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L’Alberta, dernière province sans plan de lutte contre la pauvreté

L'Alberta est devenue la seule province sans Plan de lutte contre la pauvreté.

Photo : Getty Images / Bogdan Khmelnytskyi

Marie-Pier Mercier

L’Alberta est devenue, depuis peu, la seule province canadienne sans plan de lutte contre la pauvreté. Bien que la province possède un taux de pauvreté inférieur à la moyenne canadienne, les inégalités entre les riches et les pauvres y sont parmi les plus importantes au pays.

Depuis l’adoption au Québec de la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, en 2002, toutes les autres provinces, les territoires et Ottawa (Nouvelle fenêtre) ont adopté leur propre stratégie. La Colombie-Britannique est la dernière à l’avoir fait, en mars.

L’Alberta a, quant à elle, introduit diverses mesures au cours des dernières années, sans plan global défini, notamment la prestation pour enfants de l'Alberta et l’augmentation du salaire minimum.

Mais sans stratégie concrète et échéanciers, il est difficile de fixer des objectifs et de les atteindre, explique Ron Kneebone, professeur d’économie à l'École des politiques publiques de l’Université de Calgary.

« Ce que l’Alberta n’a pas fait comparativement à ailleurs au pays, c’est de réunir des experts et de consulter la population pour repenser l’ensemble des mesures. Cela permettrait de déterminer ce qu’on peut faire mieux », dit-il.

Selon Ron Kneebone, il est temps d’adopter une stratégie provinciale.

« Nous faisons la même chose depuis des années. Les gens en situation de pauvreté ne sont plus les mêmes qu’avant », dit-il.

Le visage changeant de la pauvreté

Dans les années 80 par exemple, la plupart des gens en situation de pauvreté avaient des enfants. Ce n’est plus le cas maintenant. Selon Statistique Canada, ce sont aujourd'hui les personnes seules qui sont les plus touchées.

Ron Kneebone croit qu’une stratégie provinciale permettrait au gouvernement de mieux cerner les lacunes du système et de mieux adapter les services.

Damien Lachat, travailleur de rue à Edmonton, constate que les services disponibles ne ciblent pas nécessairement les plus vulnérables.

« Beaucoup utilisent des drogues, ce qui complique les problèmes de santé mentale et il y a un grand manque d’accès à ces services. S’il faut attendre plusieurs mois avant d’avoir accès à un centre de réhabilitation, souvent la personne se retrouve dans la rue », dit-il.

Damien Lachat et ses collègues discutent avec un sans-abri.

Damien Lachat, travailleur de rue à Edmonton, discute avec un sans-abri qui doit défaire son abri de fortune après se l'être fait demander par la police.

Photo : Radio-Canada / Richard Marion

La province n’aurait pas nécessairement besoin d’investir davantage, croit Ron Kneebone, seulement de mieux répartir ses dépenses, et ce, même si l’Alberta n’a pas de taxe de vente, une source de revenus considérable pour les autres provinces.

La pression sur les villes

Avec la crise économique des dernières années et la crise des opioïdes qui frappe l’ouest du pays, les inégalités ne cessent de s’accentuer dans la province.

À Calgary, par exemple, l’augmentation de l’inégalité des revenus après impôt est quatre fois plus élevée que la moyenne nationale, selon une étude des comptables professionnels agréés du Canada.

Les effets sont visibles dans le centre-ville de la métropole ou dans la capitale, Edmonton : bon nombre d’itinérants intoxiqués en plein quartier des affaires, des abris de fortune installés près des métros ou dans des parcs, des seringues souillées gisant sur le sol.

Un sans-abri qui marche torse nu au loin.

En l'absence d'une stratégie provinciale, les villes ont dû établir leur propre plan.

Photo : Radio-Canada

En l'absence d'une stratégie provinciale, les villes ont dû établir leur propre plan, notamment Calgary, Canmore, Edmonton, Grande Prairie, Lethbridge, Medicine Hat, Red Deer et le district municipal de Wood Buffalo qui comprend Fort McMurray.

« Je leur réponds, allez voir votre patron »

Edmonton en particulier sent bien la pression sur ses épaules, comme si c’était à elle que revenait la responsabilité de régler le problème.

Scott McKeen, conseiller municipal du centre-ville de la capitale où se retrouvent la grande majorité des sans-abri, est frustré.

« [La pauvreté et l’itinérance] sont devenues mes priorités. Ce n’est pas le développement économique, comme la plupart des gens pourraient penser, mais la dépendance chronique, la santé mentale, le désordre social, les logements abordables. Tout cela fait partie du problème principal », déplore-t-il.

Il explique qu’il se fait souvent interpeller par des médecins ou des juges qui déplorent le fait qu’ils doivent envoyer leurs patients ou les criminels dans la rue. « Ils viennent me voir pour des solutions », lance-t-il.

« Je leur réponds, allez voir votre patron [la province] », dit-il, ironiquement.

Selon lui, l’Alberta a tout intérêt à investir davantage pour combattre la pauvreté, particulièrement dans les logements abordables, pour la simple et bonne raison que le fléau coûte plus cher que les solutions.

En effet, selon l’organisme Centraide de la région d'Edmonton, la pauvreté coûte à l’Alberta de 7 à 9,5 milliards de dollars (Nouvelle fenêtre) chaque année.

Dans une déclaration par courriel envoyée à Radio-Canada, le ministère des Aînés et des Logements affirme que le gouvernement albertain s'est engagé à offrir des logements abordables. Il examinera les modèles existants et veillera « à ce que le gouvernement ne retarde pas inutilement les projets ».

Toutefois, le maire de Lethbridge, Chris Spearman, contacté par Radio-Canada affirme que les 11,2 millions de dollars de financement, promis par l'ancien gouvernement néo-démocrate en logements abordables, ont été mis en attente par les conservateurs.

Le ministère de la Communauté et des Services sociaux n'a, quant à lui, pas répondu à nos questions.

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