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La route ardue de Charles Philibert-Thiboutot vers Tokyo 2020

Il est assis dans les gradins d'un stade.

Charles Philibert-Thiboutot

Photo : Radio-Canada

Jean-Philippe Martin

Depuis les Jeux olympiques de Rio en 2016, la route de Charles Philibert-Thiboutot est parsemée de détours par l’infirmerie. À un an des JO 2020, l’athlète de Québec se remet d’une blessure au pied droit et devra mettre les bouchées doubles pour assurer sa place à Tokyo l’été prochain.

Petite victoire pour le coureur de 28 ans en ce lundi ensoleillé. Pour la première fois en six semaines, il marche sans béquilles.

Il a dû mettre fin prématurément à sa saison en juin dernier à la suite d’une réaction de stress au talus dans l’articulation sous-talienne du pied droit.

Cette décision m’a permis d’évacuer le trop-plein d’anxiété, explique-t-il. Ce qui a été difficile, ce sont les trois mois avant, alors que j’avais une blessure au pied et on n’était pas capable de trouver ce que c’était. On essayait toujours de pousser et de passer au travers sans avoir aucun succès et en se disant qu’une saison était peut-être possible. Ça, c’était le pire.

Inquiétude et questionnement

Loin de la compétition, le spécialiste du 1500 m dit tenir le coup moralement, même s’il aimerait bien mieux être sur la piste que faire du vélo pour garder la forme.

On deale avec, lance-t-il, résigné. Il faut dire qu’il connaît bien le manège. Trop bien même.

Les blessures le hantent sans cesse depuis quelques saisons. Selon ses calculs, depuis 2016, sa plus longue période d’entraînement sans visite à l’infirmerie a été de trois mois.

Le dos, un tibia, les deux tendons d’Achille et maintenant le pied droit, de nombreuses parties du corps ont été touchées.

Courir à un très haut niveau, c’est vraiment dur sur le corps. Ce n’est pas rare de voir des coureurs de 1500 m à 5000 m se blesser. La raison, c’est qu’on doit en faire autant en endurance qu’en vitesse. On a le corps fatigué parce qu’on accumule les kilomètres. Mais une ou deux fois par semaine, on doit aller sur la piste pour faire du travail intense en vitesse. On prend des risques.

Chaque période de rééducation amène son lot de questions et de craintes. Combien de fois encore devra-t-il recommencer à zéro à cause de blessures? Surtout, peut-il espérer un jour se développer à son plein potentiel?

J’aimerais ça penser que mon cas sera différent et que je vais faire un retour de ma blessure et faire une finale olympique, explique-t-il. Mais la réalité, c’est que ceux qui se blessent autant ne reviennent jamais. C’est dur de continuer à se motiver quand tout semble jouer contre soi.

Chaque fois que je retombe à zéro à cause des blessures, c’est sûr que le moral en prend un coup et le questionnement revient.

Charles Philibert-Thiboutot, spécialiste du 1500 m

La lumière malgré tout

Heureusement, à travers chaque petite fenêtre, lorsque la santé est bonne et que l’entraînement va bien, Charles Philibert-Thiboutot voit la lumière et garde le cap.

Sa performance à la Coupe continentale d'athlétisme à Ostrava, en République tchèque, en septembre 2018, est là pour lui rappeler qu’il a ce qu’il faut pour jouer dans la cour des grands.

Le Québécois est arrivé 4e dans une course remportée par le champion du monde en titre, alors que les 2e et 3e étaient les champion et vice-champion d’Europe.

Quand je suis en santé, je sais que je peux faire quelque chose d’intéressant. J’espère juste qu’on va trouver la formule qui va faire que le corps ne va pas tomber en morceaux.

Il mène le peloton.

Elijah Motonei Manangoi, vainqueur du 1500 m lors de la Coupe continentale IAAF, à Ostrava, en République tchèque

Photo : Getty Images/IAAF / Lukas Schulze

À un an des JO 2020

La cloche qui annonce le dernier tour de piste avant les Jeux de Tokyo a sonné.

Pour se qualifier, Philibert-Thiboutot doit se hisser parmi les 45 premiers.

Le classement est formé à partir des cinq meilleures performances de chaque coureur dans les 18 mois précédents les Jeux.

Si tout va bien, il aura six mois, tout au plus, pour accumuler les bons résultats et s'assurer d'une place parmi les meilleurs.

J’aurai de janvier à juin pour faire cinq grosses performances. C’est sur que ça va être un défi en soi. Mais quand je suis en forme, je suis très constant. Faire cinq bonnes courses, c’est dans mes capacités.

Il ne veut pas rater sa chance d’améliorer la 17e position obtenue à Rio en 2016.

Il se trouve au sein du peloton.

Charles Philibert-Thiboutot aux Jeux de Rio il y a trois ans.

Photo : Getty Images / Cameron Spencer

Comme pour tous ses adversaires, le Québécois puise sa motivation dans l’espoir de toujours faire mieux.

J’ai lu un article sur Hicham El Guerrouj [champion olympique en 2004 au 1500 m, NDLR]. Il disait que de finir deuxième aux JO avait été la pire défaite de toute sa vie. Je ne comprenais pas comment quelqu’un pouvait être défait d’arriver deuxième.

Mais après avoir été aux Jeux, je comprends que la seule chose qui drive tout le monde sur la ligne de départ, c’est ce désir de vouloir faire plus. Et il n’y a jamais personne de satisfait avant d’arriver premier.

Charles Philibert-Thiboutot est bien conscient que ses chances de gagner une médaille d’or aux Olympiques sont faibles. Mais il ose tout de même rêver à ce qui pourrait arriver si jamais il réussissait à assembler tous les morceaux du casse-tête.

Une finale, un top 5 ou peut-être même un podium [aux JO], l’espoir est mince, mais c’est là. Alors, c’est après ça que je cours et rien d’autre.

Charles Philibert-Thiboutot, coureur

D'après les propos recueillis par Guillaume Piedboeuf

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