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Des pays européens veulent sécuriser le détroit d’Ormuz sans les Américains

Un vedette des Gardiens de la révolution islamique avec en arrière-plan le pétrolier britannique Stena Bulk.

Une vedette des Gardiens de la révolution islamique passant près du navire britannique Stena Bulk, arraisonné le 19 juillet dans le détroit d'Ormuz.

Photo : Reuters

Reuters

La France, l'Italie et le Danemark ont donné leur feu vert de principe à une proposition britannique visant à créer une mission navale européenne pour assurer la sécurité dans le détroit d'Ormuz, a-t-on appris mardi auprès de trois sources diplomatiques européennes.

Cette proposition a été formulée lundi par le secrétaire au Foreign Office, Jeremy Hunt, devant la Chambre des communes, en réponse à la saisie trois jours plus tôt d'un pétrolier britannique, le Stena Impero, dans la région.

Le soutien prudent à cette idée, exprimé lors d'une réunion de diplomates à Bruxelles, contraste avec l'accueil froid que les Européens, soucieux de ne pas envenimer la situation avec l'Iran, avaient réservé à la proposition formulée à la fin de juin par Donald Trump de bâtir une coalition maritime internationale dans le Golfe.

« Il est plus facile pour les Européens de se rassembler autour de la requête britannique. La liberté de navigation est essentielle, elle est distincte de la campagne américaine de pression maximale sur l'Iran », a commenté un haut diplomate.

Londres a testé son idée lors de la réunion de Bruxelles, insistant sur le fait que cette mission n'impliquerait ni l'Union européenne, ni l'Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN ), ni les États-Unis directement.

Des responsables des ministères britanniques de la Défense et des Affaires étrangères ont discuté avec leurs homologues allemands, français, espagnols et italiens des contours de cette force navale qui ferait probablement intervenir non seulement des navires, mais aussi des avions. Les Pays-Bas examinent également la requête britannique.

Selon une des sources contactées par Reuters, la mission pourrait être conduite par un commandement naval franco-britannique. La Grande-Bretagne a une base navale à Oman, et la France, aux Émirats arabes unis.

Toute mission devrait cependant obtenir l'aval des parlements dans certains des pays concernés, ont souligné les sources diplomatiques.

« Une vision à l’inverse de l’initiative américaine »

Un diplomate allemand a précisé que le chef de la diplomatie Heiko Maas était en contact étroit avec Jeremy Hunt et Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères.

Lors de la séance de questions à l'Assemblée nationale, ce dernier a confirmé que Paris travaillait avec le Royaume-Uni et l'Allemagne à « une initiative européenne » en faveur d'une meilleure sécurisation du golfe Arabo-Persique, « à l'inverse » des États-Unis, afin de contribuer à une désescalade.

« Nous sommes dans la condamnation de cette action [la saisie par l’Iran d’un pétrolier britannique], mais aussi dans la recherche d'une meilleure sécurisation de la zone maritime du golfe Persique », a déclaré Jean-Yves Le Drian.

« C'est pour cette raison que nous engageons en ce moment une initiative européenne avec les Britanniques, avec les Allemands, pour faire en sorte qu'il y ait une mission de suivi et d'observation de la sécurité maritime dans le Golfe », a dit Jean-Yves Le Drian, sans entrer dans le détail.

Cette vision est à l'inverse de l'initiative américaine qui est la volonté d'une pression maximum pour faire en sorte que l'Iran revienne sur un certain nombre de ses objectifs.

Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères

« À cet égard, il faut aller même au-delà et penser ensemble une logique de sécurisation commune dans le Golfe de manière diplomatique. Ainsi on sera vraiment dans une logique de désescalade », a dit Jean-Yves Le Drian.

Réagissant à la proposition britannique, l'Iran a estimé que les puissances étrangères devaient laisser les puissances régionales se charger de la sécurité maritime dans le Golfe. L'Arabie saoudite, l'Iran, les Émirats arabes unis, le Koweït et l'Irak exportent la majeure partie de leur production pétrolière par le détroit d'Ormuz.

Échange franco-iranien

En visite à Paris, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a assuré, selon l'agence iranienne Irna, que l'Iran « s'emploierait du mieux possible à sécuriser la région, en particulier le détroit d'Ormuz, et ne permettrait pas de troubles dans la navigation dans cette zone sensible ».

Le responsable iranien a remis à Emmanuel Macron un message du président Hassan Rohani. « Ils [Macron et Araqchi] ont tous les deux souligné la nécessité de recourir à la diplomatie pour apporter la paix au monde », a indiqué l'agence Irna.

« Ces échanges se sont inscrits dans le cadre des efforts pour éviter une augmentation supplémentaire des tensions », a déclaré le Quai d'Orsay dans un communiqué.

« Ils ont permis [...] de rappeler à l'envoyé du président iranien que nous attendons de l'Iran qu'il revienne rapidement en conformité avec ses engagements au titre de l'accord de Vienne » sur le nucléaire.

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