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Un système à deux vitesses pour l’art public à Rimouski?

La sculpture « Les trois patineuses » de Roger Langevin au parc Beauséjour de Rimouski.

La sculpture « Les trois patineuses » de Roger Langevin au parc Beauséjour de Rimouski

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les œuvres d'art offertes en don à la Ville de Rimouski sont soumises à un processus de sélection moins rigoureux que les œuvres commandées. La Ville n'est pas dans l'obligation de consulter un spécialiste lorsqu'elle accepte un don, un fait dénoncé par des membres de la communauté artistique.

À l'inverse, les œuvres commandées par l'entremise d'un concours d'art public doivent passer par des comités sur lesquels se retrouvent obligatoirement un spécialiste des arts, des spécialistes de l’architecture, de l’architecture paysagère ou de l’ingénierie et même des représentants citoyens.

Ces œuvres sont analysées par trois comités distincts, tandis qu'une œuvre offerte à la Ville est analysée par un seul comité, le comité de coordination de l’art public. Ce dernier est formé de fonctionnaires et n'inclut aucun membre de la communauté artistique.

La sculpture « La lectrice » de Roger Langevin à la bibliothèque Lisette-Morin de Rimouski

La sculpture « La lectrice » de Roger Langevin à la bibliothèque Lisette-Morin de Rimouski

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

La Politique d'art public de la Ville de Rimouski établit que le comité en question n'est pas dans l'obligation de consulter un spécialiste de l'art, mais peut le faire en cas de besoin.

Dans les deux cas, une recommandation est formulée au conseil municipal, qui doit ensuite adopter une résolution pour accepter l'œuvre.

Il y a deux choses : il y a ce que la Ville veut comme art public, [ce] qu’elle décide de faire commander comme art public, et les dons qui nous sont proposés, explique la directrice du service des loisirs, de la culture et de la vie communautaire pour la Ville de Rimouski, Karine Desrosiers.

L’approche multidisciplinaire favorisée par la politique s’applique donc uniquement aux œuvres commandées.

C’est que quand on demande une œuvre, on l’invente de zéro. Quand on a le don, la personne nous arrive avec le projet. Ce n’est pas le même processus.

Karine Desrosiers, directrice du service des loisirs, de la culture et de la vie communautaire pour la Ville de Rimouski

À l’origine, la Politique d’art public a pourtant été mise en place pour harmoniser l’art sur le territoire de la Ville de Rimouski, en raison notamment des nombreux dons proposés par des artistes à la Ville. Un fait que confirme Mme Desrosiers.

Gros plan sur le visage d'une statue représentant un homme qui regarde au loin.

La sculpture représente Toussaint Cartier, l'ermite qui a vécu sur l'île Saint-Barnabé au 18e siècle.

Photo : Radio-Canada / Maxence Matteau

Consulter des spécialistes

Les deux processus de sélection parallèles sont dénoncés par certains membres de la communauté artistique. L'enjeu a fait surface lors de l’inauguration de la sculpture de Toussaint Cartier plus tôt ce mois-ci. L’œuvre a été offerte gratuitement à la Ville de Rimouski, qui a toutefois déboursé 10 000 $ pour son installation.

La sculpture a été recommandée par le comité de coordination de l'art public qui n'a pas fait appel à un spécialiste en art, selon le porte-parole de la Ville.

La conservatrice de l’art contemporain au Musée régional de Rimouski, Ève De Garie-Lamanque, estime pourtant qu’un spécialiste de l’art devrait être consulté, autant pour un don d’œuvre qu’une commande.

S’il y a en effet un système à deux vitesses, je suis désolée, mais ce n’est pas acceptable, déplore-t-elle.

Que ce soit dans n’importe quelle autre ville ou dans n’importe quelle institution muséale, lorsqu’il y a acquisition de quelque chose, on doit toujours obligatoirement faire appel à des spécialistes qui ont une expertise reconnue parce que sinon, ce n’est pas professionnel et à ce moment-là, il n’y a aucun gage de qualité.

Ève De Garie-Lamanque, conservatrice de l’art contemporain au Musée régional de Rimouski

Ces spécialistes doivent entre autres s’assurer que l’œuvre est un exemple exceptionnel de la production de l’artiste, ou d’une période de sa production.

La sculpture « L'arbre du millénaire » d'André Gamache située à Pointe-au-Père à Rimouski.

La sculpture « L'arbre du millénaire » d'André Gamache située à Pointe-au-Père à Rimouski

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Selon la conservatrice, des œuvres, même exceptionnelles, peuvent aussi être refusées si elles ne correspondent pas à la vision artistique d’un organisme ou si elles ne s’harmonisent pas bien au reste de la collection.

Elle précise que le processus de sélection pour le concours d’art lancé par la Ville de Rimouski en 2018 pour la caserne de pompier était très professionnel. L'offre était commandée, le processus incluait donc des membres de la communauté artistique.

Plus de diversité

Le manque de consultation de la communauté artistique se manifeste par un manque de diversité dans l’art public à Rimouski, selon l’artiste sculpteur Jeff Alarie, qui est aussi propriétaire de la galerie d’art Alarie art contemporain à Rimouski.

Le problème, ce n’est pas l’artiste, c’est la sélection. C’est encore des gens qui ne connaissent peut-être pas autre chose et qui n’ont pas le goût d’autres choses qui sélectionnent ça.

Jeff Alarie, artiste sculpteur

On a besoin d’autre chose et c’est ma mission ici, c’est d’exposer pas juste des familles heureuses, pas juste de l’histoire. C’est aussi ludique de l’art. C’est aussi moche. C’est des fois tristes. J’ai déjà vu une femme pleurer devant une œuvre, poursuit-il.

Une sculpture de Roger Langevin au parc Beauséjour de Rimouski.

Une sculpture de Roger Langevin au parc Beauséjour de Rimouski

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Il explique qu’on peut par exemple retrouver, dans certaines villes comme Montréal et Trois-Rivières, des sculptures de 10 artistes différents dans un seul parc.

À Rimouski, un seul artiste a produit 15 des 25 sculptures monumentales énumérées sur le site web de la Ville.

La sculpture « Première envolée » de Roger Langevin au parc Beauséjour de Rimouski.

La sculpture « Première envolée » de Roger Langevin au parc Beauséjour de Rimouski

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Des fonctionnaires qualifiés

Le maire de Rimouski, Marc Parent, défend le système en place. Il affirme même que le personnel de la Ville est extrêmement compétent dans le domaine de l'art, surtout au Service des loisirs.

Le maire n'est toutefois pas en mesure d'énumérer certaines des qualifications et des expériences qui permettent aux fonctionnaires d'évaluer une œuvre d'art au même titre que le conservateur d'une collection ou d'un artiste d'expérience.

Il évoque que ses fonctionnaires côtoient les artistes depuis de très nombreuses années et qu'ils sont à l'origine de la Politique d'art public de la Ville.

La sculpture « Les bâtisseurs » de Roger Langevin au parc Beauséjour de Rimouski

La sculpture « Les bâtisseurs » de Roger Langevin au parc Beauséjour de Rimouski

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

Il rappelle aussi que l'ultime décision d'accepter une œuvre revient au conseil municipal. Le comité de coordination possède plutôt un pouvoir de recommandation.

Il pourrait être un peu particulier, lorsque ce n'est pas une sollicitation de la ville, mais que c'est bien une sollicitation de l'artiste, de se tourner vers un autre artiste pour dire "est-ce que c'est un beau travail ou pas?".

Marc Parent, maire de Rimouski

Interrogé sur son ouverture à inclure un spécialiste en art sur le comité de coordination de l'art public, le maire a répondu que l'ajout d'un membre externe était probablement beaucoup plus important lorsque la Ville lançait un concours d'art.

Depuis la mise en place de la Politique en octobre 2015, la Ville a lancé un seul concours d'art public, soit celui pour l'œuvre qui se retrouvera près de la caserne de pompier et du pavillon polyvalent. Elle a accepté deux dons : la statue de Toussain Cartier et la fresque sur le mur nord de l'édifice Telus sur l'avenue de la Cathédrale.

Un autre projet à venir, la Fascinée, a été financé à moitié par la Ville et à moitié par le gouvernement fédéral.

La sculpture « L’arbre de la nation » de Luc Bernard Duquette, près des bureaux de la Société nationale de l'Est du Québec à Rimouski.

La sculpture « L’arbre de la nation » de Luc Bernard Duquette, près des bureaux de la Société nationale de l'Est-du-Québec à Rimouski

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

À titre de comparaison, toutes les œuvres acquises par la Ville de Trois-Rivières doivent être approuvées par un comité formé de cinq personnes : un artiste professionnel du milieu des arts visuels, un représentant du département des Arts plastiques de l’UQTR, un conseiller municipal, le directeur des Arts et de la Culture de la Ville de Trois-Rivière et de la responsable des arts visuels à la Corporation de développement culturel de Trois-Rivières, qui est d’ailleurs la conservatrice de la collection municipale.

La Politique trifluvienne souligne également qu’elle privilégie l’achat comme mode d’acquisition, même si elle considère les autres modes tels que le don, l’échange, l’intégration des arts à l’architecture, le legs et le transfert.

La murale « Le Trimural » conçue par Roger Langevin en collaboration avec un groupe de penseurs de l'Université du Québec à Rimouski (UQAR).

La murale « Le Trimural » conçue par Roger Langevin en collaboration avec un groupe de penseurs de l'Université du Québec à Rimouski

Photo : Radio-Canada / Simon Turcotte

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