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Boris Johnson, chantre du Brexit, devient chef des conservateurs britanniques

Boris Johnson, les deux pouces en l'air en signe de victoire.

Boris Johnson ne s'est pas fait prier pour célébrer sa victoire à son arrivée au quartier général du Parti conservateur après l'annonce des résultats.

Photo : Associated Press / Aaron Chown

Radio-Canada

L'ex-ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a facilement remporté la course au leadership du Parti conservateur. Il sera nommé premier ministre du Royaume-Uni par la reine Élisabeth II, mercredi, après la démission de Theresa May.

Figure de proue du camp pro-Brexit, M. Johnson a récolté 66,1 % des suffrages exprimés par les membres du parti contre 33,5 % pour son seul rival, Jeremy Hunt, selon les résultats dévoilés mardi par le comité 1922, responsable de l'organisation des Tories.

Au total, 87,4 % des 159 320 membres du parti ont enregistré leur préférence pour l'un ou l'autre des deux hommes, préalablement sélectionnés par les députés conservateurs lors de scrutins internes menés à la fin de juin.

La victoire de Boris Johnson augmente considérablement la probabilité que le Royaume-Uni quitte l'Union européenne (UE) sans accord de divorce préalable; il a promis en campagne qu'il concrétisera le Brexit au plus tard le 31 octobre, coûte que coûte.

Prenant la parole après l'annonce des résultats, l'homme de 55 ans s'est montré magnanime envers M. Hunt et Mme May, avant d'y aller d'une profession de foi conservatrice et de réitérer ses principaux objectifs.

Nous savons quel a été le mantra de la campagne qui vient de se terminer [...] C'est de concrétiser le Brexit, d'unifier le pays et de défaire [le chef travailliste] Jeremy Corbyn. Et c'est ce que nous allons faire.

Boris Johnson, chef du Parti conservateur britannique

Je dis à tous ceux qui doutent que nous allons dynamiser ce pays, nous allons réaliser le Brexit pour le 31 octobre, nous allons saisir toutes les occasions que cela va offrir, dans un esprit optimiste, et nous allons de nouveau croire en nous-mêmes, a-t-il ajouté.

Le reportage de Florence Ngué-No

À la tête d'un parti profondément divisé

Figure polarisante s'il en est une, Boris Johnson n'a pas éludé le fait que de nombreux Britanniques, dont des membres de son propre parti, doutent de sa capacité à diriger la cinquième puissance économique mondiale.

Je sais que beaucoup de gens se questionnent sur la sagesse de votre décision. Il y a peut-être même des gens ici qui se demandent ce qu'ils viennent de faire! Je vous ferais remarquer que, bien sûr, personne ni aucun parti n'a le monopole de la sagesse.

Boris Johnson, chef du Parti conservateur britannique

L'élection de M. Johnson, qui héritera d'un gouvernement minoritaire soutenu par le Parti unioniste démocrate nord-irlandais (DUP), change considérablement le rapport de force au sein du Parti conservateur, au pouvoir depuis plus de neuf ans.

Le tumultueux mandat de Theresa May, portée au pouvoir après la victoire du camp pro-Brexit au référendum de juin 2016, a été marqué par la virulente opposition des plus farouches partisans du Brexit, qui l'accusaient de vouloir rester trop proche de l'UE.

M. Johnson est plutôt un partisan de la rupture franche et sans appel avec l'UE. L'opposition au sein des rangs du parti viendra dorénavant de ceux qui veulent à tout prix éviter un départ désordonné de l'Union européenne, ce que redoutent particulièrement les milieux financiers de la City.

Opposés à un Brexit sans accord, le ministre des Finances, Philip Hammond, et ses collègues de la Justice et du Développement international, David Gauke et Rory Stewart, ont déjà annoncé qu'ils entendent remettre leur démission avant que M. Johnson ne soit officiellement désigné premier ministre.

Les mêmes raisons ont déjà poussé la ministre d'État au Développement des compétences, Anne Milton, à remettre sa démission mardi, avant même que les résultats de la course à la direction ne soient dévoilés. Le ministre d'État pour l'Europe et les Amériques, Alan Duncan, a fait de même lundi.

Jeremy Hunt, qui est ministre des Affaires étrangères, a cependant eu de bons mots pour son rival, malgré leurs désaccords. Vous allez être un grand premier ministre pour notre pays dans ce moment crucial, a-t-il écrit sur Twitter.

Pendant toute la campagne, vous avez montré de l'optimisme, de l'énergie et une confiance sans bornes dans notre merveilleux pays, et nous avons besoin de ça.

Jeremy Hunt, ministre des Affaires étrangères et candidat défait à la direction du Parti conservateur

L'ancienne leader du gouvernement à la Chambre des communes, Andrea Leadsom, qui aspirait aussi à diriger le parti, a également tenté de rallier les troupes conservatrices derrière leur nouveau chef.

Au moins deux tiers des voix sont allés à Boris, ce qui démontre qu'il s'agit d'une victoire très, très nette, que doit appuyer l'ensemble du parti. Je pense que Boris sera fantastique, a-t-elle commenté.

Si vous n'êtes pas prêts à quitter l'UE, vous n'obtiendrez jamais une renégociation, a-t-elle affirmé.

Entrevue avec l'éditorialiste de « The Times » Michael Binyon à l'émission « 24/60 »

« Il sera formidable », croit Trump

Le président américain Donald Trump a été l’un des premiers à féliciter Boris Johnson de sa victoire. Il sera formidable, a-t-il déclaré sur Twitter dans les minutes qui ont suivi l’annonce des résultats.

J'aime bien Boris Johnson, je lui ai parlé hier, je pense qu'il fera un excellent travail, avait-il indiqué vendredi. J'ai toujours aimé Boris. C'est quelqu'un d'original, mais on dit que moi aussi, je suis quelqu'un d'original. On s'entend bien.

Je pense que la première ministre précédente a fait du très mauvais boulot sur le Brexit, avait-il ajouté par la même occasion. C'est un désastre et il n'y a aucune raison que ce soit le cas. Je pense que Boris va régler le dossier.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a lui aussi félicité Boris Johnson de sa victoire sur Twitter. Il a écrit : « J'ai bien hâte de travailler avec vous pour entretenir les liens d'amitié étroits qui unissent le Canada et le R.-U., accroître nos échanges commerciaux et créer plus d'emplois pour les gens de nos deux pays ».

Le président français Emmanuel Macron, fermement opposé à un Brexit sans accord, comme tous les dirigeants de l’UE, a aussi félicité le futur premier ministre. Il a dit être très désireux de travailler avec lui, et a fait savoir qu'il l'appellerait dès qu'il serait officiellement désigné premier ministre.

De son côté, la chancelière allemande Angela Merkel a également félicité le nouveau premier ministre britannique en insistant sur le fait qu'elle voulait poursuivre « l'amitié étroite » avec la Grande-Bretagne, en plein divorce avec l'UE.

« Je félicite Boris Johnson et je me réjouis d'une bonne coopération. Nos deux pays doivent continuer à être unis par une amitié étroite », a écrit la dirigeante sur Twitter par l'intermédiaire de sa porte-parole, Ulrike Demmer. Mme Merkel se trouve actuellement en vacances.

Le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, Michel Barnier, a pour sa part déclaré sur Twitter avoir hâte de travailler de façon constructive avec le premier ministre Boris Johnson […] pour faciliter la ratification de l'accord de retrait et permettre un Brexit ordonné.

La Commission européenne a régulièrement fait savoir qu’il n’existait pas d’autre accord possible que celui qui a été conclu, puis minimalement amendé par le gouvernement de Mme May. Cet accord a été rejeté trois fois plutôt qu’une par le Parlement britannique.

M. Johnson a même reçu les félicitations du ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, malgré le conflit larvé qui oppose actuellement Londres et Téhéran.

Téhéran a saisi vendredi dernier un pétrolier britannique qui naviguait dans le détroit d'Ormuz, point de passage névralgique pour le commerce du pétrole, en représailles à l'arraisonnement par la marine britannique d'un pétrolier iranien, le 4 juillet, au large du territoire britannique de Gibraltar.

Jeremy Hunt, qui a succédé à Boris Johnson à titre de chef de la diplomatie britannique l'an dernier, a annoncé lundi que Londres souhaite mettre sur pied une mission de protection maritime sous commandement européen pour garantir le libre passage des navires dans la région.

L'Iran ne cherche pas la confrontation. Mais nous avons 1500 milles [plus de 2400 km, NDLR] de côtes sur le golfe Persique. Ce sont nos eaux et nous les protégerons, a écrit M. Zarif sur Twitter.

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