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Le site Cartier-Roberval en danger, dénoncent des archéologues

Des archéologues remettent en état le site de fouille archéologique de Cartier-Roberval, à Québec.

Photo : Radio-Canada / Eric Carreau

Nahila Bendali

Alors que l'action a repris au site archéologique Cartier-Roberval, des archéologues qui ont autrefois dirigé les fouilles veulent créer un groupe pour faire pression afin de repenser le projet. Ils craignent que le plan actuel dénature et détruise le site hautement historique.

Depuis fin juin, une équipe d’archéologues mandatée par la Commission de la capitale nationale nettoie les carrés de fouilles pour préserver les vestiges déjà déterrés du berceau de l'Amérique française.

Ils retirent les débris et l’accumulation de sol qui ont recouvert le site depuis l’abandon des fouilles, il y a plusieurs années.

Après avoir remis en état les carrés de fouilles, les vestiges seront numérisés en 3D pour permettre une documentation du site patrimonial et en faire de la réalité augmentée.

À terme, le projet de 8,4 millions de dollars annoncé en décembre prévoit une passerelle, un espace d'interprétation et un belvédère permettant d’avoir une vue à 360 degrés sur le site archéologique et le fleuve dès 2022.

Esquisse de passerelle d'observation qui sera aménagée sur le site archéologique Cartier-Roberval. Des passants observent le fleuve depuis la structure de bois.

Esquisse de passerelle d'observation qui sera aménagée sur le site archéologique Cartier-Roberval.

Photo : CCN

Aménagé par Jacques Cartier

L’endroit est significatif pour l’histoire du Québec et du Canada, puisqu’on y retrouve ce qui serait le premier établissement colonial français en Amérique, aménagé par Jacques Cartier au confluent de la rivière Cap-Rouge et du fleuve Saint-Laurent en 1541.

Le projet est loin de plaire aux archéologues Richard Fiset et Gilles Samson, qui ont dirigé pendant plusieurs années les fouilles de Cartier-Roberval.

Ils veulent lancer un groupe de recherche et d’étude sur le site, afin de réunir des archéologues et des membres du public pour faire pression sur la Commission et obtenir un projet qu’ils estiment plus adéquat avec l’importance historique de ces vestiges.

Les archéologues espèrent ainsi recueillir du financement et poursuivre leurs recherches.

Ce n’est pas une promenade avec du bois moderne et du verre qui va faire en sorte qu’on va penser qu’on est sur un site archéologique.

Gilles Samson, archéologue

Les archéologues déplorent le réenfouissement des vestiges et croient que l’intégrité du site est à risque.

Un enfouissement dangereux?

Dès l’automne, le site exposé sera enfoui à nouveau. Les trous seront recouverts d’une membrane géotextile et de cailloux, explique l’architecte paysagiste chargée de projet pour la mise en valeur du site pour la Commission, Mônica Bittencourt.

C’est pour la protection des vestiges. C’est un site naturel, on a des petits animaux, certains indésirables. C’est pour protéger du climat aussi, précise-t-elle.

Mônica Bittencourt devant le site Cartier-Roberval.

Mônica Bittencourt explique qu'il faut enfouir les vestiges de nouveau, afin de les préserver des intempéries et des animaux.

Photo : Radio-Canada / Eric Carreau

En enfouissant le site de matériau stérile, les nombreux vestiges qui n’ont pas encore été déterrés risquent d’être détruits, s’inquiète pour sa part l’archéologue Richard Fiset.

Les marmottes n’iront pas creuser dans ce matériel-là, ils vont creuser à côté. Ils vont détruire ce qu’il reste, déplore-t-il.

Ce n’est pas un réenfouissement, c’est un enterrement du site. C’est nuire à l’avenir des données.

Richard Fiset, archéologue

Une expertise perdue?

Les deux archéologues disent connaître le site pour y avoir travaillé pendant plusieurs années, même s'ils ne sont plus impliqués dans le projet.

Ils craignent une perte de connaissance pour la préservation des vestiges.

Les archéologues Gilles Samson et Richard Fiset à Québec

Les archéologues Gilles Samson et Richard Fiset déplorent la décision d'enfouir les vestiges déjà découverts au site Cartier-Roberval et voudraient poursuivre les fouilles.

Photo : Radio-Canada / Eric Carreau

On a mis 12 ans pour arriver à une bonne compréhension. Ça a pris du temps et on ne peut pas envoyer quelqu’un là et s’attendre au même résultat de connaissances, croit l’archéologue Gilles Samson.

Du côté de la Commission de la capitale nationale, on explique qu’une expertise est toujours présente, avec des gens qui travaillent depuis plusieurs années à ce projet.

Fin des fouilles

Les archéologues auraient préféré voir de l’argent investi dans de nouvelles fouilles plutôt que dans une opération de réenfouissement.

Ils estiment que 80 % du site reste à découvrir et qu’il en aurait coûté de deux à trois millions de plus pour l'opération.

C'est en faisant des fouilles qu'on protège le mieux les recherches, souligne Gilles Samson.

La ministre Geneviève Guilbeault avait évoqué lors de l'annonce de l'investissement en décembre qu'il fallait respecter la capacité de payer des contribuables.

La Commission indique que les générations futures pourront faire de belles découvertes à Cartier-Roberval, ce dont doute M. Fiset.

Les générations futures vont hériter de la poussière, déplore-t-il.

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