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La nouvelle convention collective des enseignants rend les entrevues d'embauche inutiles

Selon la convention collective ratifiée en mars, l'ancienneté devient le facteur déterminant de toute décision d’embauche d'enseignants permanents à Terre-Neuve-et-Labrador.

La convention collective

La plus récente convention collective des enseignants de Terre-Neuve-et-Labrador a été ratifié en mars 2019.

Photo : Radio-Canada / Patrick Butler

Patrick Butler

Des entrevues d’embauche rendues inutiles, des candidats qui se font offrir des postes permanents pour lesquels ils manquent de formation, et les directions d’école privées de liberté d'action, telles sont les conséquences de la nouvelle convention collective des enseignants de Terre-Neuve-et-Labrador, selon plusieurs sources consultées par Radio-Canada.

En vertu de cette nouvelle convention collective ratifiée en mars dernier, l’ancienneté est désormais le facteur déterminant de toute décision d’embauche d'enseignant permanent à Terre-Neuve-et-Labrador.

Selon Noel Hurley, professeur en éducation à l’Université Memorial, si un enseignant détient déjà un poste permanent et répond aux exigences minimales de la convention postule à un nouveau poste permanent, l’emploi lui sera automatiquement offert, suivant les dispositions de la nouvelle convention.

On n’embauche plus le candidat le plus qualifié et celui qui est le plus apte à occuper les fonctions.

Noel Hurley, professeur en éducation, Université Memorial

Ni les directions ni les enseignants à qui je parle ne sont contents de cette nouvelle clause, indique-t-il. Des directions d’écoles me disent que ça leur lie les mains complètement. Elles sont très inquiètes de ce changement.

Une clause pour rendre le recrutement plus transparent

L’Association des enseignants de la province indique que les modifications à la convention collective ont été négociées pour rendre le recrutement des enseignants permanents plus transparent.

La nouvelle convention collective fait en sorte que le processus devient plus transparent et enlève aussi le népotisme, parfois perçu et parfois très réel, du système, explique le président du syndicat, Dean Ingram. Cette clause ajoute une mesure d’objectivité qui n’était pas là auparavant.

Dean Ingram, président de l'Association des enseignants de Terre-Neuve-et-Labrador, en entrevue.

Dean Ingram, président de l'Association des enseignants de Terre-Neuve-et-Labrador

Photo : CBC/Eddy Kennedy

Après la publication de notre article lundi matin, l’Association des enseignants a indiqué dans un communiqué queles enseignants permanents peuvent s’attendre à ce que leur ancienneté soit valorisée lorsqu’ils postulent des postes permanents. C’est ainsi, ajoute-t-elle, que les mutations devraient se faire dans un environnement syndiqué.

Le syndicat a aussi tweeté un hyperlien (Nouvelle fenêtre) qui renvoie à un article rédigé par l'un de ses agents, pour « corriger la désinformation », comme elle l'écrit, dans l’article de Radio-Canada.

Plusieurs appels téléphoniques à Dean Ingram et à l’agente de communication du syndicat sont restés sans réponse lundi.

M. Ingram expliquait plus tôt que selon la nouvelle convention collective, tout enseignant permanent qui reçoit un poste sur la base de l’ancienneté doit d’abord prouver qu’il est compétent et qualifié.

L'article 6.11, la clause pertinente de la nouvelle convention collective, stipule :

Pour pourvoir les postes d’enseignant vacants conformément à la clause 6.03(a), le conseil: a) doit faire des efforts raisonnables pour répondre aux demandes d’enseignants déjà employés par le conseil dans un contrat à durée indéterminée. Lorsqu’ils occupent des postes permanents uniquement, si plusieurs de ces enseignants postulent le même poste d’enseignant permanent et sont tous jugés compétents, aptes et qualifiés, la préférence sera donnée à l’enseignant ayant la plus grande ancienneté telle que définie à la clause 9.01 (a).

Mais Noel Hurley soutient que la barre n’est pas bien haute.

Selon M. Hurley, si un enseignant peut démontrer qu’il a déjà enseigné une certaine matière à une certaine époque, il sera considéré comme qualifié en vertu de la convention collective, même s’il n’a jamais suivi une formation universitaire dans le domaine.

Lundi, la déclaration de l’Association des enseignants réfutait toutefois l'analyse de M. Hurley.

« De nombreuses décisions arbitrales au cours des années ont distingué les concepts de qualifications et de compétences en matière d'évaluation de la formation et de l'expérience lors de l'embauche », a déclaré le syndicat.

La déclaration de l’Association des enseignant n’a cependant pas donné de détails sur ces décisions arbitrales. L'Association n’a pas répondu quand Radio-Canada a demandé des éclaircissements.

Selon l’ancienne convention collective, les enseignants permanents avaient le droit d'être considérés pour de nouveaux emplois avant qu'ils ne soient offerts à des professeurs temporaires.

Mais les décisions d’embauche finales n’étaient pas uniquement fondées sur l’ancienneté. Par exemple, une professeure ayant trois années d’expérience pouvait être préférée à un enseignant qui était permanent depuis 25 ans.

De la frustration chez des étudiants

Plusieurs enseignants actuels et à la retraite n'ont pas voulu accorder d’entrevue à Radio-Canada sur la nouvelle convention collective. Une professeure a fait savoir que l’Association des enseignants lui avait suggéré de ne pas répondre aux questions de Radio-Canada.

Mais certains étudiants en éducation à l’Université Memorial ont pris la parole.

Nous sommes passés d’une convention collective fondée en grande partie sur l’ancienneté, à une convention collective fondée uniquement sur l’ancienneté.

Aaron Beswick, étudiant en éducation, Université Memorial

L'hiver dernier, plusieurs étudiants effectuaient leur stage d'études lorsque les enseignants de la province ont décidé d'approuver la nouvelle convention collective. Aaron Beswick, qui souhaite enseigner l’anglais, indique que c’était une décision qui divisait les anciens et les nouveaux membres du personnel de son école.

M. Beswick observe que beaucoup de ses camarades de classe craignaient ne pas pouvoir trouver des emplois à Terre-Neuve et ont obtenu des emplois ailleurs au Canada. Il a récemment accepté un poste au Royaume-Uni, même s’il aurait aimé travailler à Terre-Neuve-et-Labrador.

Les [nouveaux] enseignants qui restent ici comprennent que ça va prendre longtemps pour obtenir une permanence, explique-t-il. Ils sont prêts à attendre parce qu’ils adorent cette province. Mais c’est très difficile.

Récompenser la longévité et non les réalisations?

Noel Hurley craint qu’un processus de recrutement fondé sur l’ancienneté mène à un système d’éducation qui récompense les enseignants pour leur longévité et non leurs réalisations.

Aaron Beswick fait le même constat. Mais il soutient également que la nouvelle clause sur l’ancienneté de la convention collective pourrait mener à un manque de diversité, surtout dans les écoles urbaines, où obtenir un emploi permanent peut être plus difficile.

Il y a beaucoup de nouveaux enseignants qui veulent introduire de nouvelles méthodes, de nouvelles pédagogies [dans les salles de classe], lance-t-il.

La diversité et l’inclusion sont de plus en plus importantes dans notre système d’éducation. Le personnel d’école devrait le refléter.

Aaron Beswick, étudiant en éducation, Université Memorial

Une situation semblable en Ontario?

L'ancien gouvernement libéral de Kathleen Wynne, en Ontario, a aussi adopté des règles donnant la priorité à l'ancienneté, en 2012, pour rendre le recrutement des enseignants plus transparent. Lors des années suivantes, ces règlements ont été amplement critiqués parce qu'ils ne répondaient pas aux besoins des écoles.

En avril dernier, la ministre progressiste-conservatrice de l'Éducation de l'époque, Lisa Thompson, a qualifié les nouvelles règles de datées et a annoncé qu’il sera annulé (Nouvelle fenêtre).

Le Conseil scolaire anglophone de Terre-Neuve-et-Labrador affirme qu’il ne peut pas se prononcer sur les particularités de la situation de l’Ontario.

Il indique pourtant que certaines inquiétudes relativement aux nouvelles dispositions sur l’embauche des enseignants permanents lui ont déjà été communiquées.

Il confirme également que dans des situations où des enseignants permanents postulent à un nouveau poste permanent, les entrevues d'embauche pourraient être inutiles.

Mais il explique que la clause doit être respectée parce qu'elle fait partie de la convention collective.

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Terre-Neuve-et-Labrador

Éducation