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Ebola : aider là-bas quand on est ici

Une femme assise à un bureau regarde au loin.

Chibalama Kachungunu-Katana, présidente de l'association Baraza of Kivu community.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Comment venir en aide à ses proches quand on est soi-même réfugié dans un pays étranger? C'est le dilemme que doivent résoudre certains membres de la diaspora congolaise d'Edmonton qui aimeraient se mobiliser pour soutenir leurs frères, leurs amis ou leurs connaissances qui vivent avec la menace d'Ebola en République démocratique du Congo.

« Nous sommes fatiguées, nous, les mamans du Kivu. » 

Le Kivu, c’est la terre natale de Chibalama Kachungunu-Katana. C’est aussi la zone située dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) qui a été ravagée par la guerre et les exactions, et qui fait aujourd’hui parler d’elle depuis que l’OMS a déclaré que l'épidémie d'Ebola qui y sévit est une urgence sanitaire internationale.

Alarmée par cette situation, Chibalama Kachungunu-Katana ne dort pas beaucoup ces dernières nuits.

« Cela est dû aux besoins sur le terrain. Les gens pensent que, comme nous, sommes ici, à l’étranger, nous pouvons faire des miracles pour intervenir [dans cette] situation urgente. Alors je ne dors pas parce qu’à chaque trois à quatre minutes, il faut appeler. Si ce n’est pas l’oncle, c’est le voisin, ou c’est l’ami... », raconte-t-elle.

Aider les autres

Par l'association Baraza of Kivu community, qu’elle préside, Mme Kachungunu-Katana tente de mobiliser la diaspora congolaise pour qu’elle vienne en aide à ses compatriotes restés au pays et qui vivent avec la menace du virus Ebola.

« Baraza signifie “lieu où on se retrouve pour discuter des problèmes de notre société et y apporter des solutions” », précise Germain Messe, le secrétaire exécutif de cette association, qui regroupe les ressortissants du Kivu qui résident à Edmonton.

Comme lui, une grande partie de ces émigrés installés à Edmonton est arrivée au Canada avec le statut de réfugié pour fuir les violences qui secouent l’est de la RDC et tous ne roulent pas nécessairement sur l’or, rappellent les gestionnaires de l’association.

Ils pensent que l’aide peut venir d’ici, mais, ici aussi, on est presque limité parce qu’on est des réfugiés dans la communauté dans laquelle nous sommes.

Chibalama Kachungunu-Katana, présidente de l'association Baraza of Kivu community

« Mais ce n'est pas la main qui donne, c'est le coeur », ajoute M. Messe, voulant dire que chaque geste compte.

Animée par cette compassion, l’association tente d'amasser, avec les moyens du bord, l’équivalent de 50 000 $.

« Nous avons besoin de gants, de masques et autre matériel sanitaire qu’il faut porter », explique M. Messe. « Nous voulons former des éducateurs en santé publique [...] et contribuer à la sensibilisation [à] la lutte contre cette épidémie et au dépistage volontaire. »

Dans les prochains jours, l’association compte mettre sur pied SOS Kivu Ebola, une initiative qui leur permettra aussi de « tendre la main à des organismes publics et privés canadiens pour voir [si elle peut] atteindre cette somme », espère M. Messe.

Les mains liées

Robert Suraki Watum a quant à lui grandi à Béni, une ville du nord-est du pays, qui est un des principaux foyers de l’Ebola. Il se sent tout aussi démuni face à l’épidémie, mais pas pour les mêmes raisons.

« On ne peut rien faire, à part envoyer un peu d’argent. Et quand on envoie l’argent là-bas, parfois, les gens, ils ne se font même pas soigner parce qu'ils ont faim, ou quand il faut enterrer les gens, c’est nous qu’on envoie l’argent », raconte-t-il.

Robert Suraky Watum.

Robert Suraky Watum, un Congolais vivant à Edmonton.

Photo : Radio-Canada

M. Suraki Watum fait partie de ceux qui pensent que l’Ebola est devenu une maladie politique.

« On a, par exemple, reporté les élections dans la zone touchée parce qu’on a dit qu’il y avait Ebola [...] Or, dans cette zone-là, les gens étaient de tendance un peu opposée au système qui était en place », affirme-t-il.

« On a aussi tué des gens qui travaillent dans ce secteur-là pour lutter contre la maladie. Quelqu’un a-t-il intérêt [à ce] que cette situation-là perdure? On ne sait pas, mais on pense à cela aussi. »

Il pense également que c’est d’abord aux autorités locales d’agir, avant la diaspora, les organismes et les autres pays.

« Notre voeu est que la situation s’arrange, parce que les gens meurent tous les jours, et pas seulement de la maladie », rappelle-t-il.

Dicky Dikamba.

Dicky Dikamba, un Congolais habitant à Edmonton.

Photo : Radio-Canada

Dans ce drame qui semble sans fin, certains arrivent à voir l'urgence sanitaire comme un mal pour un bien. C’est le cas de Dicky Dikamba, un autre Congolais d'Edmonton.

« Je me suis dit : c'est une très bonne chose pour que la communauté [et] le monde entier puissent savoir ce qu'il se passe là-bas », dit-il.

Il espère que cette connaissance de la situation permettra de déployer les ressources nécessaires pour endiguer cette épidémie, qui a déjà fait près de 1700 morts en moins d'un an.

Alberta

Engagement communautaire