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Plus d'agressions sexuelles signalées au Canada, mais moins au Québec

Une jeune femme aux cheveux longs se cache le visage.

Près de 28 700 plaintes pour agression sexuelle ont été rapportées à la police en 2018 à travers le Canada.

Photo : AFP / Shutterstock

Rania Massoud

Le nombre d’agressions sexuelles signalées à la police a augmenté « de façon marquée » en 2018, affirme Statistique Canada, un an après que le mouvement de dénonciation #MoiAussi (#MeToo) fut devenu viral. Le Québec, qui figurait en 2017 au sommet de la liste des provinces ayant la plus grande hausse de signalements, occupe, un an plus tard, la queue du peloton.

Selon le rapport de Statistique Canada, près de 28 700 plaintes pour agression sexuelle ont été rapportées à la police en 2018 à travers le pays, ce qui représente un bond de 15 % par rapport à l’année précédente. En 2017, cette augmentation avait été de 13 %.

La vague #MoiAussi qui a déferlé à la suite de l'affaire Harvey Weinstein en octobre 2017 ne semble pas s’être essoufflée, selon l'organisme fédéral de statistiques, qui affirme dans son document publié lundi que la fréquence de signalement des agressions sexuelles […] est demeurée élevée d’un mois à l’autre, tout au long de 2018.

Mais les hausses de ce type de crimes n'ont pas commencé en 2017 : Statistique Canada souligne qu'il s'agit de la quatrième augmentation annuelle consécutive du taux de signalements d'agressions sexuelles. Cependant, la hausse la plus marquée a été enregistrée en 2017, à la suite du déclenchement du mouvement sur les réseaux sociaux.

On sait des enquêtes passées que seulement 5 % des agressions sexuelles étaient rapportées à la police. Donc, c’est possible que ce taux ait augmenté à la suite du mouvement #MoiAussi, mais on n’est pas en mesure de l’affirmer. Toutefois, il semble y avoir un effet persistant au cours de l’année 2018.

Yvan Clermont, analyste chez Statistique Canada

Par ailleurs, la quasi-totalité des crimes à caractère sexuel signalés à la police, soit 98 %, ont été classés comme étant des « agressions de niveau 1 », c’est-à-dire dans lesquelles aucune arme n'intervient ou qui n’ont pas « causé de lésions corporelles apparentes à la victime ».

Selon Yvan Clermont, analyste chez Statistique Canada, c’est l’Ontario qui a enregistré la plus grande hausse d’agressions sexuelles signalées à la police (18 %). La Colombie-Britannique passe en deuxième place avec une augmentation de 14 %, suivie de l’Alberta, avec une progression de 13 %.

Le Québec a quant à lui enregistré une hausse de 10 % en 2018, alors qu’un bulletin de Statistique Canada le plaçait en tête des provinces et territoires ayant connu la plus forte augmentation (67 %) d’agressions sexuelles rapportées à la police entre janvier 2016 et décembre 2017, c’est-à-dire avant et après #MoiAussi.

Les incidents mortels par agressions sexuelles ne sont toutefois pas comptabilisés, parce qu’ils sont considérés comme des homicides, selon M. Clermont.

Il affirme également que les données disponibles ne comprennent pas la répartition des victimes selon leur sexe […] mais les analyses faites par le passé nous ont permis de constater que les victimes d’agressions sexuelles sont en général des femmes.

Plus de 8500 infractions sexuelles contre des enfants

Un autre élément « relativement nouveau » dans le rapport de Statistique Canada est la comptabilisation des infractions sexuelles contre des enfants. Il s’agit d’une catégorie de crimes relativement nouvelle pour laquelle il existe seulement des données partielles pour les années antérieures à 2010, comme l’explique l'organisme fédéral dans son rapport.

Le nombre d'infractions de ce type commises sur des mineurs et signalées à la police était de 8660 en 2018 – soit 23 incidents pour 100 000 habitants. Il s’agit d’une augmentation de 3 % par rapport à 2017, selon M. Clermont.

Les infractions sexuelles comprennent les contacts sexuels, l’incitation à des contacts sexuels, l’exploitation sexuelle, le leurre d’enfants en ligne et la distribution à des mineurs de matériel sexuellement explicite.

Les infractions ne comprennent pas les cas de pornographie juvénile, qui sont comptabilisés dans une catégorie à part, selon l’analyste de Statistique Canada.

Le nombre d'agressions sexuelles déclarées par la police est vraisemblablement une sous-estimation du nombre réel d'agressions sexuelles survenues au Canada, puisqu'il arrive souvent que ces types d'infractions ne soient pas signalés à la police, note Statistique Canada dans son rapport.

Les données dévoilées lundi révèlent aussi une augmentation de 2 % des crimes au pays, toutes infractions confondues.

Le reportage de Sébastien Desrosiers

Société