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Un ex-ministre français appelle l'Europe à rejeter le libre-échange avec le Canada

Nicolas Hulot quittant une rencontre du cabinet ministériel, lorsqu'il était toujours au gouvernement.

Nicolas Hulot, ancien ministre français, estime que le Canada a sapé les protections européennes contre plusieurs produits dangereux dans le cadre des négociations de l'accord de libre-échange.

Photo : Reuters / Philippe Wojazer

Hugo Prévost

L'ancien ministre de l'Écologie Nicolas Hulot a exhorté les députés de son pays à voter mardi contre l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne (UE), qui risque à ses yeux d'ouvrir la porte à des substances dangereuses par l'intermédiaire d'un abaissement des normes sanitaires.

Demain, chacun de vous aura plus de pouvoir que tous les ministres de l'Écologie réunis. Demain, chacun de vous sera libre de voter contre la ratification [de l'AECG] et exiger ainsi la réouverture des négociations, a écrit Nicolas Hulot dans une lettre ouverte publiée lundi, à la veille du vote à l'Assemblée nationale française.

Après avoir mis en cause récemment le libre-échange comme facteur du dérèglement climatique, le militant écologiste s'inquiète des normes et de la remise en cause du principe de précaution dans le cadre de cet accord controversé, qui a déjà donné lieu à de vifs débats entre députés.

Perturbateurs endocriniens, pesticides et autres substances cancérigènes, mutagènes ou reprotoxiques pourraient faire leur entrée en Europe via cet accord commercial qui doit supprimer les droits de douane sur 98 % des produits échangés entre les deux zones.

Des normes relâchées

[Cet appel] s'inscrit dans le cadre de travaux effectués à la Fondation, mentionne Samuel Leré, responsable environnement et mondialisation à la Fondation Nicolas Hulot. Ce dernier précise que la lettre porte surtout sur l'action du Canada pour changer les normes européennes, notamment les normes d'importation [de produits].

Le Canada essaie de modifier les "limites maximales de résidus autorisées", les multipliant parfois par 5 ou 10, et nous, ce que nous disons, c'est que les accords de commerce devraient tous nous entraîner vers le haut [...] et qu'au lieu d'y aller avec un nivellement par le bas, on devrait y aller vers le haut.

On ne veut pas dire au Canada comment légiférer, absolument pas!, poursuit M. Leré. Ce que nous disons, c'est que dans l'AECG, le Canada essaie d'entraîner les normes sanitaires vers le bas, et cela, ça ne doit pas arriver.

La Fondation appelle ainsi non pas à annuler l'accord de libre-échange, mais plutôt à en renégocier les normes environnementales. Plutôt qu'un accord de libre-échange, on souhaite un accord de juste échange, indique M. Leré. Selon lui, ces démarches s'inscrivent dans la foulée des efforts de M. Hulot lorsqu'il était ministre et des gestes posés depuis son départ du gouvernement, il y a un an, justement en raison de l'inaction de Matignon en matière environnementale.

Toujours d'après Samuel Leré, les protections environnementales comprises dans l'AECG risqueraient de se dégrader davantage si Andrew Scheer et le Parti conservateur remportaient les élections fédérales canadiennes en octobre. M. Scheer a voté contre l'accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, rappelle M. Leré, avant de préciser que, malgré la signature de cet accord par la quasi-totalité de la planète, les émissions polluantes n'ont pas diminué, bien au contraire.

Ce que nous disons, c'est qu'on ne peut pas signer un accord avec le Canada si demain un climatosceptique arrive au pouvoir.

Samuel Leré, responsable environnement et mondialisation à la Fondation Nicolas Hulot

Un résultat incertain

La semaine dernière, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a fait la promotion de l'AECG lorsqu'il a accueilli des dirigeants du bloc de 28 pays membres de l'Union européenne. Quand M. Trudeau a discuté le mois dernier à Paris avec le président français Emmanuel Macron, les deux leaders ont annoncé que la France ferait avancer la ratification de l'AECG dans l'espoir d'une conclusion d'ici la fin de 2019.

Rien n'est joué dans l'Hexagone, cependant, alors que l'ensemble des partis d'opposition ont déjà annoncé qu'ils voteraient contre l'accord, la droite comme la gauche, l'extrême droite comme l'extrême gauche, indique M. Leré.

Au sein même du groupe La République en marche, le parti au pouvoir, certains députés ont annoncé qu'ils s'opposeraient aux plans du gouvernement, ou s'abstiendraient au moment du vote, ajoute-t-il.

Cela montre bien que, même au sein de [La République] en marche, il y a des problèmes.

Et si ces engagements ne suffisent pas, la militante environnementale suédoise Greta Thunberg, célèbre pour sa « grève climatique », sera reçue à l'Assemblée nationale tout juste avant le vote sur l'AECG.

On espère que cela fera un peu réfléchir les parlementaires français avant de ratifier, mentionne Samuel Leré.

Macron, tout sauf « naïf »

Le chef de l'État français a réagi lundi aux propos de son ex-ministre de l'Environnement, disant ne pas faire preuve de « naïveté » dans le dossier de l'AECG. Selon lui, le « véritable réalisme » consiste à « regarder le réel ».

« Un très gros travail a été fait par le gouvernement [...] pour améliorer ce texte et obtenir des garanties supplémentaires avec de l'expertise indépendante, un dispositif de surveillance [...] et des clauses de sauvegarde environnementales », a-t-il souligné lors d'une conférence de presse à l'Élysée.

Emmanuel Macron a précisé qu'il était nécessaire de « demeurer vigilants » en matière de protections environnementales, mais n'entend pas, pour autant, revenir sur l'objectif de ratification de l'accord de libre-échange.

Avec les informations de Agence France-Presse, La Presse canadienne, et Reuters

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