est un casse-tête assez complexe de savoir comment continuer à la financer.

Sylvain Lafrance, Pôle médias,HEC Montréal

Bell va tenter, ajoute Pierre Bélanger, de ralentir leur domination du marché en proposant à son tour du contenu sur mesure à ses abonnés.

Le Bureau de la concurrence du Canada et le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) doivent encore approuver la transaction Bell Media-V.

Posséder une chaîne de télé généraliste, c'est un privilège qui vient avec un certain nombre de responsabilités, rappelle Pierre Bélanger.

L'expert des médias croit qu'il faut s'attendre à ce que le CRTC ait des exigences envers Bell. Il pourrait entre autres demander le retour d’un service de nouvelles, comme le proposent ses deux concurrents sur leur chaîne généraliste.

Pour être une vraie chaîne généraliste, il faut être très présent dans le quotidien des téléspectateurs, soutient Sylvain Lafrance. Et les nouvelles, ça aide à cette présence quotidienne. Ce serait une bonne stratégie pour Bell.

Cela dit, l’information est un produit assez coûteux, convient-il.

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