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La signature cérébrale de l’empathie contre la douleur observée

Photo : iStock / PositiveFocus

Radio-Canada

Les comportements empathiques de l’entourage d’une personne souffrante lui permettent de soulager sa douleur ressentie, et des chercheurs en neurosciences français viennent de montrer quels mécanismes cérébraux sont à l'œuvre. Explications.

Les médecins et infirmières constatent au quotidien que le simple fait d’être empathique ou pas à la douleur d’un patient peut moduler sa souffrance.

La reconnaissance de la souffrance, l'empathie, peut diminuer la douleur.

Camille Fauchon, Centre de recherche en neurosciences de Lyon

Les bases neurologiques de ce constat comportemental devaient toutefois être observées pour que le phénomène soit compris.

C’est à cette tâche que s’est attelée une équipe du Centre de recherche en neurosciences de Lyon, en France.

Le chercheur Camille Fauchon et ses collègues ont tout d'abord cherché à confirmer dans un cadre scientifique cette réalité.

Pour y arriver, l’équipe devait réussir à mimer réalistement le comportement de soignants empathiques ou non, et tester l'effet sur le ressenti douloureux de volontaires sains, et ce, sans faire souffrir de réels patients ou les soumettre à des commentaires négatifs dirigés sur leur douleur.

Nous avons fait appel à une troupe de comédiens professionnels qui ont joué des phrases écrites par les psychothérapeutes, selon trois versions : neutre, empathique ou non empathique.

Camille Fauchon, Centre de recherche en neurosciences de Lyon

« Ces commentaires étaient enregistrés. Pendant l'expérience, la personne soumise à des stimulations douloureuses calibrées entendait les ''expérimentateurs'' parler dans la pièce à côté », explique Camille Fauchon.

Les sujets, qui évaluaient leur douleur sur une échelle de 100, étaient soumis à un stimulus d'intensité correspondant à environ 60, soit une douleur déjà bien présente, mais supportable.

Les résultats montrent que les phrases empathiques diminuent la douleur ressentie d'environ 12 %.

C'est tout à fait significatif : certains médicaments ne font pas mieux.

Camille Fauchon

Toutefois, les commentaires négatifs n’ont pas augmenté la douleur de façon non significative.

Les chercheurs estiment donc avoir montré l’effet de l’empathie sur la perception de la douleur.

Le saviez-vous?

Les hommes ont un souvenir plus net que les femmes de la douleur qu'ils ont ressentie dans le passé. Et pour cette raison, les mâles anticipent avec stress la prochaine douleur et y sont donc plus sensibles, a révélé en janvier 2019 une étude dirigée par des chercheurs basés à Montréal et à Toronto.

Le cerveau et la souffrance

Il leur restait maintenant à établir par quels mécanismes cérébraux agissent les commentaires des soignants sur la souffrance physique.

Les scientifiques français ont installé leurs sujets dans un tunnel d'imagerie par résonance magnétique pour les soumettre aux mêmes stimulus douloureux et commentaires empathiques, neutres ou non empathiques au moyen d'un casque audio, laissé ouvert par « inadvertance ».

Où regarder dans le cerveau?

Pour savoir dans quelle région du cerveau chercher, les chercheurs ont consulté la littérature scientifique existante concernant l'expérience douloureuse consciente. La science avait déjà établi qu’elle résulte de l'activité et de l’interaction de nombreux réseaux cérébraux spécialisés dans différentes tâches.

Ainsi, au premier niveau interviennent des aires chargées de la réception des signaux sensoriels en provenance de l'endroit stimulé en périphérie.

Ce signal est ensuite traité au deuxième niveau par des réseaux dédiés à l'attention, à la mémoire autobiographique, à la conscience de soi et à l'exploration du contexte.

Ces régions de second ou troisième ordre vont donner tout le relief à la sensation douloureuse en intégrant des dimensions cognitives, émotionnelles ou liées au contexte.

Camille Fauchon

C’est durant cette étape de l'expérience, associée au cortex cingulaire postérieur et au précuneus du cerveau, que les commentaires empathiques ont créé le plus de modulation.

Cela confirme qu'en modifiant le contexte par une attitude empathique, on modifie la perception douloureuse via le recrutement de réseaux cérébraux de haut niveau.

Camille Fauchon

La suite

Le groupe de recherche veut continuer son exploration de l'empathie dans un contexte de douleur. Il veut explorer comment les adultes décryptent les pleurs des nourrissons. Savent-ils faire la différence entre des pleurs douloureux et ceux dus à un simple stress? Comment cela se traduit-il au niveau cérébral?

Le détail des présents travaux est publié dans les Scientific Reports (Nouvelle fenêtre) (en anglais)

Médecine

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